‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 2)Chapitre 5 sur 77 · De milices communales · texte numérisé non relu

De milices communales

t. Rappel un peu enflé des campagnes heureuses d'Alexandre Farnèse, commencées en i (90, terminées en 1(9*, lorsqu'il rat blesse à mort devant Caudebec.

). Uredo, province de Burgos.

20 Rodomontades espaignolles,

ma seconde mère, à qui, en reconnoissance de tant de grands bienfaits que j'ay reçus de vous, ne pouvant pour le présent faire ni mieux ni davantage, je fais présent de ce pauvre corps infirme et de ces pauvres os secs et débiles 1 .

Ainsy, ayant parlé les larmes aux yeux, il salua très courtoisement tous les seigneurs qui estoient venus au devant de luy ; et, s acheminant peu a peu par terre à son monastère, il passa à Vailfedollid où i! veid son petit-fiis et tilleul, Charles le prince d'Espaigne, à qui il fit de fort belles leçons pour ensuivre ses prédécesseurs. Considérez, s'il vous plaist, l'humiliation de ce grand empereur ! luy qui, en son temps, avoit cru, par manière de dire, que la terre n'estoit pas assez digne de le porter, s'agenouiller à elle! Hélas! il ne l'eusi pas faict, si la vieillesse, la malladie, et l'indisposition, qui font humilier les plus orgueilleux, ne l'y eussent poussé.

Ce sont esté ceux, et sont encor, par lesquels le grand roy d'Espaigne donne terreur à tous ses ennemys, soient cachés, soient descouverts, que quand on parle qu'il y a en son armée seulement huict mille Espaignols

I. Dios os salve y guarde (a), mi querida madré. Corne desnudo soy salido del victitre de mi madré, y como desnudo tambîen me vuelvo i li, cornu à mi segunda madré, a laquai, tu favor de tan grandes merecimientos (b) que yo ne recebido de tî, no podiendo por adora, ni mas, ni mejor, yo le hago un présente de este pobre cuerp enfermo, y de estos pobres huesos jccos y debilitados .

(a) Dieu vous sauve et garde.

[b) A qui pour le plaisir de tant de choses méritoires.

naturels', on s'oste de là, et faici-on place. Et, ce qui est plus à remarquer en toutes ces belles factions', c'est qu'ils n'y sont allés, nyne les ont exploitées par des moniaignes, grands monceaux et nouées 1 d'hommes, mais par de petites troupes. Car il ne s'est jamais trouvé dix mille Espaignols naturels tout à un coup ensemble, que la plus grande ne montoit pas à plus de huîct à neuf mille; desquels, en quelques combats désastreux pour eux et battaîlles infortunées, quelque grand carnage qui ait esté, jamais on n'a veu, ny leu, ny ouy qu'on ait trouvé estendus morts sur la place irois mille Espaignols, et n'en desplaise aux battailles de Ravenne et de Cerizolles, assez malencontreuses et sanglantes pour eux. Certes, il en mourut près de irois mille à Saincte-Maure en Dalmatie, assiégés des Turcs; mais ce fui par une longueur de siège, par une grande fatigue et famine du dedans, et par faute de secours, après avoir faict si bien ; mais pour le coup de main, il en mourut peu, je dis en combattant. Au siège et prise de Castromoro, il en mourut aussy force, fust ou du fil de l'espée ou à la cadene*. Au siège de Metz, il en mourut aussy une grande quantité; mais le ciel leur fit bien autant de mal que les hommes; si bien que l'on dict que l'empereur Charles estant devant et ayant

I, Espagnols de race, i. Tous ces beaux faits.

J. MM à rapprocher de nouai : tertre, monticule ..Liitiuiiiiiri qui convient au sera du passage, 4. Soit au fil de l'épée, soit à ta chaîne des galères.

22 Rodomontades espaignolles.

demeuré environ quinze jours dans son lict, mallade de ses gouttes, sans visiter ses tranchées, et s'estant levé pour les voir, et recogneu la batterie et les bresches qui avoient esté faictes, s'estonnant et bien fasehé, il se mit à dire assez hault : » Et comment n'entre-t-on point là dedans? Ah! je vois bien que je n'ay plus d'hommes à côté de moi '! »

Il y eut quelques soldats là presensqui ouvrent cela; et, fort faschés de telles parolles, respondirent : « Sacrée majesté, ne vous plaignez point de nous autres ; vous avez encor quelques hommes, et des plus braves; mais nous ne pouvons pas combattre le ciel comme les hommes', n L empereur, les regardant en pitié, haussant les espaulles, dict seulement : « C'est la vérité ; Dieu est plus puissant que nous", h — Et leur fit donner le vin.

