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grosse armée composée de cinquante mille eslrangiers, tant Allemands que Suisses et autres (plus qu'il y a long-temps que pour un coup entra en France), et quelques François, parmy eux tous, menaçant (plus que ne fit
i'amais Rodomont 1 quand il passa de la Barlarie vers nous) de ta destruire et ruyner de fonds en comble, comme il parut à son commencement par les grands feux qu'il alluma en ia Lorraine et Bourgogne, si s en fallut-il beaucoup de son espérance et furieuses menaces. Car ce vaillant M. de Guyse, lui faisant maintenant leste, maintenant Te costoyant, le mena si beau par tant de fatigues qu'il lui donna, et par les combats, comme auprès de Montargis et Auneau, que tout ce grand peuple qu'il avoit conduit fut réduit à rien. Et tut contraint, avec messieurs de Bouillon et de La Marche frères, de composer avec le roy, et tirer vers leur pays avec une composition telle quelle. J'ay veu un homme qui estoit alors avec M. de La Noue. Il les vit arriver avec cinq cens chevaux seulement à Genesve, bien mallotreux, du reste de leur naufrage.
Or, M. de Chastillon, fils de ce grand admirai, et qui commencoit desjà a le suivre de Srès en ses valeurs et venus, si par trop tost ne fust esté prévenu de sa mort naturelle, qui pourtant fut advancée d'un coup qu'il avoit receu au siège de Chartres, ne voulut
g mais signer ceste composition. Tant s'en ut qu'il répugna et contredit tout ce qu'il
i. Le roi d'Espagne.
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peut, jusqu'à leur faire de grands affronts et reproches d'honneur, à ce que j'ayouy dire à ceux de leur party. Il se résolut de les laisser jouyr à pleine joye de leur composition, et la solemniser par beaux festins et carroux ' dans le camp du roy. Et lui prend quelques cens chevaux des siens qu'il avoit menés du Languedoc, et autant d harquebusiers, et se met sur sa reiraicte, et tire chemin sur le passage de Loyre, et advise gaigner d'où il estoit party, nonobstant qu'il fust poursuivi et couru à force, car on luy en vouloit à cause du père. M. de Mandelot, gouverneur de Lyon, se trouve à I'audevant, et l'assaut". M. de Chastillon le soutient, et combat si vaillamment que la perte va plus grande du costé du Mandelot que du sien; passe la rivière et se conduit là où il vouloit, après avoir battu les fanges" et combattu le mauvais temps l'espace de douze ou quinze jours.
Certes, j'ay ouy parier à de grands capitaines que ceste retirade est des plus signalées, et qu'il paroissoit bien qu'il avoit estudié la vie de M. l'admirai son père; lequel, en tant de battailles qu'il a données en nos guerres civiles, et perdues quant et quant, en a fait ses retraictes si belles et si signalées, et mesmes en celle de Montcontour, tout blessé qu'il estoit, que quasy on ne sçavoit que plus iouer, ou les beaux exploits d'armes qu'il y faisoit, ou ses retirades. Ceux qui ont veu les retraictes
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de Dreux, de Saincl-Denis , de Jarnac, de Mont contour, en sçauront bien que dire; et que si la fortune fuy estoit contraire en la battaille, pour le moins la demeslolt-il bien, et s'en retiroit si honnorablement, qu'on ne scauroit lui reprocher qu'il eust pris l'espouvante et s'en fust fuy, comme ont faict beaucoup de capitaines après leur battaille perdue, dont les livres sont tous pleins. Tant s'en faut, qu'après la battaille de Dreux, ainsi que nous pensions tout gaigné pour nous et tout perdu pour eux, les voicy venir sur les quatre heures du soir, huict jours avant Noël, a nous, environ cinq cens chevaux seulement qu'ils estoient, que, sans la vaillance et sage prévoyance de M. de Guyse, je ne sçay que c'en fust esté, et y en eut bien d'estonnés. Et après le coup fait, et voyant qu'il n'y faisoit bon, prindrent congé de nous (et qui avoit mal, à son dam), et puis se retirèrent. Je m'estonne que nos histoires de nostre temps sont esté si desloyales ou ignorantes qu'elles n'ayent touché ces choses.
M. le mareschal de Bié est fort à louer que, quand les Angiois sortirent de Boulongne pour luy donner la battaille auprès du fort de Moutreau, il avoit avec luy le régiment du comte Beingrave, celuy des François et des Italiens. Comme les ennemis chargèrent nostre cavallerie, elle se mit en route. Et voyant ledict sieur le desordre des gens de cheval, il s'en courut au battaillon des gens de pied, et leur dit : k O ! mes amys, ce n'est pas avec la cavallerie que j'esperois de gaigner la battaille,