‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 2)Chapitre 19 sur 77 · Soldados de la pahota · texte numérisé non relu

Soldados de la pahota

J. Juro à Dios que aora no somos mas soldados de] rador hornero (b), mas del emperador guerrero.

(a) En it.il: . 'lit pain, et Ménage rapporte en effet qu'on appelait gattiltontim di pognon*, les gentilshommes qui se louaient pour faire nombre dans l'escorte des grands; ils recevaient ce Jour-là un pain. Chacun :■:■ renvoya plus lard comme injure ce mot qui veut dire : homme sans énergie, en France; gueux, ladre, couard, en Languedoc. En r 542 et aussi en Piémont, LaCurne dit que les Espagnols avaient déjà retourné le mot contre les Fraa-

(b) Hornero (seigneur fournier) se disait à la fols du boulanger et du maître du four.

du voyage de !a Gollette à Rome, devant Sa Saincieié et tout le sainct collège des cardinaux, où il deschiffra si bien le roy François, et le menaça, jusques à dire : Je le forcerai et le mettrai en [elle embaras de guerre, qu'il servira à faire le dernier chapitre des iStlttm Malheureux deBoccace'. « D'autant que Boccace en a fait un livre, où il exprime la grandeur d'aucuns grands, et leur déclinaison par après, Ceste rodomontade estoît belle, si le faict l'eust accompaignée; mais il s'en fallut. Le voyage de Provence qu'il entreprit et rompit par sa courte honte", avec son grand conseiller Anthoyne de Levé, qui en fut auteur; mais il y fut bien attrappê par l'advis du prince de Melphe, grand capitaine, et très-renommé certes, qui, le voyant, après la prise de Fossan, vouloir venir à Thurin (belle butte d'espérance pour estre pris, s'il y tournoit visage Comme il vouloir], îe fit advenir par un espion, faisant du bon vallet à l'empereur, et luy monstrer qu'il luy vouloit faire un bon service, et qu'il dressast ses desseins vers Provence, et principallement vers Marseille, où il faisoittrès-bon, n'y ayant personne pour le soubstenir, ce qu'il eust aysement faict*.

[.Yole forearé y meteré à ul punto de guerra, que servira à acabar el postreto capitula de los illustres desdichados de Bot ado.

î. Qu'il entreprit et qu'il eut bientôt la lionte d'abandonner.

). A Turin qu'il avait bon espoir de prendre, marche dans cette direction comme il voulait d'abord,

4. Il y a de l'obscurité dans ce passage, qui semble ëire ainsi interprété : ■ Vers HarseilJj- où il «Usait ■-

70 Rodomontades espaignolles.

Ledict Anthoyne de Levé, voyant les choses facilitées par fedict prince ', contre l'opinion de tous, il persuada à l'empereur ce projet, qui réussit mal, dont il en mourut de despit. Ledict Anthoyne de Levé fit là une grande faute de prendre advis et conseil de son ennemy.

Ce que ne fit pas Assanagès, Espaij regnié*, que Barberousse avoit laissé r Alger pour gouverneur et son lieutenant, lorsque l'empereur l'alfa assiéger, et l'ayant envoyé sommer et luy remonstrer qu'il ne scauroit mieux faire en toutes sortes que ^attendre la furie d'un siège, mais de rendre la ville sans autre cérémonie, il respondit : « Il n'y eut jamais rien de plus mauvais que de prendre conseil de son ennemi. Si vous me conseilliez de ne point rendre cette ville, je la rendrois; mais, parce que comme ennemi vous me conseillez, de la rendre, je ne veux point la quitter J . » Et dict bien mieux :

« Avecques quoy, vous autres, qui bravez et » menacez, me pensez-vous prendre et faire o tant de mal? — Avecques tant de gens, de n moyens de guerre que nous avons. ■ — ~ pour lui, la place n'ayant personne pur soutenir son attaque,

1, Antoine, dupe il:-; i'.iiili [(■■■. [[ont parlait l'espion du prince de Melfe, rallia l'empereur à ce projet contre l'opinion de tous.

i. Renégat. — Au douzième siècle on écrivait pluscorrec-

ns

j. Nunca peor cosa fué.que tomar consejo desuenemigo.

le si me aconsejirais de nn rendir la tierra, yola rendiria;

pues que, como encinigo, me aconsejais de rendirla,

ODOMONTADES ESP AIGNOLLES,

« moy, respondit-il, j'en ayde mesmes céans, v et de ce qu'il me faut pour me dépendre de « vous autres, n Hà! quel renégat et eunuque tout ensemble!