Mais de quoy m'amuse-je tant à escrire la louange de ces braves hommes, veu que d'euxmesmes ils le sçavent publier, à mon advis, et ne les cachent nullement; car, si leurs beaux faicts s'estendent seulement d'un doigt, ils les rallongent de la coudée. Ils ont raison ; aussy,

i . Y como no se «nt

a alla dentro? Ha! bien v

eo yo que

no tengo mas hon-bres !

i. Sacra Mageslad, n

Si, teneis

aun algunos hombres

de tes bravos; irtas n

podernos

combat ir ei cielo cornu

}. Es verdad; Dios t

il-. i. pijilcrusu iji>- iii.w.rr

{a) Dans ses Couronnds, Branthome en fait dire

utant au s

soldats de Pierre de N

lUtHe de

(b) Oje nous autres

Façon de parler encore

en usage

dans le midi de 11 Franc

Rodomontades espaignolles. 23

à bien faire bien dire '. Et si j'ay veu remarquer à des grands personnages et capitaines que peu souvent eux, estans en troupes, ont failly de leur devoir et valleur, sinon dernièrement à la prise de la Gollette, faicte par POuchaly *, qu'il prist en trente et un jours, comme l'Espaignol l'avoit gardée trente et un ans; en quoy l'Ouchaly avant qu'y aller le dict au grand seigneur : qu'il la prendroit en autant de jours comme on l'avoit gardée d'années, qui estoient trente et une (j'en fais le discours ailleurs) ; à quoy il ne faillit. Mais certes les Espaignols pour le coup y eurent un grand blasme, et offensèrent grandement leur belle et antique valeur et réputation; car tout à coup sortirent de la garnison quatre cens Espaignols (c'estoit trop), qui s allèrent jetter dans le camp de l'Ouchaly, et se renièrent.

Et ne tiens ce conte de moy, mais de feu M. de Savoye (et qu'il est assez commun aussy) ; car, luy estant à Lyon, ayant accompaigné le roy à son retour de Pouloigne, nous l'estant allé voir un jour, M. de Strozze et moy, et luy ayant demandé des nouvelles de la Gollette, car en ceste saison elle estoit assiégée, il nous dict : « Venez vous-en demain au matin disner avec moy vous deux, et disnerons à part tous seuls ensemble. J'attends mon courrier, qui sans faillir viendra à ce soir ou ceste nuict, et je vous en diray. »

1 . Proverbe populaire au seizième siècle, mais non avec le sens de forfanterie que lui donne l'auteur.

2. Le Kodjah Siman-pacha, renégat italien, devenu grand visir, qui reprit la Goulette et Tunis.

24 Rodomontades espatgnolles.

Lendemain nous n'y fallismes, qui nous conta ' la prise, et la faute grande de ces Espaignols ainsy retirés de leur devoir et réputation, dont il esioit très en despit ; et dict que les soldats espaignols en une si grande multitude n'avoient erré jamais, ny faict telle veillaquerie* que celle-là, et qu'ils faisoient grand tort à leurs compaignons; et pour une telle si énorme faute, il ne fallait blasmer le reste, car ils avoient tousjours si bien faict en toules parts qu'ils avoient esté, qu'à jamais ils méritoient une étemelle gloire; et que, de ce que de ses yeux il avoit veu, il ne pouvoit aire autrement : que c'estoient les meilleurs soldats du monde, et plus dignes pour la guerre et pour en porter mieux toutes les fatigues. Et allégua qu'à la guerre d'Allemaigne il veit huict cens soldats espaignols desfaire douze cens chevaux en campaigne etplenerase; cela se lit aussi 3 .

Je n'aurois jamais faict si je voulois par trop m'arrester sur les vertus et louanges de ces

Lorsque nous autres François fusmesà Malte

Eour le secourir, le roy d'Espaigne, comme on catholique, brave prince certes, y envoya neuf à dix mille hommes de guerre pour le secours, soubs la conduicte du marquis de Pes-

l . Nous n'y manquâmes pas le lendemain

r. Te! manque do foi el d'I

Rodomontades espaicnoli.es.

cayre, dernier mort ', brave et gentil seigneur, rostre capitaine gênerai, et tenant fort de ses prédécesseurs. Je vins à demander à un soldat espaignol qui me paroissoit galant* par dessus tous les autres : ■ Monsieur, de combien de soldats est composée cette armée? — Monsieur, me répondit-il, je vous le dirai. Il y a trois mille Italiens, trois mille Allemands et si:

soldats 3 , « Voyez un peu et considérez quelle responce; car les Italiens et Tudesques, il ne les compte poinct pour soldats Quelle gloire pour eux, et quel mespris ' pour les autres ! Si est-ce que les Italiens leur firent la honte toute Entière â ceste expédition de la Gollette; car, eslans resserrés dans un fort tout auprès, qui avoit esté faict à la haste, et commandés par Pagan Doria et Gabrio Cervellon, et eux pouvans estre de cinq à six mille, lindrent bon, longtemps après la Collette prise, et combattirent très bien, et y acquirent grand honneur, ainsy que monseigneur de Savoye nous conta, et que ce seul coup les pouvoit advanlager sur les Espaignols et non jamais d'autre.

