AUCUNES RETRAITES DE GUERR
ne l'avoir faicte de nuict, ainsy que M. de Montluc luy avoit très-bien conseillé.
M. l'admirai d'Annebaui, après avoir envitaillé Therouanne, avoit faict un très-beau coup, si les jeunes gens qu'il avoit menés avecques luy, des gallants de la cour, n'eussent voulu taster ce que scavoit faire l'ennemy iusques dans leur camp, qui se mit en armes, les mit en route, et prit le chef M. d'Annebaut prisonnier, et autres.
Long-temps advant en estoit arrivé de mesmes du règne du roy Louys X!l, en ceste mesme place, et pour mesme subject d'envitaillemeni, qui fut très-bien faict et au contentement et louange de tous. Mais au retour des matines, comme l'on dit, et à la retraicte, pensant estre invincibles et que l'ennemy ne les oserpit suivre veu la vaillance qu'ils avoient monstrée, et le desdaignant, se mirent à se retirer joyeusement, chantans, causans et ayant laissé leurs grands chevaux pour monter sur des haquenées et bestes d'amble pour aller mieux à leur ayse estant fatigués de la course. Lors ils furent chargés de l'ennemy si à l'improviste et si furieusement, qu'ils furent contraints, non de se retirer, mais de fuyr à bon escient : dont le mot qu'on en dict 1 Ix journêcdes espérons, d'autant que leurs espérons leur servirent plus que leurs lances, où furent pris H. de Longueville, dict M. de Dunois, M. de Bayard et d'autres grands capitaines, qui trestous oublièrent leurs leçons. M. de
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Piennes, gouverneur de Picardie, en estoit
chef.
Si faut-il que je fasse un conte, cependant qu'il m'en soubvient, pour descendre du majeur au mineur, qui est assez plaisant. Du temps de nos guerres civilles que Poictiers fut assiégé par les princes huguenots et M. l'admirai', il y eut un certain jeune gentilhomme de par le monde, que je ne nommeray point; car il m'appartient, et de fort grande maison. Il estoit en sa jeunesse fort coustumier de faire tousjours un peu du sot, et autant qu'homme qui fust en sa contrée et pays de Vaches"; mais pourtant avecques cela estoit très-vaillant. Il avoit eu la compaignie de son père, au moins la moitié, par résignation 1 . Pour envie qu'il eut de faire parler un peu de luy à son commancement de gendarme, il demanda à Monsieur, frère du roy, pour lors nostre gênerai, d'aller jusques au camp de l'ennemy pour le recognoistre et y faire quelque raflade, Monsieur, qui se doubtoit de quelque traict de son mestier, luy donna licence. Il y va de fort gaye humeur, et de faict donna bien rafle de quelques gens, fait quelques légères rapines, si bien pourtant et avecques tel esclandre, qu'il mît tout le camp huguenot en allarme, et en armes et à cheval, li fut enfin poursuivi
i. L'amiral Coligny assiégea Poitiers en 1)69.
a. En sa contrée et pays de Basques? En langue d'oc, on dit l'asdt'i, .lurit r.ialie est une forme. D'où la facétie populaire : Parler français comme une yacht espagnole.
j. Son père avait résigné en sa laveur la moitié di mandement de sa compagnie.
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d'une grosse troupe de François et de reystres ; mais luy, au lieu de faire une belle Tirade et grande cavalcade, s'en alla repaistre et dormir à trois petites lieues du camp seulement, pensant avoir faict un beau coup. Les poursuivans, en ayant eu si-tost nouvelles, le pensant aller lancer jusqu'à sept ou huit lieues, en eurent très-bon marché, le trouvèrent et le prindrent dans le lict très-aysement à trois lieues; dont la risée en fut très-grande au camp de l'un et de l'autre. Et quand on luy demandoit ce qu'il pensoh faire, il respondoit seulement : « Je pensois faire ce que j'ay faict, et ne pensois pas qu'on me deust suivre plus Ioing qu'à une lieue de là, m'estant approché si près d'eux, » Si vous asseure-je
Eourtant que despuis il s'est rendu vaillant et on homme de guerre, car il en est de race.
