‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 2)Chapitre 4 sur 77 · Comme Voire Gràct le peut bien savoir · texte numérisé non relu

Comme Voire Gràct le peut bien savoir

j. Comme je le donnais à son costume et à son parler iiiiliuirc. SOB se rapporte à Votre Grâce. — Bien qu'on ait conservé ici la moins défectueuse des deux traductions o

,, il ,; i,

't encore bien des inexactitudes; les relever

;i déposer ait les limites de notre cadre.

. De Ftondes, senor.

Y que nuevas? leur répliqua

Considérez, s'il vous plaist, où ces g m'allerent faire et prendre leur comparaison ! Comme de vray, parmi ces belles antiquités de Rome, il n'y a rien encor de si beau à voir que ces braves légionnaires romains avec leurs habillements de teste, tant couverts de plumes 1 , les unes haussantes, les autres penchantes. Et si telle veue esioit agréable, elle, estoit bien autant effroyable par la représentation des horribles testes et grandes gueules de lions, ei autres bestes espouvantables, qu'ils portoient naïfves* avec leurs peaux, ou faisoient engraver pour les représenter sur lesdits habillemens et casques.

Par ce dire de ce soldat vous voyez, et par ceste rodomontade précédente, comme les soldats espagnols se sont donnés et assurés

[e. — No diras, seiior, mi dirent-ils, sino quandosomos parlido, ay sels dias, vinieron al principe de Parma mil j dorïenlos nombres de arma? de lu viejas compamas de Napoles, la mai bravas de valor y de tavallos que salieron jamasdd reyno, tan bien armados tan lucidos de oto y de plata, lan bien ataviados y emplumadas de grandes y genriles patin-

nos, i les quales se pueden igualar en tod<> : de modo que ahora la Ftandes no hl que tener, puej que esta brava cavalleria esta juntada en nuestra infanierin espariola, que se puede decïr la flor de lodas lai otras nactones, sin gaslar (digo yo) la honrfl de los soldados franceses, que en verdad bravos son. Mas adonde son los soldados espanoles, todosco» razondeben callar.como Vue;Jr.i Merced lopuedc biensaber, puesque los habeis praticados y iralados, como yo lo conosco en su irage y hablar soldadesco.

i . Lej centurions d'infanterie et les cavaliers avaient seuls des plumes ou des cimiers.

2. C'est la gaka pctlibus ttttt qui distinguait le sigiiijtr (porte -enseigne! seul — Une peau naiUe était une peau conservée au naturel, sa

Rodomontades esp

de tout temps la gloire d'estre les meilleurs de toutes nations. Et certes ils ont raison d'avoir ceste opinion et créance, car les effets s'en sont ensuives.

Ce sont esté eux, qui, depuis cent à six vingts ans en ça, ont conquis par leur valeur . et vertu les Indes occidentales et orientales, qui sont tout un monde complet.

Ce sont esté eux qui nous ont tant de fois combattus, battus et rebattus, au royaume de Naples, et puis nous en ont chassés.

Ce sont esté eux qui en ont tout de mesmes faict en l'estat de Milan, qui nous avoit cousté tant de sang et de moyens pour l'avoir, et nous en ont frustré en nous ostant nostre ancien patrimoine 1 .

Ce sont esté eux qui, non contens de ces biensravis à nous, ont passé en Flandres, et venus en France pour essayer à nous chasser de nos foyers; mais, ne pouvant, nous ont faict de grands maux, nous ont pris de nos villes, nous ont donné des battailles et gaigné sur nous, et nous ont faict mourir je ne sçny combien de cens mille hommes : aussi leur en avons-nous bien faict mourir des leurs.

Ce sont esté eux qui sont venus au bout des Ailemans, et leur ont mis le joug en la guerre d'Allemaigne, chose non encor ouye ny veue ni faicte des le grand Jules César, ny des autres grands empereurs romains.

1 Le mariage de Valentine de Milan avec un fils du roi de Prince Charles V avait donné des dn le duché. D'où les guerres continuées par Louis Xtl

Rodomontades espmcnolles. 17

Ce sont esté eux qui, suivant ia devise de leur grand empereur Charles, de passtr plus otittrc, ont traversé les mers, ont donné dans

se, Tunis et la Golli

Ce sont esté eux qui ont passé en Barbarie, ont pris le royaume d'Oran, les villes d'Afrique et de Tripoli, Belys et son Pignon', et qui eussent faict davantage sans le barbare élément de mer et du ciel, non pas plus doux ny piteux que l'autre, qui les empescha soubs leur empereur, ostant occasion de prendre le royaume d'Alger, qui estoit emporté, ne faut point douter, si ces deux elemens tant soit peu eussent voulu favoriser et incliner a ces entreprises.

