Quand a moi touche , quant à ce qui me touche
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mettre entre les mains de la fortune doubteuse d’un camp-clos, à Fontainebleau, devant la Magesté rovalle qui nous donna le camp, ouy, dis-je, la commettre plustosl que d’endurer aucune bonté et affront, et faire chose indigne de soldat et homme de bien, tenant plus cher mon honneur que mon sang et ma vie, laquelle d’un bon courage j’ay toujours employée en tant de milions de périlz, passant et repassant tant de terres et de mers, et rien de tout cela sinon pour acquérir gloire et louange; en quoy la fortune, amie des braves et vallians, m’a tant favorisé que je me puis nombrer et mettre parmy ceux qui ont gaigné quelque chose par leur prouesse et valeur, et ce pour mon bien souverain, duquel je me puis justement louer et advantager, estant les armes le comble de mon tout et le fonds de mon rien, desquelles j’en désire la soigneuse garde plus que de toutes choses du monde; que si je les avois perdues, je veux que le monde ne face jamais aucune estime de moy, et si tell’est noslre désadvanture que vous nous les vouliez oster, nous aymons mieux trestous, comme désespérez, de nous ayder de la voille si les rames nous faillent, et combattre jusques au mourir et monstrer par un désespoir que nous aymons mieux mourir avec les armes en la main que nous sauver sans elles comme soldatzde peu. Parquoy, monsieur, mes compaignons et moy suplions Sa Magesté de nous laisser sortir avec tel honneste party, et qu’elle se contante de ceste place devant laquelle tant de princes et grands se sont faillis d’autrefois; et luy nous faisant ceste faveur, il sc pourra justement dire auguste et vaincueur pour un si illustre traictement fait à des soldatz
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vaincuz, non par faute de courage, mais par malle fortune. »
A ces parolles, par trop audacieuses pour un vaincu, respondit M. le connestable, qui estoit de son naturel fort impatiant d’un glorieux., et qui le sçavoit gourmander et rabrouer très bien quand il l’entreprenoit, ainsi que je l’ay veu souvant : « Capitaine, k mon amy, je vous estimerois grandement si vostre « force et pouvoir estoient correspondans à vostre « courage, à vostre parolle et bon vouloir que vous « me voulez tant faire parroistre. Mais je vois bien x que vous ne cognoissez vostre fortune, ou bien « que vous la dissimuliez : voulant, par advanture, a faire nouveaux droitz en guerre, que le vaincu « donne loy au vaincueur, et, par advanture, vous « vouloir réserver un si grand advantage, que de « vouloir emporter les armes, non seullement sur « moy qui seays assez ce qu’elles vallent, mais sur « un roy jeune, courageux et présent en ce siège , « qui ne voudrait céder, non à vous (avec lequel le « parangon n’est nullement semblable, non plus que « du ciel au plus bas de la terre), mais au plus grand « prince du monde. Et semble que vostre demande « est fort contraire à vous-mesmes en ce que faites « nostre roy si grand (comme certes il est assez « cogneu tel partout, sans que le disiez) : et néan- « moins vous prétendez d’emporter sur luy et avoir « l’honneur de ce qu’il pourchasse le plus en ce « monde, comme voulant dire que, quelque grand « prince qu’il soit, vous n’entendez estre inférieur à « luy en la conservation des armes et en réputation « d’honneur. Vrayement, beau sire, je l’aymerois de
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« vous et seroit lion que le preneur fust pris et le « victorieux fust vaincu; et que celluy qui fait trem- « hier terres et mers, cédast en réputation des armes « à un tel oyseau que vous. Or, sçavez-vous qu’il y « a? La grâce que l’on peut faire aux malheureux, « c’est de leur déclairer promptement leur malheur; « parquoy la meilleure nouvelle que je vous puisse « faire sçavoir, est que si vous n’aceptez sur le « champ la composition que je vous ay proposée, « vous vous retirez soudain; car, avant qu’il soit « quatr’ heures, je vous auray pris d’assaut, et ne « vous donneray loysir de changer d’advis : et vous « assurez qne, si vous esehapez de l’espée, la corde « ne vous faudra, pour vous aprendre à vouloir ca- « pituler avec celluy qui tient vostre vie et vostre « mort en ses mains. »
Vovlà la responce de M. le connestahle, et digne d’un tel capitaine, et qui se peut dire à beau jeu heau retour ; dont le capitaine espaignol demeura si estonné, que, rongeant le frain de son cœur, demanda encor, par un’ importunité, au 'moins que luy douziesme sortist avecques ses armes. Cependant M. le connestahle, par une grand’ ruse de guerre, fait advertir les autres Espaignolz que Romero ne playdoit plus pour eux, que pour luy seullement et une douzaine d’autres à son choix, laissant les autres en croupe à la mercy de l’espée. Ce qu’entendant le reste des autres Espaignolz, soudain s’acordèrent à la mesme capitulation que les Allemans et Flamans, et sortirent tous ensemble; dont Romero cuyda se désespérer, qui demeura prisonnier parmy nous.
