Espièglerie. — En langue d'oc
ceste langue est fort bravasche et fort propre pour menaces. Ce monsieur l'ambassadeur eui tort en cela; car il le devoit laisser parler, et l'escouter et l'entendre bien, et puis le payer de mesme monnoye, et luy faire sa'response en françois, sans descouvrir son asnerie; mais possible n"eust-i! peu entendre son discours ainsy espaignolisé. Ainsy les fautes que luy et son compaïgnon firent, et qui cuyderent porter préjudice à nostre roy, en font foy de cela. J'en ay escrit assez dans le discours que je faits de ce grand roy.
Tant y a que ces ambassadeurs et autres qui tiennent leur place ont grand tort et grand honte de n'apprendre les langues pour s'en servir au besoing, comme estoit celuy-Ià; et monstrent bien qu'ils sont de grands veaux,
3ui ne sçavent et ne parlent que la leur langue e veau. Et ressemblent un certain evesque de France, qui alla au concile dernier de Trente sans argent et sans latin, et retourna de mesmes. Quel embarquement sans biscuit, et quel retour aussy ! Que diable peuvent faire ces gens qui n'ont nul exercice plus honorable
fiour eux que d'estudier, et ne sçavoir que eur langue; car, quant à la latine, le temps passé n'en sçavoient gueres; les autres qui crachoient quelque latin, c' estoit quelque latin de breviere, mal raffiné et tamisé. D'autres l'ont peu bien parler, mais c'estoient des oyseaux rares, ainsy que fit M. le cardinal de Bellay, quand il harangua le pape Clément, au lieu de Poyet, qui fit le sot, et perdoit l'honneur de !a patrie sans ce grand cardinal. Brantiviait, IX, à
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qui rabilla tout. Pour le temps d'aujourd'hui, nos prélats se sont ravisés, qui commencent à tirer des arrhes et à desgainer le latin. Dieu mercy! les huguenots, qui leur ont tant faict la guerre qu'ils les ont aguerris (et de mesmes armes qu'ils les avoient battus d'autrefois), maintenant les battent, dont c'est bien employé. Que diroît-on d'un certain ambassadeur françois que j'ay cogneu? Luy, ayant demeuré six ans en Espaigne, en retourna aussy mal en parlant ia langue comme si jamais il n'y eust esté. Et disoit-on qu'il ressembloit le perroquet de madame de Brienne, qui avoit demeuré vingt ans 'en cage, et n'avoit jamais peu apprendre à parler un seu! mot; proverbe ancien du temps des roys François et Henry, nos grands roys, et qu'on practiquoit à la cour envers ceux qui n'avoient rien appris ny rien sceu dire.
Or pour reprendre encore mon discours, M. de Lansac disoit qu'il est très nécessaire
3u'un ambassadeur entende et parle le plus e langues qu'il peut, pour s'en servir à la nécessité aux lieux où il sera, et mesmes pour l'espaignolle, latine, françoise et italienne; car pour les autres elles sont difficiles, et pour ce ils en sont excusables. Mais pour ces quatre, ils en doivent estre taxés et blasmés s'ils ne les scavent, non pas pour les pratiquer ordinairement et en faire litière, comme on dict,mais pour quelquefois, pour la nécessité, pour la gentillesse, pour 1 honneur, pour la gloire, voire pour quelque ostentation, et pour dire que l'on en sçait d'autant,
Rodomontades espaignolle
Et plus en doivent faire nos grands roys
E rinces, qui doivent tousjours honorer leurs mgues. El, quant aux estrangeres, il les faut reserver pour manière de devis, de causeries, de mots à propos, de gaudisseries, bravades et gentillesses, afin que d'autant plus ils se rendent admirables de sçavoir plus que leur langue naturelle, ainsy que faisoit ce grand roy François, qui, aux grands affaires, ne se deferroit jamais de son beau parler françois, et n'en parla autre devant le pape Clément, le pape Paul, a Marseille et à Nice, et avecques l'empereur Charles passant en France. La reyne de Navarre, sa sœur, si scavante et bien disante, bien qu'elle sceust parler bon espaignol et bon italien, s'accommodoit tousjours de son parler naturel pour choses de conséquence; mais quand il falloit en jetter quelquelques mois à la traverse des joyeusetés et gallanteries, elle monstroit qu'elle sçavoît plus que son pain quotidien. Nostre grand roy Henry II parloit si bien espaignol qu'homme de son royaume, pour avoir esté assez en cage dans l'Espaigne et en ostage pour l'apprendre; mais il ne parloit jamais que son françois avecques les Espaignols, mesmes quand il y alloit d'affaires d'importance; mais pour dire le mot, et defaireunerencontreespaignolle, il la faisoit fort bien et de fort bonne grâce. La reyne sa femme, et mère de nos roys, parloit encore fort peu son toscan avecques ceux de sa nation pour grands affaires, ainsy que le roy- son mary, portant en cela l'honneur qu'elle devoit au royaume où elle avoit pris
