‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 2)Chapitre 13 sur 77 · Montcavrel qui se prononçait Monlcavrl · texte numérisé non relu

Montcavrel qui se prononçait Monlcavrl

2. Les textes de F roissart portent : saulw moy mai fils. }. San Severino.

Rodomontades espaicnoli

de Langeay, noble chevalier, qui le vouloit secourir dans ceste fâcheuse extrémité, et il lui dil : « Laissez-moi, mon fils, au moins » jouir de mon malheureux sort, et partez s d'ici avec toute la vitesse que vous pourrez, « pour aller secourir le roy; el si vous vous » tirez de la bataille, comme un bon et pieux a ami, vous vous souviendrez de mon nom et « de ma fin honorable '. a Ces rodomontades et parolles graves sont belles.

Mais encor plus est une que prononça le marquis de Pescayre de cydevant, lequel, allant un jour à un combat contre Berthelemy d'Alviano, grand capitaine vénitien, « ayant quitté son cheval, et estant à pied avec une pique à la main, il se tourna en arrière et dit : « Or cà, mes amis, en entrant à la battaille, « si par hasard j y meurs honorablement, « ayez soin, vous autres, de ne point souffrir « que je sois foulé aux pieds des ennemis plu- « tôt qu'aux vôtres. » Les soldats, criant avec ardeur, lui repondirent fort joyeusement qu'il passât devant avec sûreté, parce qu'ils estoient déterminés à remporter la louange due aux grands courages, luy estant très obéissans, comme à leur capitaine, eteommeà un soldat

CM honrado fin de vida, y satisfuo lo que debia a la gracia real, y à su honra esdarecida; el quai, cayendo de su avallo, vudtâ i don Guilldmo de Langeay, 'noble tavallcro, que la querïa soconer en aque! estremo caso, le dixâ ; ■ Dexadmc, hijo, gozar a lo menos de mi hado, y parlid de aqui con iuda la presieza que podrds, y corred à defentkr al rey; y si os librais salvo de la pelea, os acordareis, como amigo y piadoso, de mï nombre y honrado fin. •

Rodomontades ksi-aignolles. 47

qui combattoit vaillamment : et le succès ne trompa point leurs espérances, parce qu'ils corn battirent tous très bien, et avec une ardeur incroyable 1 , ■

En ceste rodomontade, il y a à remarquer deux choses. L'une, qui se peut mieux représenter que dire, d'autant qu'il se faut représenter que c'est une grande gloire au soldat, alors qu'il void son couronne! abatu mort par terre à sa teste, qui ne s'estonne point, et ne reculle point en arrière, mais pousse plus avant, aymant mieux fouler le corps de son gênerai et luy passer sur le ventre en vangeant sa mort vaillamment, que si son ennemy venoit après triomphant, et luy foulast le corps, et passant par dessus, et en suivant les autres siens ennemys sans autre forme de vengeance ; ce qui estoit certes très bien advisé et remonstré à ce grand marquis*. L'autre chose qui est à noter, est que les soldats disoient qu'ils estoieni prest d'obeyr non seulement à leur capitaine, mais à un soldat qui en vouloit faire le mestier avecques eux;

I. Dexando el cavallo, i pïé, con una pica en la mano, vueltoatras, dixo : ■ Ea, soldados! tened cuidado que en- [rando yû en la batall.i, si quiere ml Ventura que muera honradaniente en cl la, vosot™ no pcrmilais que sea antes hollado de loi pies de lus enemigos', que de ios vuestros, . Los wldados , grîlando animo>ametire, le respondieron, muy alegres, que pasase delante cou buen anima, porquc elles oÔm wteniAudos .i garnir loor de tan gran virlud, siendoles muy obedcrïentes como à capitan, y coma a soldado peleando eîforzada mente : y no eneano el wccew i sus esperanzas, parque todot cambalieron muy bien con fuitoso

j. De la pari de ce grand marquis.

RODOMO

SPAICNOLLES.

comme certes rien n'anime tant le soldai que quand il void son couronnel, son maistre de camp et son capitaine faire de mesme comme luy. Les soldats dudict marquis ne faillirent pas a son dire; car ils firent si bien qu'il guignèrent la bataille : et se lit que le roy Ferdinand voulut avoir le nom, non-seulement des capitaines, mais des soldats, et les fit mettre par escrit, de ceste façon que : « encore aujourd'huy, l'on voit elegameut écrit ' dans les livres des trésoriers les noms des soldats qui, dans l'affaire de Vicence, sur la rivière de Brenta, gagnèrent, avec une merveilleuse valeur, la bataille en combattant à l'avant garde'. »

Lorsque ce grand roi d'Espaigne, qui fut l'an 1 588, fit et dressa un si grand et superbe apareil de mer contre l'Angleterre, après leur nauffrage, je vis aucuns soldats et capitaines, voire gentilshommes, espaignols, passant par la France, et tirant vers leurs pays, qui m en firent de hauts contes. Entre autres choses, ils me faisoient l'armée de six vingts vaisseaux, dont le moindre estoit de trois cens tonneaux. Il y en avoit vingt de mille à douze cens tonneaux, dont il y en avoit quatre ou cinq grandes galleasses du tout incomparables; plus de quarante à cinquante de sept à huict cens; si bien qu'il y avoit trois ans que ce

i, en los libros de los tesoreros, estan etegan- : los nombres de aquellos soldados que en el de Vincenria, al rie Brenla, combaiiendo en , ganaron la batalla ton nanvilloM valor.

Rodomontades espaignolles. 49

grand roy ayoit mis tous ses esprits, ses efforts, ses desseins et ses moyens : et puis m'allerent dire ceste rodomontade, qu'un an avant que l'armée partist du port, « le roy avoit mandé à la grande mer Oceane qu'elle se tînt preste à recevoir dans son royaume et sur ses eaux, ses vaisseaux, non proprement des vaisseaux, pour dire la vérité, mais des montagnes de bois. Il avoit de mesme mandé aux vents de cesser et de se taire, et de favoriser, sans aucune tempête, l'arrivée de son armée navale, à l'ombre de laquelle il prétendoit faire tomber et renverser non seulement les arbres et les mâts des vaisseaux, mais encore les pointes des clochers de toute l'Angleterre ! .» Certes, voylà une belle rodomontade et menace espaignolle, si la fortune eust voulu favoriser l'entreprise. Mais ceste grande armée s'en alla en rien, moitié par la prévoyance et conduicte de ce grand capitaine le millort Draq*. l'un des plus grands capitaines qui ait battu la mer Oceane deux cens ans y a, voyre et possible jamais, et moitié par les tourmentes et vagues de la mer, par trop irritées possible

1 . El rey habia mandado al gran mar Oceano, que se aparejase para recibir en su reyno y aguas sus vasallos, no propriamente vasallos, para decir verdad, mas montanas de leno ; y tambien a Ios vientos, para césar y callarse, y favorecer sin ninguna tempestad à la navegacion de su mada ; la sombra de la quai queria el que hiciese caer y baxar con grand humilidad, no solamente los arboles (a) y masteles de los navios, mas las puntas de los campanarios de toda Ingalaterra.

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