‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 2)Chapitre 46 sur 77 · Mais elle ne le lit point · texte numérisé non relu

Mais elle ne le lit point

Discours sur les sermens

reyne de l'avoir accusé à tort, et que la vérité en estoit cognue, dont la reyne l'en ayma davantage, et J le roy son parain.

Mais elle ne vesquit guieres après; car elle mourut à l'aage de quinze venant à seize ans. Grand dommage certes d'une si belle fleur fanie et emportée en son plus beau apvril.

Elle fut fort regrettée du roy, de la reyne, de toute ia cour, et enterrée très honorablement aux Cordelliers près du grand autel, à main gauche. Avant que leur église se bruslast, il y a environ seize à dix-sept ans *, son epitaphe en bronze pnroissoit encor attaché contre un pillier, lequel fondit avecques plusieurs autres, tant le feu et l'embrasement fut grand et desoîable, sans y pouvoir remédier.

Je tiens ce conte de feu ma mère et du bonhomme M. de Pons, qui le tenoit, disoit-il, de madame de Pons sa mère, gouvernante de madame Renée de France, despuis duchesse de Ferrare, Je pense que si madame de Nemours, sa fille, s'en vouloit aujourd'huy ressouvenir, elle le pourrait asseurer; et voylà mon conte achevé. Venons à d'autres.

Il s'est trouvé de bons compaignons d'autrefois en ces cordelliers, comme un Espaîgnol que je vais dire, appelé Fray Inigo.

Allant un jour dans une rue de Tolède, et aucunes belles et honnesies dames (comme il y en a force) allans devant et luy après, et faisans grand 'poussière de leurs robes trais-

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nantes en terre; ainsy qu'elles se fussent advisées de luy et de la poussière qui lui nuisoit s'arresterent tout court (car elles i'avoient en grand' révérence), et luy disent fort courtoisement : •( Que votre révérence passe devant , afin que nous ne lui fassions point de poussière', a Luy refusant de passer, leur dist : * Je vous baise les mains, mesdames, ne vous arrêtez point. Le loup n'abhorre point la poussière des brebis*. » Quel fin loup voilà

Puisqu'il n'abhorroit pointîa poussière de ces elles dames! Il n'en eu st point abhorré autre chose, ny leur chair, non plus que le loup celle des brebis, bien qu'il fist bien delà mine et qu'il prelassast tant qu'il pouvoit, aspirant un jour à une mytre. De quoy l'en reprenoit un jour un sien compaignon, et de despit, luy dît : 1 Laissez là cette vaine imagination.

Quand même il pleuvroit des mitres, il n'en tombera jamais une sur votre tîte". »

L'on peut bien quelquefois brocarder et se mocquer de ces gens-là, puisqu'ils se mocquent entre eux-mesmes les uns des autres, comme fit un cordellier un jour à un jacobin. Allant par pays tous deux de compaignie, et venant passer un ruisseau où il n'y avoit planche ny pont, le jacobin luy dit : que puisqu'il esioii deschaussé et pieds nuds, qu'il se mist dans l'eau et qu'il le portast sur ses

1, porqne noie démos polvo.

1. Beso las manos, senoras Vayanse, que el polvo de las ovejas no le aborece cl lobo.

). Quitad esta vana .doiin : que MHtqM Ituevan niiltas, nunca caerâ una en su cabeza.

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espaulles; ce que le cordellier luy accorda volontiers; et le passant, quand ce fut au milan de l'eau, il luy demanda s'il ne portoit point d'argent sur luy. L'autre respondit qu'il avoit environ six reailes. Alors il luy dit : « Mon père, pardonnez-moi, je ne puis porter « d'argent sur moi , parce que ma règle me « l'ordonne ainsi. ■> Et, en disant cela, il le jeta sur-le-champ dans l'eau, où il pensa se noyer 1 , n

Pensez que le cordellier s'en mocqua bien, et en rit son saoul.

Une bonne femme estant malade, et ayant envoyé quérir son curé pour la confesser, elle luy donna pour sa peine une poulie, qu'il prit gentiment et l'emporta. Quand elle fut guérie, ne se souvenant du don, elle demanda à sa chambrière qu'estoit devenue sa poulie. Elle luy dit qu'elle l'avoit donnée au curé par son commandement ; à quoy elle respondit : « Dieu me soit en aide! Une infinité de fois que celte poulie s'est perdue, je l'ai donnée au diable sans qu'il l'ait jamais prise; et pour une seule fois que je l'ai promise au curé, il l'a emportée sur-le-champ*. »

Un bon compaignon ayant espousé une belle et honneste femme, et pour ce qu'il estoit mauvais mesnager, et avoit despendu tout le

l. Padre, perd on ad me, que no puedo llevar conmigodineros, porque asi lo manda' mi régla, V, dkiendo eso, luego lu écho en el rio, y se penso ahogar.

a. ïale me Dios! [afimut veces que se me perclio esta eallina, la di al diablo, y nanti la tomâ ; y una vei que la promet! al cura, la llevô luego.

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bien que son père luy avoit laissé, elle se sépara de luy; dont s en plaignit au vicaire pour la luy faire rendre : de quoy le vicaire s'enquerant à son procureur, luy demanda s'il avait consommé le mairimoîne (ou le mariage 1 ). Le procureur respondk plaisamment : «Et de plus le patrimoine' » ; faisant allusion dumatrimoineetdu patrimoine, qu'il les avoit consommés tous deux, à son dam, et de la femme et tout.

Un autre fit bien mieux, qui, ayant de mesmes mangé tout son bien, et rencontré un jour par un sien amy, et trouvé à table qu'il faisoit bonne chère, et souppok avec un flambeau de cire; luy pensant remonstrer que, puisqu'il n'avoit plus de quoy faire telles despenses, pourquoy il faisoit celle-là d'un flambeau de cire, et ne se contentoit d'une petite chandelle de suif; l'autre luy respondit : a Monsieur, je fais le bout de l'an de mon defunct bien 3 . » Quel bout de l'an, et quelle comparaison! Ne vous dis-je pas qu'ils n'espargnent rien pour dire un bon mot, - comme plusieurs autres que je diroîs bien; mais je serois trop long. Si diray-je encor ceux-cy,

La reyne d'Espaigne, donne Izabelle de France, estant un jour en une procession à Madrid avec ses dames et fi Iles qui la suivoient, toutes aussi belles qu'elle; et, venant après la dernière leur gouvernante, vieille et laide, il y eut un cavallier qui rencontra là-dessus, et

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