‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 68 sur 251 · Fautive et maigre · texte numérisé non relu

Fautive et maigre

ESPAIGNOLLES.

vers. Et ne fut si longue pourtant comme la fait M. de Ronsard ainsi que j’ay ouy dire à ceux qui l’ouïrent et y estoient; et si l’original valloit mieux que la copie. Et fut une chose très-belle de la luy ouyr prononcer; car, outre qu’il avoit la grâce belle si jamais capitaine l’eut, il avoit l’éloquance millitaire très grande, comme j’espère en dire quelques-unes des siennes, par un chapitre que je veux faire d’une centaine d’harangues millitaires, très-courtes, tant de nostre temps que d’autres*. Cependant je laisse ce discours; car, comme dit l’Espaignol, olras vacas tengo a guardar, y otras ovejas a trasquilar', et que je veux encor reprendre les parolles de ce grand duc d’Albe*, par lesquelles il ne déguise point aux siens d’avoir esté vaincu à Ravanne ; mais pourtant il ravalle fort ceste victoire pour nous. Toutesfois, quoy qu’il die, luy et autres Espaignoiz, elle fut grande et très signallée pour nous, sanglante pour eux, et puis nous rapporta du malheur par la perte de ce qu’avions conquis en Italie et à Milan. Les Espaignoiz ont cela de bon, qu’ilz ne se confessent jamais vaincus ny battus, et ramènent tout à leur gloire; ainsy que fit ce grand duc d’Albe dernier en Flandres, en une harangue qu’il adressa à son armée, et principallement à ses soldats espaignoiz quelques jours

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