Voyez Faradin, p
M. DE L.V NOUE
Un autre bel exemple avons-nous de Noradin, Soudan de Damas, lequel, un jour que Baudoin, roi de Hiérusalem eut faict quelques courses sur les Sarrazins et Arabes, et eut faict un grand butin sur eux, tant de biens que de personnes, dont entre autres s’v trouva la femme du Soudan; et ainsy qu’il se retiroit chargé de son butin , ladiete femme vint à accoucher en plein chemin. II luy fit assister de tout ce qu’il put en ses couches, et luy fit alletter (ne pouvant mieux) son enfant par une chamelle qui ne venoit que d’avoir un fan, et puis la fit reconduire et rendre en seureté à son mary. Ce Soudan, au bout de quelque temps, recognoissant ceste gracieuseté et courtoisie, sauva la vie audict Baudouin dans une place assiégée desdicts Arabes; et si fit bien mieux, car, quelques années après , Iedict Baudouin venant à mourir sans enfants, ordonna par sa dernière volonté que son corps fust porté de Baruth à Hiérusalem pour y estre inhumé, là où il fut fort pleuré et regretté, tant des siens que des estrangers qui s’y trouvèrent. Aucuns des principaux du conseil de Noradin s'efforcèrent de luy persuader de courir sus aux chrestiens, et qu’il n’y fit jamais meilleur, cependant qu ilz s’amusoient aux pleurs et à l’enterrement de leur roy ; mais Noradin ne le voulut jamais, tant pour les vertus de ce grand roy qu’il admiroit, et qu’il ne vouloit qu’on le perturbast en son enterrement, que pour la recognoissance de la courtoisie passée : et ainsy laissa aux vivans célébrer les obsèques de leur roy 1 . Quelle bonté de barbare, qui ef-