Caler , se taire
F.SPA IG NOLLES .
faire et prendre leur comparaison ! Comme de vray, parmi ces belles antiquitez de Rome, il n’y a rien encor, de si beau à voir que ces braves légionnaires romains avec leurs habillemens de teste, tant couverts de plumes, les unes haussantes, les autres penchantes. Et si telle veue estoit agréable, elle cstoit bien autant effroyable par la représentation des horribles testes et grandes gueules de lions, et autres bestes espouvantables, qu’ils portoient naifves avec leurs peaux, ou faisoient engraver pour les représenter sur lesditz habillemens et casques.
Par ce dire de ce soldat, vous voyez, et par ceste rodomontade précédente 1 , comme les Espaignolz se sont donnez et asseurez de tout temps la gloire d’estre les meilleurs de toutes nations. Et certes ilz ont raison d’avoir cestc opinion et créance ; car les effeetz s’en sont ensuivys.
Ce sont esté eux qui despuis cent à six vingtz ans en sça ont conquis par leur valeur et vertu les Indes occidentalles et orientales, qui sont tout un monde complet.
Ce sont esté eux qui nous ont tant de fois combatuz, batuz et rebatuz, au royaume de Naples, et puis nous en ont chassez.
Ce sont esté eux qui en ont tout de mesme fait en l’estât de Milan, qui nous avoit couslé tant de sang et de moyens pour l’avoir, et nous en ont frustré en nous ostant nostre ancien patrimoine.
Ce sont esté eux qui, non contans de ces biens
t. Les quatorze lignes qui précèdent manquent dans le manuscrit.
RODOMONTADES
ravis à nous, ont passé en Flandres, et venus en France pour essayer à nous chasser de nos fou vers , mais, ne pouvant, nous ont fait de grands maux, nous ont pris de nos villes, nous ont donné des batailles et gaignées sur nous, et nous ont faict mourir je ne sçay combien de cent mill’ hommes : aussi leur en avons-nous bien fait mourir des leurs.
Ce sont esté eux qui sont venus au bout 1 des Ailemans, et leur ont mis le joug en la guerre d’Allemaigne, chose non encores ouye ny veue ni faite dès* le grand Jules Cæsar, ny des autres grands empereurs romains.
Ce sont esté eux qui, suivant la devise de leur grand empereur Charles, de passer plus oullre, ont traversé les mers, ont donné dans l’Aflrique, pris leur principalle ville et forteresse, Tunis et la Gollette.
Ce sont esté eux qui ont passé en Barbarie, ont pris le royaume d’Oran, les villes d’Affrique et de Tripoly, Belys et son Pignon, et qui eussent fait d’avantage sans le barbare élément de mer et de ciel, non pas plus doux ny piteux que l’autre, qui les empesclia soubz leur empereur, ostant occasion de ne prendre le royaume d'Alger, qui estoit emporté, ne faut point doubler, si ces deux ellémens tant soit peu eussent voulu favoriser et incliner à ses entreprises.
Ce sont esté ceux lesquel/., par petites poignées des gens enclos dans les citadelles, rocques et chasteaux, tiennent et ont tenu en bride, et ont donné