Ix>uise de Bourdeille; voyez plus haut, p
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car elle les faisoit bien nourrir et sagement; et toutes, à son modelle, se faisoient et se façonnoient très-sages et vertueuses : et d’autant qu’elle avoit le cœur grand et haut, elle voulut avoir ses gardes, et si institua la seconde bande des cent gentilshommes; car auparavant n’y en avoit qu’une : et la plus grand’ part de sa dicte garde estoient Bretons, qui jamais ne failloient, quand elle sortoit de sa chambre, fusl pour aller à la messe ou s’aller promener, de l’attendre sur cette petite terrasse de Blois qu’on appelle encor la Perche aux Bretons', elle-mesmes l’ayant ainsi nommée. Quand elle les y voyoit : « Voilà mes a Bretons, qui sont, disoit-elle, sur la Perche qui « m’attendent. » Asseurez-vous qu’elle ne mettoit point son bien en réserve, mais qu’il estoit bien employé en toutes choses hautes.
Ce fut elle qui fit bastir par une grand’superbeté ce beau vaisseau et grande masse de bois, qu’on appelloit la Corde! Itère, qui s’attaqua si furieusement en plaine mer contre la Régente cT Angleterre, et s’accrocha tellement avecq’ elle, qu’ilz se bruslèrent et se périrent, si bien que rien n’en eschapa, fust des personnes, fust de ce qui estoit dedans; dont on [n’Jen peust tirer des nouvelles en terre, et dont la reyne en fut très-marrie*.
1 . La Perche aux Bretons est représentée (voyez pl. III) dans V Histoire du château de Blois , par M. de la Saussaye, 1 840, gr. in-4”.
2. Le combat et l'incendie de Marieda-Cordelière et du Régent eurent Heu le 10 août 1512 à la hauteur de l’He d'Ouessant, et ont été célébrés par Germain Brice dans un poème latin (1513, in-4°) dont une traduction en vers français due à P. Choque,
DES DAMES
J,e roy l’honoroit de telle sorte, que lui estant raporté un jour que les clercs de la basoche du Palais, et les escolliers aussi, avoient joué des jeux où ils parloient du roy, de sa court et de tous les grand/., il n’en fist autre semblant, sinon de dire qu’il falloit qu’ilz passassent leur temps, et qu’il leur permettoit qu’ils parlassent de luy et de sa court, non pourtant desreglement, mais surtout qu’ils ne parlassent de la reyne sa femme en façon quelconque; autrement qu’il les feroit tous pendre. Voilà l’honneur qu’il lui portoit.
De surplus, il ne venoit jamais en sa court prince estranger, ou ambassadeur, qu’après l’avoir veu et ouy qu’il ne l'envoyast faire la révérence à la reyne, voulant qu’on lui portast le mesme respect qu’à luy, et aussi qu’il cognoissoit en elle une grande suffisance pour entretenir et contenter lelz grandz personnages, comme très-bien elle seavoit faire; et y prenoit très-grand plaisir, car elle avoit très-bonne et belle grâce et magesté pour les recueillir, et belle éloquence pour les entretenir; et si, quelquesfois, parmy son parler françois, estoit curieuse, pour rendre plus grande admiration de soy, d’y entremesler quelque mot estranger qu’elle apprenoit de M. de Grignolz’, son chevalier d'honneur, qui estoit un fort gallant homme, et qui avoit bien veu son monde, et pratiqué et sceu fort bien les langues estrangères,. et avec cela de fort bonne et plaisante
roi d'armes d’Anne de Bretagne, a etc publiée par M. Jal, 1843, in-8°.
1 . Grignols ou Grignaux. Voyez plus haut, p. 197-199 et tome H, p. 224, note.
ANNE DE BRETAGNE
compagnie, et qui reneontroit bien. Sur quoy un jour la reyne iuy aiant demandé quelques mots en espagnol pour les dire à l’embassadeur d’Espagne, et luy aiant dit quelque petite sallaudrie en riant, elle l’apprit aussitost : et le lendemain, attendant l’ambassadeur, M. de Grignaux en fît le conte au roy, qui le trouva bon, cognoissant son humeur gaye et plaisante; mais, pourtant il alla trouver la reyne, et luy descouvrit le tout, avec l’advertissement de se garder de ne prononcer ces motz. Elle en fut en si grande colère, quelque risée qu'en fît le roy, qu’elle cuida chasser M. de Grignaux, et luy en fit la mine, sans le voir pour quelques jours; mais M. de Grignaux lui en fit ses humbles excuses, disant ce qu’il en avoit faict ij’estoit que pour faire rire ie roy et lui faire passer le temps, et qu’il ne'fust pas esté si mal advisé de ne l’en advertir, ou le roy, comme il avoit faict, lorsque l’ambassadeur eust voulu venir : et ainsi, par les prières du roy, elle s’appaisa.
Or si le roy l’a aimée et honorée vivante, comme vous voyez, il faut croire qu’estant morte il luy en a faict de mesmes. Et pour manifester le deuil qu’il en fit, en faict foy les superbes et honorables funérailles et obsèques qu’il fit d’elle, lesquelles j’ay leu dans une vieille histoire de France que j’ay veu traisner en un cabinet de nostre maison, dont l’on n’en faisoit cas; et l’aiant amassée je les y ay remarquées 1 . Et
I . Je n’ai pu retrouver Y Histoire de France d’où Brantôme a tiré cette relation. Il est facile de voir que, dans les passages qu’il en cite, il a intercalé plusieurs phrases de son cru, comme la dernière du second alinéa et la première du troisième. Cf. p. 320, note 1.
DES DAMES
d’autant que c’est une chose qu’on doit noter, je l’ay voulu mettre icy de mot à mot comme dit le livre, sans en rien changer; car, encor qu’il soit vieux, le parler n’en est trop mauvais; et de la vérité de ce livre j’en suis esté confirmé par ma grand’mère, madame la séneschale de Poitou, de la maison du Lude, qui estoit lors à la court. Ce livre donc conte ainsi :
« Ceste reine estoit une honorable et vertueuse reine et fort sage, la vraye mère des pauvres, le support des gentilshommes, le recueil * des dames et damoiselles et honnestes fdles, et le refuge des sçavans hommes : aussi tout le peuple de France ne se peut saouler de la plorcr et regretter.
« Elle mourut au chasteau de Blois le vingt et uniesme de janvier, l’an mil cinq cens et treize *^sur l’accomplissement d’une chose qu'elle avoit la plus desirée, qu’estoit l’union du roy, son seigneur, et du pape et de l’église romaine, en aborrant fort le scisme et la diversion *. Aussi elle ne cessa jamais après le roy, qu’il ne s’y remist; dont elle estoit fort aymée et révérée grandement des princes et prélatz catholiques, autant que le roy en estoit hay.
« J’ay veu à Sainct-Denys d’autresfois une grand’chape d’église, toute couverte de perles en broderie, qu’elle avoit faict faire exprès pour en faire un présent au pape; mais la mort la prévinst. Après son trespas, son corps demeura, par l’espace de trois jours, dans sa chambre, le visage tout descouvert , qui ne se monstroit nullement changé par l’hydeuse mort, mais aussi beau et agréable que durant son vivant. Et à l’entour de ce corps y avoit douze gros cierges de cire blanche, tous allumez tousjours jusques à