Il avait bien raison de parler si bien, et de faire encore mieux : ce qui doit bien servir d'exemple et d'advis à force capitaines qui ont gardé des places, de peur qu'il ne se laissent aller aux douces sommations, blandisses et belles parolles que leur disent et envoyent ceux de dehors pour les attirer à se rendre à eux : et faut qu'ils bouschent leurs oreilles, comme on faict au chant des seraines 1 ; car, s'ils se laissent glisser le moins du monde dans le conseil de leur ennemy, les voylà perdus et deshonnorés pour tout jamais : ainsy que je sçay d'un gentilhomme de par le monde, lequel, estant dans un chasteau de Guyenne, le plus fort qu'il y ait esté il y a trois cens ans, lui tenant le parti de ceux de la relligion, après la battailiedeMontconiour, fut envoyé sommer et prescher par un gentilhomme sien parent, qui luy donna tant du bec et de l'aisle, que, misérablement, eiàsa grand honte et confusion, i! rendit la place par ceste seule sommation et conseil; place si forte, que, cinq ans après, estant au mesmes estât, fut assaillie d'un grand prince, lieutenant de roy, qu'il ne sceut forcer ny avoir de trois mois, encore à grand peine, et par une honorable composition. Ce qui devoit estre une grande honte a ce gentilhomme, qu'on disoit

de luy par risée que, pourquoy iU'avoit rendue ainsy aysemem, ce n'estoit pas faute de munilion ny vivres, car il en avoit ce qu'il en falloit, mais parce qu'il n'a voit pas de moustarde pour manger son bœuf saifé... J'ay peur de m'estre un peu extravaguéde mon premier dessein : mais pourtant n a point esté mal à propos ny inutile, et aussy qu'une autre fois |e l'eusse oubliée '.

Le marquis de Pescayre ayant assiégé une place nommée Pisguiton*, enl'estat de Milan, il y eut dedans « trois excellens arquebusiers ; ayant été mis en garde en un certain lieu secret de la muraille, regardoient s'ils neverroient point quelque Espagnol sur lequel ils pussent décharger leurs arquebuses à coups sûrs; et il arriva qu'ayant couché morts le capitaine Busio et le capitaine Mercado, le troisième ayant déjà dressé son arquebuse contre le marquis de Pescaire, et cherchant à y mettre le feu, tout d'un coup un capitaine de Pavie, nommé Le Fratin, avança la main et lui arracha la mèche allumée, criant à haute voix : u A Dieu ne plaise que par notre cruauté périsse un si vaillant capitaine, qui est le père des soldats, et qui nous maintient, encore que nous soyons ennemis; mais, au contraire, conservons- lui la vie afin de vivre du gain de nos soldes, et que nous ne mourrions point de faim au milieu d'une paix lente

l. D« pareils oublis ne sont jamais à craindre chez l'auteur, qui a parié ailleurs déjà de la prise de ce châ Lasigiian rendu par Mirambeau.

>, Pizzighitone.

Rodomontades espaignolles. 7}

et paresseuse'. » Ainsy luy fut saulvée la vie. Il avoil raison de parler ainsy; car, comme ennemy de paix, et amy de guerre et d'ambition, il leur enlretenoit tousjours leur gaigne-pain.

Et ce fut pourquoy M. le marescbal de Strozze, ayant esté un malin salué par deux cordeiliers de ces mots : u Dieu vous donne la

fiai**! » il leur respondit : h Et Dieu vous ôte e purgatoire' ! » comme disant : a Si vous me donnez ce souhaict de malédiction à me désirer la paix, je vous en donne un autre de mesmes, de vous osier le purgatoire, n Car l'un vit de la guerre, et l'autre vit des pratiques qui proviennent de ce qu'on donne pour les aines du purgatoire : de façon que l'un et l'autre esioîent quittes de là.