— Cela disoil-il fort à la gloire desdicts Espai-

i. Mon en dernier lieu. Celle défense de Malle était ceile de 1)67.

j. Vaillant homme.

}. Senor, de quantos soldados es compaesta esta armada }

— Sefior. me répondit-il, yo lo dire : hay 1res mil Italianos. ire» mil Tudtscos, y seis mii soldados.

4. Le mépris ne ressort pas positivement des termes, qui peuvent correctement s'interpréter ainsi : Nous sommes sis mille solàali, plus trois mille Italiens et trois mille Allemands. Comme on s'adressait à lui en espagnol, l'Espagnol jugeait inutile de se qualifier tel.

26 Rodomontades kspaignolles.

gnols, disant et affirmant que les Italiens ne les avoient jamais surpassés que ce coup ; mais ouy bien les Espaignols, les Italiens ' en mille endrotcts.

Surquoy il nous fit un conte qu'il tenoit d'aucuns vieux capitaines, que, lorsqu'il fallut à Anthoine de Levé s'aller jetter dans Pavie, que le roy Franco ys I alloit assiéger, il demanda surtout à M. de Bourbon, à Charles de Lannoy et au marquis de Pescayre, que sa garnison fust complette et parfaicte du tout des bandes espaignolles; mais on ne luy octroya que quatre cens Espaignols, et !e reste Tudesques et Italiens; et mesmes les capitaines et soldats espaignols lui refusèrent à plat qu'ils n'y iroient point, encor qu'il fust fort aymé et cogneu d'eux; car, disoient-ils « que les compagnies espagnoles ne dévoient, en aucune manière, être employées à la garde des villes;" mais qu'on en devoit faire un corps d'un ordre invincible, et les garder pour les choses incertaines, difficiles et périlleuses de la guerre*. »

C'est bien se louer cela; mais aussy ils avoient raison; car, tant que ce corps de soldats espaignols a esté bien ferme, solide et bien joint ensemble, ils s'en sont bien faict accroire ; et mesmes ceste fois là, car ils furent le prin-

] . M:ii;, bien omondn, '.<■■; [■:■;;;:]-;> ■] . nvjk-iu mrpnssë k-s IrjLic-ji-i en mille autres endroits.

i. Çyelastompanias espaçai eiuiinijun:, imiiera debîJlue repartir por guardias de ciud.id : si no, (|iic debianse; adjuntart.is en un euerpo de ordw inl tUdai por J

cosas incicrlas, dilkiles y escabrosas (a) de la guerra.

(a) Scabreuses.

Rodomontades espaignolles. 17

cipal gain de la fcataille de Pavie, conduicis

Îiar leur brave marquis de Pescayre. Aussy, orsqu'i! eut fait rompre le parc', et qu'ils commencèrent paroîstre dans le cfaamp de battaille, ils commencèrent tous à crier : ■ Voici le marquis avec ses Espagnols 1 . ■

Aussy eux et luy se raportoient û bien ensemble en taules façons, que jamais ils n'ont esté battus ensemble, tant leurs créances des uns et des autres se correspondaient 1 , si bien

?|u'ils ne se contredi soient en rien quand i! ailoit quelque chose de beau. Si que souvent, estans prests à se amu'tîner pour leurs payes, aussy tost qu'il les avott arraisonnés le du monde ils estoient aussy tost gaîgnés :

mesmes qu'un jour, les voulant mener à une entreprise en l'estat de Milan contre nous, et aucuns se mutinans, et demandans deux payes avecques les Tudesques qui en demandoient de mesmes, M. le marquis ne leur ayant dict que ce seul mot : qu'il ne s'attendoit nullement d'eux, ny de leur brave courage, aucun refus, a non pas seulement pour faire trembler l'Italie et la France, mais encore pour leur faire la loy* »; soudain tous d'une voix se mirent à crier : a Allons, allons où vous voudrez ! les soldats espagnols ne vont point à la guerre en ouvriers, selon la coutume des soldais mercenaires, mais pour gaigner de la

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