Recueil , accueil
LA REYNE D'ESCOSSE
du monde, faisant un grand scrupule d’espouser un homme marié.
Enfin elle se remaria 1 avec un jeune seigneur d’Angleterre de fort grande maison, mais non pareil à elle. Ce mariage ne fut guières heureux, ny pour l’un nv pour l’autre. Je ne veux icv raconter comment le roy son mary, après luy avoir faict un fort bel enfant, qui règne aujourd’huy, fut tué et mourut par une fougade dressée où il logeoit’. L’histoire en est imprimée et escripte, mais non au vrav, pour l’accusation qu’on a suscité à la reyne d’y avoir esté consente*. Ce sont abus et menteries, car jamais ceste reyne ne fust cruelle : elle estoit du tout bonne et très-douce. Jamais en France elle ne fist cruauté, mesmes elle n’a pris plaisir ny eu le cœur de voir deffaire les pauvres criminelz par justice, comme beaucoup de grandes que j’aveogneu; et alors qu’elle estoit en sa gallère, ne voulust jamais permettre que l’on battist le moins du monde un seul forçat et en pria M. le grand prieur son oncle et le commanda expressément au comité, avant une compassion extrême de leur misère, et le cœur lui en faisoit mal.
Pour fin, jamais cruauté ne logea au cœur d'une si grande et douce beauté; mais ce sont esté des imposteurs qui l’ont dict et eserit, entre autres M. Buecanan *; en quoy il a mal recogneu les biens que sa
1 . Son mariage avec Darnlev se fit secrètement le 9 j nillet 1565, et fut célébré solennellement quelque temps après.