Et cènes, je trouve que le capitaine Fratin avoit raison 1 de sauver la vie à un tel capi-

1 . Très arquebuierus ejcelentisimos defensores, puestos en mira de un lugar secreto del muro, que icnian ojo si vcrian parecer algun Espaitol en quien desarmasen los arquebuzes presiamente coa lires cicrtos : y avÀ fué que habiendo caydu maertos subitamenre rauy maltratados e! Upîtan Busto y el capiian Mercado, nsestando ya el lercero diligentemente contra el marques de Pescara, y queriendu dar fueg'j ,i su arquebui, depreslo un capiian de Pavia, llamado el Fratin, hechando eticima la mano, le quiti la mecha encendida, grilando a grandes votes : « No quiera Dios, que par nueslra crueldad, muera el mis er.fcrzado capitan que vive, el padre de los soldados, y que nos mamiene, aunque le seamos memigos; mas a nies le conservants la vida, porque nosolros que vivimos ganando suc Mo, no inuiiimiK de hamfare en u"s pai larga y perezosa. »

. .. vi doua lapace.

|. Diovi lolgail purgalorio. |, L'approbalion de l'auleur

re que son niveau moral

74 Rodomontades ksi'aignolles.

taine guerrier et ambitieux, car il n'ayme non plus la paix ni le repos que le soldat.

Lorsque ce grand capitaine feu M. de Guyse, François de Lorraine, mourut à Orléans, quasy aussy tost après sa mort la paix fut faicte. Je vis force soldats, tant d'un pan y que d'autre, le plorer extresmement, pour avoir perdu leur père nourrisson. Et si vous diray que j'y vis plusieurs soldats de la relligion, qui estoient dans Orléans, le regretter autant ou plus que les autres; d'autant que la pluspart d'eux estoient tous vieux soldats, et de ceux qui avoient combattu soubs luy aux guerres passées estrangeres : car les huguenots, en ceste guerre, avoient enlevé avec eux la plus belle voilée des vieux soldats; d'autant qu ils avoient les devans, el en avoient fait leur provision devant nous : et yceux soldats l'aymoient et honoroient très fort, et pour ce le regrettoient; et aussy qu'ils ne sçavoient où prendre party et tirer solde, et demeuroient en frische ; non comme ceux du roy, qui furent plusieurs appoinctés; car force compaignies furent envoyées aux garnisons. Voylà comment ce grand capitaine fut regretté autant des soldats de l'ennemy que des siens : car, pour en parler sainement, le soldat n'advise pas quel vent tire sur le droit et sur le fort de la guerre, mais où il y a à gaigner; et qui luy ouvre les moyens pour avoir du pain, celuy-lâ est son père. Aussy ne faut-il doubler que si feu M. de Guise ne fust

Rodomontades ëspmcnoll

esté tué, encore que la paix eust esté fatcte, il vouloit fort faire la guerre à l'Angleterre où il avoit de fort grands desseins : et, pour ce, ces soldats disoient que, tant qu'il vivroit, ils n'auraient jamais faute de moyens : ce qui est très certain. Un grand capitaine disoit a qu'un soldat sans guerre est une cheminée sans feu en esté ».

Pour quant au purgatoire, cela est assez certain que la practique, l'autorité et la prééminence en est du tout attribuée aux gens d'église, ainsy que le confirma le pape Alexandre, Espaignol ', à qui, comme un jour aucuns cardinaux des siens eussent remonstré une

?rande faute d'un sien peintre, qui avoit peint enfer au naturel, et, la dedans, parrny les empereurs, roys et papes, y avoit peint ei représenté au vif Sa Saincteté, et qu'il falloit Eunir le peintre, ou l'en faire effacer du tout de i peinture, il leur respondit de sang froid : « Certainement, je n'ai aucun pouvoir de tirer nulle personne de l'enfer. Si c'estoit du purgatoire, véritablement je le pourrois bien Faire*. » Je l'ay ouy dire ainsy à un moyne espaignol; et quand il le faudroit monstrer par éscrit et imprimé, je le monstrerois 1 bien en quelque petit recoing d'un petit livret,

i . La qualification d'Espagnol montre qu'il s'agit du pape Alciandre VI, mais la peinture en question lui est postérieure, car !e Sagement dernier de Mkhel-Angc y est clairement désigné- Le mol sérail donc de Paul [II, qui chargea le grand artiste de continuer les travaux de Saint-Pierre.

i. Ciertamente, no tengo yo porter para sacar i nadie del infierno;i estar en el purçatorio, bien lo podlera yo haeer.

(. Je le montreras imprimé sur le manuscrit.