s et urs
84 Rodomontades espaionoli.es.
sa grandeur et bonne fortune. La reyne Marguerite sa fille, bien qu'elle entende la langue italienne et espaignolle, et Qu'elle les parle aussy disertement comme si elle avoit esté née, nourrie et eslevée toute sa vie en Italie et Espaigne, elle en use de pareille façon en de grandes choses; mais pour alléguer de belles rencontres et gentils passages, et bien dire les mots, elle n'en cède à aucune personne, aussy bien qu'en sa langue françoise, tant elle a l'esprit grand et subtil. Nous autres petits compaignons, si nous scavons ces langues, il est très-bon que nous les parlions et les practiquions; mais il les faut sçavoir parfaitement pour ne nous faire mocquer si nous y faillons : aussy si nous nous en scavons acquitter trèsbien, nous nous en rendrons bien plus aimés, honnorés et estimés, tant à l'endroict des plus petits qu'à l'endroict des grands; ainsy que m'arriva une fois parlant au roy d'Espaigne, qui fit plus d'estime de moy qu'il n'eustfaitquand il m'entendit parler sa langue, ainsy que j'ay dict ailleurs (comme de vray, pour lors jelaparloistrèsbienjets'enestonna, et m'en fit très bonne chère. Il faut que je me vante de cela en passant 1 .
Or, pour faire fin, j'allongerois volontiers ce discours (qui est très beau) si j'estois aussy capable et aussy bien disant que ledict M, de Lansac, duquel j'en tiens la plus grande part ; car il s'entendoit très bien en telles matières pour avoir esté par diverses fois, et pour le
[. L'auteur n'y manque jamais.
Rodomontades espaigno
moins trente fois, en divers lieux et ara sades durant sa vie. Je ne passe donc plus avant, de peur de m'enrayer, et retourne à d'autres rodomontades, bien marry d'avoir esté si long en ce discours.
Quand le roy Henry II assiégea la ville de Dînant, il la fit battre si furieusement, que ceux Je dedans, n'attendant que l'assaut gênerai et leur totale ruyne, ne se voulant trop opiniastrer, adviserent d'envoyer vers Sa Majesté le capitaine du chasteau et un capitaine de la ville pour parlementer, auxquels fut accordé que, rendant la place et y laissant l'artillerie, s'en iroient vies et bagues saulves, avecques l'espée et la dague seulement, laissant toutes les autres armes en la place. Cela estant sceu par Julien Romero, qui avoit leans une compaignie d'Espaignols naturels 1 , trouva estrange et fascheux de sortir sans toutes ses armes; et, pensant faire condescendre M. le connestable (qui capituloit ! ) à plus honnorable party, le vint trouver, et luy tint tels propos, braves et graves certes : « Monsieur ', s'il est vray qu'il n'y ait point de meilleur juge des arts que les artisans mesmes, puisqu il n'y a point de seigneur et de capitaine qui ait mieux traicté et plus practiqué les armes que Votre Excellence, j'espère d'elle qu'elle les favorisera aujourd'huy de tout son pouvoir envers nousautres soldats espaignols, en nous recueillant et en nous traictant non
j. Monseigneur.
Rodomontades espaignolles.
comme des vaincus, mais selon nostre valeur etnostre courage; lesquels, quant à moy, j'ay mieux aymé confier, il y a quelques années, à Fontainebleau, en présence du roy François, au sort doubteux d'un combat singulier et défi, plustost que de souffrir aucun deshonneur ni affront, chérissant plus mon honneur que mon sang et ma vie, laquelle j'ai tousjours employée de bon cœur en tant de milliers de dangers, passant et repassant tant de mers et de terres, et seulement cela pour gagner de la gloire et des louanges; en quoy la fortune, ennemye des hommes braves et courageux, m'a tellement agréé et favorisé, que je me peux compter entre ceux qui ont gaigné quelque chose par leurs efforts et par leurs prouesses; ce qui est pour moy un souverain bien, dont je me puis louer et advantager, les armes estant le comble de ce que j'ay et le fond de ce que je n'ay pas. Leur garde et conservation m'estant plus chères que toute chose, s'il faut que je les perde, je veux que tout ie monde me méprise. Et si ce malheur m'arrive que nous soyons obliges de les abandonner, nous aymons mieux, tant que nous sommes, comme désespérés, si les rames nous manquent, nous ayder de voiles, combattre jusques à la mort, et faire voir par notre desespoir que nous aymons mieux mourir les armes à la main que de nous sauver sans elles comme des lasches. C'est pourquoy, monseigneur, moy et mes compaignons, nous supplions Sa Majesté qu'elle nous laisse aller et sortir avecques ceste honorable et noble condition, et
Rodomontades estaigni
qu'elle se contente de ceste ville, devant laquelle tant et tant de grands hommes ont eschoué d'autrefois ; et en nous faisant ceste grâce, il pourra justement se nommer un Roy Auguste et Vainqueur, ayant si généreusement traictéde vai lia ns soldats vaincus, moins faute de courage et de cœur que par leur mauvaise fortune 1 , jj