Voylà une belle retirade, ou, pour mieux dire, coyonade ou caguade.
Or, si nous louons les grandes armées et conducteurs d'icelles pour leurs retraictes en un grand bloc gênerai, nous en avons aussy aucuns particuliers, c'est-à-dire en petite troupe. Et commandons à une poignée de sept à huict cens Espagnols, qui se sauvèrent de la battaille de Ravenne, lesquels, après qu'ils eurent veu la totale fin de la battaille à leur très-grand dommage, résolurent de se retirer et sauver leur vie ; et marchant en bon ordre, serrés et résolus, M. de Nemours, qui ne se sentoit encor bien assouvi du grand past et festin qu'il avoit faict tout le long du jour sur le sang répandu de tant d'ennemys,
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voyant que le dessert de ces Espaignols s'en allait tout entier sans en tasier; et à sa veue, part la teste baissée avecques seulement vingt ou vingt-cinq qui estoient restés avecques; et quoiqu'aucuns luy criassent : « Monseigneur, soubvenez-vous de ce que vos bons capitaines, qui ont suivi la victoire, vous ont prié de les attendre, et de ne bouger du camp, et de tenir ferme jusqu'à leur retour, et que vous leur avez si sainctemenl juré et promis. »
Il n'en voulut rien croire ny faire; mais tout courageusement et tout haut cria : a Ah! qui m'aymera si me suive, et donne! ■ Ces Espaignols, qui le virent venir, luy crièrent :
« Ah! monseigneur, nous sommes pauvres gens, à demy perclus et sans puissance. Laissez-nous aller par notre maie adventure, et contentez-vous de la victoire, que vous ne rendrez pas plus illustre pour nous deifaire tuer et perdre 1 . »
Mais M. de Nemours, ne se contentant, donne dedans, où il fut tué et plusieurs des siens, et les autres blessés à mort et trouvés entre les morts, comme M. de Lautreq.
Cela faict, lesdicts Espaignols, sans s'estonner et s'amuser, tirent de longue, et enfilent le chemin le long d'un grand canal, marchant en très-bon ordre, et vindrent à rencontrer messieurs Louys d'Ars et de Bavard tournans de la chasse, lesquels bien Ijs, et ne sçachant
l. Ea! mansenor, somDS pobra g<oK<tobïrat«(J Dexadnas ir por nueslra inala advemura, y y; tcmsnla vue - ' — eicelciidi de la Victoria, que do «tri nui illutfre pur
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rien de leur gênerai, s'advancerent à ces Espaignols, faisant bonne mine; car ils n'eussent sceu leur faire grand mal, d'autant
3u'eux et leurs chevaux estoient si recreus 'avoir chassé si loing, qu'ils furent trèsayses quand aucuns capitaines espaignols s advancerent, qui dirent les mesmes parolles qu'ils avoient dictes à M. de Nemours, celant pourtant sa mort. M. de Bayard, qui parloit bon espaignol, et qui les avoit long-temps pratiques, et estoit la mesme courtoisie, et qu'ils n'en pouvoient aussy plus 1 , leur dit : « Allez-vous-en donc, messieurs, à la bonne heure. Vous aurez la courtoisie jusques au rendre', mais ouvrez-vous et fendez, et laissez-nous passer, et si nous voulons avoir vos enseignes ■, qu'iis luy donnèrent aussy tost et à grande joye. Et passant tous au travers, et s'entresaluant les uns les autres très-courtoisement, s'entredirent adieu, et chacun tira son chemin. Mais les nostres, arrivant dans le champ de battaille, et sçachant la mort de M. de Nemours donnée par lesdicts Espaignols, se repentirent bien de la courtoisie donnée.
Il n'est pas possible d'ouyr parler d'une plus belle retirade ', quasy semblable à celle
] . El sachnm que,- de son cote, les Français n'en pouvaient