76 Rodomontades espaicnoli.es.

Ce pape en disoil bien d'autres, dont je n'en parle pas, car il n'estoit pas bon François.

Don Louys d'Avilla estant assiégé dans la citadelle d'Anvers, lorsqu'il fallut sortir et forcer les retranchemens 1 de la ville, entre autres belles paroles qu'il dict à ses soidats, fut ceste-cy : « Courage, enfans! il faut îcy montrer tout ce que vous scavez faire, comme sur un des plus fameux théâtres de la guerre*. «

Avant donner la battaille de Pavie, le mar-

3uis de Pescayre dit et commanda au marquis el Couast, avec un maintien severe et animé, mais néanmoins joyeux : « il faut premièrement gagner ce lieu de Mirabel avec votre courage ordinaire, faisant tous vos efforts; que si les mains, ce qu'à Dieu ne plaise, ne suffisoient point contre un ennemi tant de fois vaincu, du moins que les corps meurent avec l'honneur qu'ils doivent, leurs valeureux courages se satisfaisant noblement en se vengeant des e

1, Les lignes' d'investisscm en [.

î. Ea, soldados! es mcnortcr moslraren csieltigarsu virlud, coino en un imiy afamado leatro de las cosas de ta

{. Con gesto severa y animoso, peru alegre : Primeramente es menester ganar este lugar de Mirabel, con vueslro valor, y lodo mettra esfoen» : que si bs mancs, lo quai Dios no quiera, no bastaren contra e! enemigu t.intas veces vencicio, hated que los cuerpos muriendo ton b traira que deben, los j — ,j e | cnem jg 0| se satisfagan no-

paraît rendre imparf;

lu : Faites qu'en mon!

) corps donnent à

ADES ESPAIGNOLLES.

Ceste battaille perdue pour nous, se dict parmy les Espaignols que Sa Majesté ayant esté prise, et le marquis del Gouast, au retour de la chasse de quelques Souysses, ayant sceu ta prise, vint dans le mesmes champ de battaille saluer Sadicte Majesté avec un très §rand honneur et respect, chassant d'allentour e luy une troupe infinie de soldais, qui la pressoient et l'importunoient de toutes parts; et, après luy avoir rapporté toutes ces belles raisons qu'il pouvoit, pour le consoler de son desastre, et surtout luy allegant la bonté de l'empereur, le roy luy respondit avecques ces telles parolles et. dignes de remarque, dont je m'estonne que nos escrivains françoîs n'ont touché ces gentilles particularités et parolles, et qu'il faille que nous les emprumptions des estrangers ' : « Je m'estois résolu et déterminé que, mourant honorablement parmy les armes, je me peusse délivrer et mon esprit d'une si grande asprezze et surcharge de mes affaires, pour ne demeurer en vie après avoir veu devant mes yeux tant de braves et vaillans capitaines des miens estendus morts autour de moy. La fortune, qui de long-temps m'est si cruelle, et, à très grand tort, grand'ennemie de mon nom, pour me conserver la vie à mon très grand regret, et

i , M. Lalanne a reconnu ici comme à l'ordinaire un eMrait de Vallès. J'ajouterai que sa teneur suit lus procédés de l.ibrique dont les historiens des temps sont coutumiers ; c'est trop long el itop académique pour être vraisemblable, el ce 'd'âge manque absolument d'éloquence, s valeureuses b satisfaction d'une noble vengeance sur

Rodomontades espaignolles. -

pour servir de spectacle d'une mocquerie et dérision, n'a pas voulu que je mourusse d'une mort honorable. Pour le moins en cela auray-je occasion de me consoler en moy-mesmes, que, me soubvenant et mettant devant mes yeux souvent ma grand'perte, que, d'aujourd'huy en advant, je ne eraindray aucune injure ny force de la fortune, parce que m'ayant esté tousjours très cruelle et furieuse, ny jamais assez saoulé abondamment de tant de desadvaniures qu'elles m'a données, elle aura finalement payé le reste de sa hayne en ceste publique plaincte et deuil de toute la France, et dernière perte mienne, par le cas et advenement d'une si grande dèsadvanture 1 . »

Voylà certes de belles parolles, et braves resolutions d'un magnanime roy, à ne se soucier plus de la fortune, puisqu'elle avoit achevé de vomir son venin sur luy en ceste si grande perte et disconvenue. Telles parolles louchèrent si fort au cœur des soldats qui