Ce sont esté eux lesquels, par petites poignées de gens enclos dans les citadelles, rocques 1 et chasieaux, tiennent et ont tenu en bride, et ont donné les loix aux potentats de l'Italie et aux estats de Flandres, et en plusieurs endroicts delachrestienté jusques a la Barbarie, Morée et autres pays infidelles, voire jusques en ia Transylvanie (soubs ce brave Castaldo), et Hongrie et Boesme.

Ce sont esté eux lesquels l'empereur Charles, au plus fort de ses affaires et combats, quand il s'en voyoit entourné seulement de quatre ou cinq mille, se tenoit du tout invin-

1 . Penon de Veleï, poste fortifié sur la vive marocaine. — Pignon garde ici le cens de grand rocher qu'il avait en lingue d'oc, car un rocher protégeait le port.

2. Rocqat se disait du réduit qu'on tailbit dans ia roche pour ta défendre comme de la roche elle-même.

f, BraïUhAmt, JX. 1

18 Rodomontades i

cible, et hasardoit et sa personne et son empire, et tous ses biens soubs leur valeur seulement. Et disoit souvent que le succès de ses guerres reposoit sur les mesches allumées de ses arquebusiers espaignols 1 . Car certainement, de ce temps, ils en ont emporté le prix, et si nous en ont appris l'art et les premières leçons; car avant eux, nous n'usions que d'arballestes', et n'avions pas l'esprit de nous accommoder et approprier des arquebuses.

Ce sont esté eux qui, en nostre temps et à nos veues, ont remis, soubs la conduite de ce grand duc d'Albe, qu'ils appeloient leur père, en un tour demain, toute laFlandresrebellée à leur seingneur 1 .

Ce sont esté eux desquels environ mille à douze cens, en ceste mesme guerre enZellande, traversèrent un bras de mer d'un quart de lieue large, estant basse, sans autres armes que leurs épées qu'ils tenoient en leur bouche,

r. Lasuma de sus guerr.i; ùtj j-.Lie.it:; t:-. Ia> médias encendittu de sus arqiiebuzeros espanoles.

2. Les arquebusiers espagnols étaient bons, mais ils ne nous avaient pas appris l'usage des armes à feu portatives. Dès le milieu du quinzième siècle les communes de France avaient leurs compagnies de coulevriniers bourgeois. Les coulevrines à mains ont été des arquebuses primitives. Des l'jukvrinier.s postés aux ailes de l'année française avaient contribué au gain de la bataille de Fornoue. L'arquebuse, connue au quinzième siècle en France, n'était employée que comme bouctie à feu de petit calibre; elle prit ensuite la place de la coulevrine, qui cessa d'être une arme portative.

j. L'admiration pour l'Espagne mène Brantlulrnc un peu . Quand le duc d'Albe obtint si

loin, Kt ton . duc û Albe obtint son

rappel (1(7»), il désespérait de la réduction complète des Flamands.

Rodomontades espaignoll.es

allèrent deffaire environ quatre ou cinq mille Zellandois de commune', qui les attendoient sur le bord de propos délibéré, et les mirent tous en pièces. Grand miracle de main, certes !

Ce sont esté ceux là qui ayderent don Jehan d'Austrie i gaigner ceste belle et signallée battailie de Lepanthe. Ce sont ceux là encor qui, avec ce grand capitaine le prince de Parme, ont faict trembler toute la France, et longtemps tenue en allarme*.

Ce sont esté ceux pour lesquels ce grand et mesmes empereur Charles s'humilia à l'Espaigne, lorsqu'estant party par mer de Flandres, pour y aller finir ses jours convertis, s'estant desembarqué â Laredo», port vers Biscaye et y prist terre, on dict qu'il s'agenouilla aussy tost. Et remercia Dieu de ce qu'à ses derniers jours il luy avoit faict ceste grâce de pouvoir encor revoir ce pays, lequel par dessus tous autres il avoit anymé, pour luy avoir aydé à estre parvenu à l'empire; et à une si haute grandeur qu'il avoit eu en son temps ; attribuant, après Dieu, à la nation espaignolle toutes ses victoires et triumphes. Et proffera ces parolles : « Dieu vous garde et vous maintienne, ô ma chère mère ! Comme je suis sorti nud du ventre de ma mère, de mesme nud je me tourne vers vous comme vers

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