Je tiens ceste histoire de nos François qui y es-
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toient présens, et dudit Julien Roraero mesmes qui me la conta mieux que je ne la dis; et ce fut lors que nous allions à Malte, entrant dans le Far de Messine. Nous vismes derrière nous quinze gallères de Scicile venir d’un bon vent en poupe, avec le bas tard ', qui en un rien (encores que nous fussions loing fort d’elles, et nous quasi toucbans Messine) eurent attainl nos paouvres pettites frégattes, montons à douze ou treize, car nous n’eusmes pas plus tost pris port et terre, qu’eux quasi aussitost firent de mesmes. Cesdites gallères venoient de la Golletle pour y porter vivres, munitions et soldatz, eraignans la venue du Grand-Seigneur, qui la mcnassoit ou Malte. Parmy ces honncstes Espaignolz qui estoient dans ces gallères, se trouva ledit Julien Romero, qui, s’estant enquis, et trouvant que nous estions François, nous vint, comme très-courtois cavailler, saluer et accoster le long dudit port, et arraisonnant maintenant avec messieurs d’Estrosse et de Brissac, ores avecques autres, cependant que nous avions envoyé à la ville chercher logis , et nous promenans le long de ceste belle place du port, auprès de ceste belle fontaine, et maintenant avecques l’un et l’autre. Il fut fort aise de parler à moy, d’autant que de tous nous autres gentilzhommes qui estions là , il n’y avoit nul qui parlast espaignol que moy ; car il n’y avoit qu’un an que je ne faisois que venir d’Espaigne, et le parlois fort friandement; dont, entre autres propos que me tint ce seigneur Julian, fut qu’il me demanda des nouvelles de France, et de M. le con-
t . On appelait bâtarde la plus grande des voiles d’une galère.
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nestable, et comment il se portoil sur son viel aage; et luy en ayant dit de bonnes, il monstra qu’il en estoit fort joyeux, ce me dist-il, et puis me continua de dire ses louanges, et comme une fois il luy avoit faict aussi belle peur qu’il eust eu jamais en sa vie : et me fit ce discours précédant, avec plus belles parolles du monde; si bien que je ne vis jamais mieux dire, car il estoit très-eloquant, à la soldade*.
Outre plus, me dist qu’il craignoit fort ceste fois que M. le connestable ou le roy luy fissent trèsmauvais party de la vie; d’autant qu’ilz le menassarent, et luy reprocharent qu’après avoir receu du roy François tant d’honneur en sa court, sur l’otroy’ du camp-clos qu’il luy avoit donné *, sans recognoistre un tel bienfait, s’en estoit allé, de son plein vouloir, servir le roy d’Angleterre en la guerre de Bouloigne, estant pour lors trefves entre l’empereur et Sa Magcsté Clirestienne. Mais il me dist en cela ses raisons, que l’empereur estoit irrité contre luy, pour avoir esleu le camp en France, à ce qu'il me dist. Nonobstant cela, si fallit-il à courir fortune de la vie; car M. le connestable estoit sévère en ces choses-là.
Le combat fut le commancement de réputation dudit seigneur Jullien, encores que ce ne fust rien qui vaille, à ce que j’ay ouy raconter à force gentilzhommes et autres qui vivent encores et servit plus de risée et mocquerie que d’autres choses; si bien que de despit le roy en jetta de bonn’ heure le