]. Va halii.i deiL s rriii:!.-itlij, iimriendo honradamentc entre las armas, librar mi animo de esta tan grau aspereia de mi) coïas, y por no quedar vhro, despiies de haber niuerto lantQS capitanes mies muy esclarecidos: pero la fortimaesy a de muclio tiempu asperisima, y à grand tuerto itiuy enemiga de mi nombre, parque me conserve la vida a mi pesar para que sea un espectâculo de escarnio y burla, y no ha querido que yo muriese mucrle muy honrado. A lo menos, con solo esto me consolaré, acordandome de una tan yran perdida,

3 ne de oy adelante no temeré nias ninguna injuria ny fuerza e fortuna, porque habiendo sido ella trueliiirna siempre y furiosa y niiàe ïtopoi iaritas desavcntn-

habra pagado el r

u odio en

:e publico lloro de toda la Franda, y postrera perdida m por caso de tan grande desaveniura.

IDES ESPÀIGNOLL.ES- 7g

esloient à l'entour', qu'ils se mirent tous j plorer et à admirer ce grand roy. Cela se tient et se dict par. m y les Espaignols.

J'ay traduit en françois ces mots precedens espaignols, et non poinct les autres; car il faut croire que le roy les prononça tous en françois, et les Es leur langue.

Sur quoy j'ay pris subjet de faire ce discours, pour noter que, bien que ce grand roy parlast force langues, comme la latine, l'espaignolle et l'italienne, il vouloit tousjours porter tant d'honneur à la sienne, qu'il la preferoit à toute autre, et ne vouloit laisser en arrière, pour faire marcher devant l'estrangere. Aussy, ainsy que j'ay ouy dire à feu M. de Lansac, le bon homme, qu'il est bien tousjours meilleur, plus séant et plus grave, quand un roy parle de grandes choses devant les estrangers, et mesmes ses compaignons, roys et princes, faut qu'il parle son vray langage, sans s'abaisser et se contraindre jusques-là de parler celuy de son compaignon, et contente ses oreilles comme s'il luy vouloit servir de truchement.

L'empereur en monstra un très bel exemple en cela, lorsqu'il fut à Rome, et parla devant le pape, les cardinaux, les ambassadeurs, et

è . Nous venons de voir cependant que le marquis du Cuast les avait chassés. Précède Riment, nous avons vu que chacun d'eui se vantait de lui avoir enlevé une pièce de son armement. Page 40, Branthôme ne parle que de leur ividile, e! non de leur attendrissement. Il n'en était pas un, dit-il, ■ qui n'eust quelque lopin • pour l'honneur ou le profit.

Rodomontades ëspaignolles.

qu'il brava tant, par trop enorgueily de sa victoire de Thunis et de la Gollette. Jl y eut les deux ambassadeurs de nostre roy, l'un vers Sa Saincteté, l'autre vers Sa Cesarée Majesté, qui luy remonstrerent de ne parler poinct espaignol, mais autre langue plus intelligible, li respondit âM.I'evesouedeMacon, comme au principal, à cause du rang qu'il lenoit vers Sa Saincteté, et marchoit devant M. de Velly, qui estoit près Sa Majesté, et ce avecques un certain dédain : o Monsieur l'evê-

3ue, entendez-moy si vous voulez, et n'attenez point de moy 'd'autres paroles que de ma langue espaignole, qui est si noble et si belle, qu'elle mérite d'être sue et entendue de toute la chrétienté 1 , «

Il y eut bien là de lanatreté* à l'empereur; car s'il eust voulu, il eust fort bien parlé françois ou italien au pays et au lieu où il estoit, voire allemand et flamand, son pays natal, s'il eust fallu; et il les eust bien rendus à quia, car il sçavoit toutes ces langues ; mais il ne voulut parler que l'autre, possible pour faire despit à ces messieurs les ambassadeurs et à aucuns cardinaux françois et autres partisans du roy. Ou bien le fit-il par un desdain et bravade et ostentation, pour honorer mieux sa langue et aussy (ainsi que j'ay dict) que

1 . Sefior obispo, entiendame si quiere ; y no espère de mi orras palabras que de mi kngua espaftola, la quai es [an noble, que merete ser sabida y enrendida de toda la génie

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