‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 128 sur 251 · Dfsloysir % loisir · texte numérisé non relu

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Ion les effects qui s’en sont ensuivis. Et croy que c’a esté luy qui le premier en a ouvert le propos de sa délivrance, et le premier travaillé, et vais dire com- . ment. Environ deux ans devant qu’il sortist, estoit allé un gentilhomme italien aux bains de Spa. lequel estoit à M. de Guyse, non pour besoing qu’il eust d’y aller, mais pour y conduire une maistresse dont il estoit serviteur. Je ne puis pas bien me souvenir du nom, je l’ay oublié; mais il estoit de haute taille et noiraud. Son chemin fut de passer par Limbourg où estoit M. de Ia Noue prisonnier. 11 luy prit envie de sonder s’il pourrait entrer dans le chasteau; et ayant fait sçavoir au capitaine que c’estoit un gentilhomme qui estoit à M. de Guyse, et Ferrarois, et qu’il demandoit à luy baiser les mains et voir le chasteau, si son plaisir tel estoit, le capitaine ayant entendu ses qualitez le list entrer aussytost; car s'il fust esté François ou à un autre que M. de Guyse, la porte luy eust été fermée. Estant donc entré, après avoir salué le capitaine et l’avoir entretenu, et veu à plaisir le chasteau et la forteresse qui est très-belle, que le duc Charles, dernier de Bourgogne, avoit faict bastir, il le mena voir M. de La Noue, lequel pour lors avoit esté eslargy, et ne tenoit si estroicte prison ny cruelle comme auparavant. Et, s’estant mis à l’arraisonner, M. de La Noue, sçaehant qu’il estoit à M. de Guyse, le pria de luy dire qu’il eust pitié de luy et qu’il l’aydast à le tirer de ces ténèbres et misères, s’asseurant qu’il n’y avoit ny rov ny prince en la chrestienté qui le peust faire, sinon luy, pour la belle opinion et estime qu’avoit le roy catholique dè luy, et la grande faveur et amitié qu’il luy portoit;

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que bien difficile seroit la chose s’il ne l’oblenoit de luv, car il le sçavoit bien, et que s’il luy plaisoit Sa Majesté supplier pour luy et sa liberté, qu’il l'obtiendroit facilement : que si sa bonté estoit telle et si généreuse envers luv que de l’obliger de ceste délivrance, qu’à tout jamais il employeroit sa vie, ses moyens pour luy faire service; et que quand il auroit parlé à luy, qu’il luy monstreroit au doigt et qu’il ouvriroit les moyens par lesquels il luy en pourrait faire beaucoup.

Ce gentilhomme ne faillit, aussytost tourné en France et à la cour (qui estoit alors à Sainct-Maur), rapporter toutes ces paroles à M. de Guyse, lesquelles mondict seigneur me fit cest honneur de me dire, à moy, dis-je, Branthôme, qui escris cecy, d'autant qu’il m’aymoit et me tenoit pour son serviteur assez privé, et me le dit de telle façon. Un jour qu’il entrait en la chambre de la reyne mère du roy, et ce gentilhomme après luy, l’huyssier de chambre de ladicte reyne, nommé M. de Virard, autrement dict Gorge, qui avoit esté à madame de Nemours, me dit : « Voilà un gentilhomme qui vient de voir M. de « La Noue vostre grand amy, qui vous en dira des h nouvelles, et ce qu’il a apporté de sa prison à « M. de Guyse. »

Alors moy, voyant M. de Guyse à la ruelle du lit de la reyne, et fort à desloysir, je vins à luy et dis : « Monsieur, vous avez sceu des nouvelles de M. de « La Noue par un gentilhomme qui l’a veu? — « Ouy, mon fils (encore que je fusse bien esté son « père ; mais il m’appeloit ainsi quelquesfois), me « respondil M. de Guyse fort familièrement, j’en av

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« sceu ; » et me raconta tous ees raesmes propos que j’ay cy-dessus escrits. Alors je luy dis librement : « Monsieur, et vous qui estes si généreux, « brave et vaillant, ne voulez-vous pas faire quelque « chose pour vos semblables? M. de La Noue l’est « tel : vous le seavez, vous l’avez veu aux affaires ; « obligez-le à vous par un tel bienfaict. » 11 me respondit : « Je le voudrais bien, mon grand amv, car « le pauvre homme, qui est un si grand capitaine, « me fait pitié; mais je m’asseure que le roy m’en « voudrait mal; car il ne l’ayme point, et se plaint « fort de luy, et si s’entend avec le roy catholique « pour la grande longueur et détention de sa prison. « — Vous avez raison, monsieur, luy répliquay-je, « car je suis esté si hardy d’en parler à Sa Majesté, « qui m’a rabroué bien loing, me disant que c’es- « toit un ingrat, et qu’il estoit bien là où il estoit et tt là où il luy falloit, et que je ne luy en parlasse « plus. » Toutesfois continuay-je à M. de Guyse luy dire : « Ne laissez pour cela, monsieur, à vous em- « ployer pour cest honneste homme ainsy captif « misérablement ; Dieu et le monde vous en sauront « bon gré, et si l'obligerez à vous immortellement ; « et pourrez faire cela soubs bourre, si finement et « excoi tement que l’on n’en sentira que le vent. » M. de Guyse, alors me regardant d’un bon œil : « Laissez faire, dit-il, nous ferons quelque chose si « nous vivons. » Et despuis me disoit souvent : « Je « croy, monsieur de Bourdeille (car il m’appeloit « tousjours ainsy), que nous ferons quelque chose « pour nostre homme; j’y ai mis déjà de bons fers « au feu. »

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Je crois qu’il s’y employa bien aussv pour M. de La Vallée, qui avoit esté gentilhomme de la chambre de M. le cardinal de Lorraine, et son grand gouverneur autrefois, et appartenoit de quelque chose à M. ou à Mme de La Noue : et si, quelque temps avant, il avoit employé ledict M. de Guyse, au massacre de la Sainct-Barlhélemy, pour les enfants dudict M. de La Noue qui avoient esté faicts prisonniers, pour lesquels le dict M. de Guyse s’employa, ainsi qu’il me le dit une fois aux Thuilleries. J’allègue tous ces noms et circonstances, afin qu’on ne me trouve point menteur ou controuveux

Enfin tant y a, mondict sieur de Guyse a si bien servy M. de La Noue en cecv, qu’il le faut dire le premier autheur, et M. de Lorraine. Je ne spay comment il n’a recognu ce bienfaict à l’endroict de M. de Guyse despuis. Je pense qu’il n’eut loysir de luy estre cognoissant ' ; car le pauvre prince vint à estre tué à Blois. Bien est vray que MM. de Lorraine et de Guyse estoient si proches, si unis, si alliez en ceste guerre, que qui frappoit l’un frappoit l’autre : et, à ce que j’ay ouy dire à une personne, mondict sieur de Guyse n’en estoit guières content; mais il ne publioit pas, car il estoit très-sage et retenu prince. Il n’y a eu que M. de Lorraine qui s’en soit ressentv, et M. d’Aumale à la bataille de Senlis, où M. de La Noue luy cousta bon. Voilà, en sommaire, les bienfaicts de ces deux princes et les mesconlentemens de l’un et de l’autre.

\ . Controuveux, diseur de choses controuvées.

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