‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 185 sur 251 · SUR LA REYNE, MÈRE DE NOS ROYS DERNIERS, CATHERINE DE MÈDICIS · texte numérisé non relu

SUR LA REYNE, MÈRE DE NOS ROYS DERNIERS, CATHERINE DE MÈDICIS

Je me suis cent fois estonné et esmerveillé de tant de bons escrivains que nous avons veus de nostre temps en la France, qu’ilz n’ayent esté curieux de faire quelque beau recueil de la vie et gestes de la reyne mère, Catherine de Médicis, puisqu’elle en a produict d’amples matières, et taillé bien de la besogne, si jamais reyne tailla; ainsi que dict l’empereur Charles à Paulo Jovio une fois, à son retour de son triumphant voyage de la Goullette, voulant faire la guerre au roy François : qu’il fist seulement provision d’ancre et papier, qu’il lui alloit bien tailler de la besoigne Aussi de vray ceste reyne en a taillé de si belle, qu’un bon et zellé escrivain en eust faict une Illiade entière : mais ou ils sont esté paresseux ou ingrats; car elle ne fust jamais chiche à l’endroict des sçavans, et qui escrivoient quelque chose. J’en

1. Catherine de Médicis, fdle unique de Laurent de Médicis, duc d'Urbin, et de Magdeleine de la Tour, comtesse d’Auvergne et de Lauraguais, née à Florence le 13 avril 1519, mariée à Henri II, le 27 octobre 1533, morte au château de Blois le 5 janvier 1 589. Elle était nièce de Clément VII.

2. Expedire te, inquit, Jovi, calamos oportet, ut quæjam gesta sunt in historiis tempestive perscribas ; nam hoc armorum motu, magnus profecto tibi novi operis labor paratur. (P. Jove, I. XLIII, Florence, 1550-1352, t. II, p. 439.)

nommerois plusieurs qui en ont tiré de bons biens, en quoy d’autant ils sont accusez d’ingratitude.

11 y en a eu un pourtant qui s’en est voulu raesler d’en escrire; et de faict en feist un petit livre qu’il intitula la Fie de Catherine * ; mais c’est un imposteur et non digne d’eslre creu, puisqu’il est plus plain de menteries que de vérité, ainsi qu’ellemesmes le dict l’ayant veu, comme telles fausselez sont apparentes à un chacun, et aisées à noter et rejelter. Aussi celui qui l’a faict Iuy vouloit mal mortel, et estoit ennemy de son nom, de son estât, de sa vie, et de son honneur et humeur; vovlà pourquoy il est à rejetter. Quand à moy, je désirerois fort sçavoir bien dire, ou que j’eusse un bonne plume, et bien taillée à commandement, pour l’exalter et louer comme elle le mérite. Toutesfois, telle qu’elle est, je m’en vais l’employer à l’azard.

Ceste reyne donc est extraicle, du costé du père, de la race de Médicis, l'une des nobles et illustres maisons, non-seulement de l’Italie, mais de la chrestienlé, quoi qu’on en die. Elle estoit estrangère de ce costé, comme les alliances des grands ne se peuvent prendre communément dans leurs royaumes : aussi n’est-ce pas quelquesfois le meilleur; car les alliances estrangères vallent bien autant ou plus que les prochaines. La maison toutesfois de Médicis a quasi tousjours esté alliée et confédérée avec la couronne

1. C’est l’écrit intitulé : Discours merveilleux de la vie, actions et dèjtortemcns de la reine Catherine de Médicis , dont la première édition est de l‘>73, in-8 , et qui a été réimprimé un très-grand nombre de fois, soit séparément soit dans des recueils. On l’attribue généralement, mais sans preuves, à Henri Esticuue.

UES DAMES

de France, dont encores en porte les fleurs de lys que le roy Louis Xl r donna à cesle maison en signe d’alliance et confédération perpétuelle. De la génération maternelle, elle est sortie originellement de l’une des plus nobles maisons de France, vrayc françoise de race, de cœur et affection, de ceste grande maison de Boulongue et conté d’Auvergne : de sorte qu’on ne sçauroit dire ny juger en quelle des deux maisons y a eu plus de grandeur et actes plus mémorables. Or, voicy ce qu’en dicl M. l’archevesque de Bourges, de la maison de Beaune 1 , un aussi grand sçavanl et digne prélat qui soit en la chrestienté (encor qu’aucuns le disent un peu légier en créance, et guières bon pour la ballance de Monsieur Sainet- Michel où il poise les bons chrestiens au jour du jugement, ainsi qu’on dict), en l’oraison funèbre qu’il lit pourladicte reyne à Blois :

« Du temps que ce grand capitaine gaulois, Brennus, mena son armée par toute l’Italie et Grèce, estoient avec luy en sa trouppe deux gentilshommes françois, l’un nommé Felsinus, l’autre nomme Bono, qui, voyant le mauvais desseing que prenoit Brennus, après ses belles conquestes, d’aller envahir le temple de Delphe, pour se souiller, soy et son armée, du sacrilège de ce temple, ils se rctirarent tous deux, et passaient en Asie avec leurs vaisseaux et hommes; où ils pénétrèrent si avant, qu’ils entrèrent en la terre des Mèdcs, qui est proche de la Lydie et de la Perside; où aiant faict plusieurs conquestes et obtenu de grandes victoires, se seroient enfin retirez; et, passans par l'Italie, espérans revenir en France, Fclsi-

i . Renaud de Beaune de Scmblançay, archevêque de Bourges de 1580 à 1004.

nus s’arresta en un lieu où est à présent situé Florence, le long du fleuve d’Arne, qu'il rccogneul assez beau et délectable, et de semblable assiete qu’une qui lui avoit pieu en ce pays de Mède une autre fois; et y bastit une cité qui est aujourd’huy Florence; comme aussi son compagnon Bono bastit la ville de Bononia, appcllée Boulongne, toutes deux voisines : et, dès lors, pour les conquestes et victoires que ce Felsinus avoit eu en ce pays des Mèdcs, fut appellé Medicus entre les siens, dont depuis le surnom a demeuré en la famille; comme nous lisons de Paulus 1 , qui fut surnommé Macédoniens pour avoir conquis Macédoine sur Perseus, et Scipion, qui fut appellé Affriquain pour avoir faict de mesrnes de l’Affrique. »

Je ne sçay d’où a pris ceste histoire lediet M. de Beaune; mais il est vraysemblable que, devant le roy et une telle assemblée qui estoit là pour le convoy de la reyne, il ne l’eusl voulu alléguer sans bon autheur. Voilà comme cette descente* est bien esloignée de cette moderne que l’on suppose et attribue sans propos à ceste famille de Médicis, ainsi que faict ce livre menteur que j’ay dit de la vie de ladicte reyne. Puis, dict davantage lediet sieur de Beaune : qu’on list dans les chroniques, qu’un nommé Everard de Médicis, sieur de Florence, amprès plusieurs années, au voyage et expédition que list Charlemaigne en Italie contre Didier, roy des Lombardz, alla à son secours avec plusieurs de ses subjects; et, l’ayant fort vertueusement secouru et assisté, fut confirmé et investy en ladite seigneurie de Florence. Plusieurs années après, un Anemond de Médicis,

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