A ces parolles, par trop audacieuses pour un vaincu, respondit M. le connestable, qui estoit de son naturel fort impatient d'un glorieux, et qui le sçavoit gourmander et rabrouer très bien quand il l'entreprenoit, ainsy que je
i . IWonsenor, si de lodas las artes no ha y mejor juez que If» nCMHO) ofitiates, asi pues no hay sehor ni capitan que haya mejor tratado y practicado tas armas lomo V. Exceièiicia. Yo espero îanto en clla que hoy favorecerà, de toda su podet, harii nosotres soldados espanoles, recogiendonos, y tratandonos, no tomo veiitktoï, mas segun nue.it ro valor y ànimo; que en quanto à mi teca, he querido confiar en la suerte dudosa de una pelea sïngular y desafio, algunos 1A01 hay, à Fontainebleau, delante de la magestad rcal del rey Francisco, mas bien que padecer alguna deshonra y afrenta, y hacer cosa Poca digna de soldado y nombre honrado, âpre- <iando mucho mas mi honra que mi sangre y mi vida, la quai sifjtiprc- de buen animo he empleado en tantos miîUres de peligios, pasando y repasando [anlas tierras y mares, y solo esto para ganar gloria y loar; en que fort.:!: i. de los bravos y valientes, ha sido tan agraderida, que me puedo nombrar entre los que ganaron algo pur sus esfueryos y proeias, por mi soberano bien, del quai me puedo aiabar y avenlajar, siendo las armas la cumbre de mi todo, y el fondo de mi nada ; de tas quales deseo mas ta guarda y conservation que de todas cosas; las quales armas tenienflo perdidas, quiero que la gente me tenga en poca estima, y si lai es mi desdicha que las d«emos, queremos mas presto todos nosolros, coino desesperados, que si nos (altan los remos, ayudamos de las vêlas y combatir hasta morir, y mostrar por desesperadon que, mas presto queremos morir
Rodomontades espaignolles.
i'ay veu souvent : « Capitaine, mon amy, je vous estimerois grandement si vostre force et pouvoir estoient correspondans à vostre parolle et bon vouloir que vous me voulez tant faire paroistre. Mais je vois bien que vous ne cognoissez pas vostre fortune, ou bien que vous la dissimulez : voulant, par advanture, faire nouveaux droicis en guerre, que le vaincu donne loy au vainqueur, et, par advanture, vous vouloir reserver un si grand idvantage, que de vouloir emporter les armes, non seulement sur moyqui sçais assez ce qu'elles vallent, mais sur un roy jeune, courageux et présent en ce siège, qui ne voudroit céder, non à vous (avecques lequel la paragon 1 n'est nullement semblable, non plus que du ciel au plus bas de la terre), mais au plus grand prince du monde, Et semble que vostre demande est fort contraire à vous mesmes, en ce que faites nostre roy si grand (comme certes il est assez cogneu tel partout, sans que le disiez) : et néanmoins vous prétendez d'emporter sur luy et avoir l'honneur de ce qu'il pourchasse le plus en ce monde, comme voulant dire que, quelque grand prince qu'il
; salvarnos s
dlas c.
soldados vellacos. Por eso, Monsenor, yo y mis companeros siipJicJin'js su Sien Msgeslad que nos dexe ir y salir con lai condition y p.irtido noble y generoso, y se contente de esta ■ ! — 1, la q liai tantes grandes y principes no pudieron lontar veces; y linciendonos esta merced, jusiamente se podra r el Hey Auguslo Venccdor por tal illustre traramiento i à valienies soldados vencidos, no por (alla de coraion
: , La comparaison.
Draicn
ROC'OyoXTADES ESP*IGXOLLES.
, vous n'entendez tsire iniërieur à lu y en la conservation des anses et réputation d'honneur. Vrayment, beau sire, je Paymerois de vous, et seroît bon ' que le preneur fim pris et le victorieux rosi vaincu ; et que celuy qui fait trembler la terre et mers, ceaast en réputation des armes à an tel oyseau que vous.
Or, seavez-vous qu'il y a? La grâce que l'on peut faire aui malheureux, c'est de leur desdarer promptement leur malheur. Parquoy la meilleure nouvelle que je vous puisse taire scavotr, est que si vous n'acceptez sur le champ la composition que je vous ay proposée, vous vous retiriez soudain, car, avant au'ii soit quatre heures, je vous auray pris 'assaut, et ne vous donneray loysir de changer d'advis : et vous asseurez 1 que, si vous eschappez de l'espée, la corde ne vous faudra, pour vous apprendre à vouloir capituler avec celuy qui tient vostre vie et vostre mort en ses mains. «
Voylà la response de H. le connestable, et digne d'un tel capitaine, et qui se peut dire à beau jeu beau retour'; dont le capitaine espaignoi demeura si eslonné, que, rongeant le frain de son cœur, demanda encore, par une impormnité, au moins que luy douziesme sortis! avecques ses armes. Cependant M. le connestable, par une grande ruse de guerre,
i H serait planant. - Bon a conservé ce sens railleur. KotH disons encore d'un personnage amusani, d'un» bonne plaisanterie : il tit bon, dit est bien benne.