‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 2)Chapitre 52 sur 77 · GUERRE · texte numérisé non relu

GUERRE

dit-il, je me rends à M. le marquis de Pescayre » ; dont tous les Espaignols commencèrent à le louer grandement, disans : «Qu'ils s'emerveilloient fort du grand jugement d'un si valeureux homme, lequel sçachant bien que la suprême aulhorité du gouvernement appartenoit a don Charles de Lanoy et M. de Bourbon, néanmoins il aima mieux se rendre au marquis qu'aux autres, sçachant bien que le renom de la guerre, gaigné par une vraie vertu et par illustres faicts, est plus honorable que celuy qui se gaigne par le jeu de la fortune amoureuse, ou par la superbe faveur des roys '. »

M. le marquis aussy le receut fort honorablement, et luy bailla des gardes pour l'avoir en recommandation « qu'il ne receut nulle violence ni injure d'aucun soldat avare ou ignorant de l'art de la guerre ; car il luy fallait poursuivre l'ennemy ■ » .

Ledict marquis le voyant en tel estât, s'écria aux soldats : « Soldats , nous avons la victoire, puisque le capitaine Bayard est

1. Que se maravillaban mucha del gran juirio de tan valeroso nombre, cl quai sabiendo muy bien que la suprema autoridad del gûbkrno estab.i en poder de don Carlos de Lanoy, y del diiqur de Barbon. qu&eK tata renâïne :il marques que à ellos; dando à eutender que el renombre de guerra ganado con valor vcrdadero, y ton hethas illustres, era muy mas noble y honrado, que no el que se gana con cl juega de la Ibrtuna amorosa, y cun el sûberbio favor de los reyes del mundo.

2. Que no recibiese ninguna vlolencia ni injuria de ninguno soldado avarient!), 6 ignorante, porque era mcueiter que persiguiesc los enemigos.

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mort 1 .» Et luy fit tous les honneurs du monde pour si peu de vie qu'il luy restoit, et les meilleurs traiciemens ; ayant commandé luy faire tendre un pavillon fort superbe sur le champ mesme, et un lict pour se reposer; et mourut ainsy sans jamais se desarmer.

u Et ainsi mourut tout armé dans le camp', comme il avoit toujours souhaité 3 . »

Après sa mort, le marquis honora son corps de superbes obsèques, et le renvoya aux siens honnorablement, qui remmenèrent en France.

Ce fut lors qu'il dict à M. de Bourbon ces belles parolles que M. du Bellay a mises dans ses Mémoires. Car, ainsy que M. de Bourbon poursuivoil l'ennemy, et passant auprès de M. de Bayard, et le voyant en si piteux estât, luy dict : « Monsieur de Bayard, j'ay grand'pitié de vous. » Lequel luy respondtt : <x Mais moy, Monsieur, de vous, qui combattez contre vostre Dieu, vostre roy et vostre patrie ; et moy, je meurs les armes à la main pour les deffendre. »

Je suis esté un peu long en cest incident, et crains qu'on ne me coulpe ' de m'estre ainsy extravagué. Toutesfois, parlant si bien de c grand personnage, tout peut passer sous ces belle monstre.

1. Ea! soldjdji. vkioru ti-iiemos, porque ei capitiin Bayardo.

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