‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 2)Chapitre 65 sur 77 · OU A SA PATRIE, N ROT, OU A SON BIENFAICTEUR · texte numérisé non relu

OU A SA PATRIE, N ROT, OU A SON BIENFAICTEUR

'estois un jour en une honneste compaignie d'honnestes seigneurs et dames; et ainsi qu'on se rencontre à discourir, parmy ces honnestes personnes, de plusieurs subjects, nous vînmes à tomber sur monsieur de La Noue, duquel on ne se peut assez saouler de dire les biens, les vertus, les valeurs et les mérites qui estoient en luy; si bien qu'il fut tenu estre resté le plus grand capitaine que nous eussions aujourd'hui en France 1 . On conta comment, estant sorti de page d'avec le roi Henry son maistre, il fit son apprentissage sous luy, et*

ouche d'ui

ax éloges excessifs du début succéderont bientôt des ?s améres que l'auteur semble avoir placées dam la ■ur anonyme pour atténuer l'illogisme ou conirasie. Le sous-titre accuse d'ailleurs sa pensée : la vie de M. de La Noue ne tient que la moitié du Discours ; elle sert de cadre à une véritable diatribe contre l'obéissance au souverain cl rentre le dévouement à la patrie.

Branlhâmt, IX. 17

de ses voyages qu'il fit en Picardie et frontières de Flandres, où luy-mesme estoit tousjours général et conducteur de ses armées.

Aussy les plus vieux capitaines ne luy eussent sceu rien apprendre soubs un si bon maistre et guerrier, puisque soubs meilleur il ne pouvoit. Ledit seigneur de La Noue apprit donc là ses rudimens de guerre, puis s'en alla en Pîedmont avec M. d'Amville, comme j'ay dict ailleurs, où il se trouva en plusieurs combats, et mesmes en un qui fut faict au pont de Sture, où il y eut une deffaicte de cinq cens Espaignols naturels, qui le fit fort valoir et estimer.

Nos guerres civilles estant survenues, il se mit à suivre le party de la religion, de laquelle il estoit grand zélateur; et aussy que M. l'admirai, voyant sa suffisance, l'avait attiré pour autant se descharger de son grand faix. Ainsi qu'il le servit très-bien et le soulagea fort; car dès-lors il commenr.olt à estre bon capi taine, d'autant qu'il aymoit fort à lire, et i qu'ii lisoit il le pratiquoit très-bien quand estoit en sa charge de guerre; et aussy qu'__ en aymoit fort à discourir, comme je l'ay fort ouy attentivement bien sauvent, et appris de luy-mesme au voyage d'Ecosse que nous fismes lorsque nous allasmes conduire la pauvre feue reyne de France martyrisée'.

La seconde guerre venue, il fit un service à son party ; car messieurs le Prince, l'admirai et d'Andelot, ayant assiégé le

Discours sur M. de la Noue.

dans Paris à demy, eux estans dans Sainct- Denis, ils donnèrent la charge à M. de La Noue d'aller surprendre Orléans'. Ce qu'il fit facilement par le moyen du baillif Grelot et ceux de la ville, qui estoient quasi tous la pluspart partisans de la religion. Mais il restoii la citadelle, qui estoit bonne et bien munie d'artillerie, qui fouettoit ceux Je la ville, il ne faut dire comment. Mais M. de La Noue la battit et l'assaillit si bien, qu'a l.i longue d'un mois ou trois sepmaînes, l'emporta, cependant que les autres amusoîent le roy et ses forces, qui ne put la secourir; car s'il les eust divisées pour y aller, ils ne demandoient pas mieux.

Les troisiesmes troubles revindrent puis après, où mondict seigneur de La Noue fit encor mieux; car, ayant M. d'Andelot, un autre grand capitaine, avec soy, et toutes les forces huguenoites de la Bretaigne, Normandie, le Mayne, le Perche, l'Anjou et autres provinces, falut passer la rivière de Loyre, estant M. de Montpensier d'un costé et M. de Marligues de l'autre. Nonobstant, la passèrent bravement sans grande perte de leurs gens, et une bien grande de fa trouppe de H. de Marligues, car il perdit son enseigne, M. d'Ourches, de Dauphiné, brave et vaillant gentilhomme s'il en fut oneques, et fort mon amy, duquel la perte emporta plus que tout ce que M. d'Andelot peut perdre. La rivière se passa donc en despit de tout obstacle, M. d'Andelot

Discours sur M. de la Noue.

y travaillant d'un costé ei M. de La Noue de l'autre. Toutes ces forces huguenottes estant assemblées, elles prindrent Sainct-Jehan , Cognac, Xainctes, Pons, Blaye, Angoulesmes et plusieurs autres.

Monsieur, frère du roy, nostre gênerai, emmena son armée; si bien qu'en un an il leur livra deux battailies , celle de Jarnac , et l'autre de Montcontour, es quelles toutes deux M. de La Noue fut pris en vray homme de guerre, encor qu'en celle de Jarnac luy fallut combattre ayant la fièvre quarte. Les princes et M. l'admirai estant allés en Gascogne et Languedoc , il demeura avec le comte de La Rochefoucaut en Xainctonge, Angoulmois, Poictou et autres pays, de leur conqueste gouverneur; dont il s'acquicta bien, car il deffit Puygaillard , qui avoit six ou sept cens chevaux, et le régiment des gardes qui s'estoit sauvé dans Lusson , qu'il prit à sa mercy ; là où il usa d'une grande courtoisie de guerre, car il le renvoya avec toutes ses armes, enseignes et tabourins, comme point vaincu : de quoy fut fort loué d'un chacun, et le vis fort louer à la reyne et au roy, comme de chose inouye et peu advenue.

La paix se fit ; et le comte Ludovic de Nassau alla faire ses entreprises en Flandres, demandant pour son second M. de La Noue :

et firent prou pour un commencement, mais ils eurent en barbe ce grand capitaine le duc d'Albe, qui les empescha soudain de parachever leur besogne , et leur emporta Valanciennes par le moyen de la citadelle qu'ils n'avoient

Discours sur M. de la Noue. 261

pas; et puis les alla assiéger dedans Mons en Haynaut, où ledici comte estant tombé malade, ce fut à M. de La Noue à supporter le faix du siège de tout ; mais, n'en pouvant plus, fut contraint d'en sortir par une très-belle et honnorable composition, avec pourtant une très grande admiration et estime qu'il laissa de luy au duc d'Albe et à toute son armée.

Le massacre de la Sainct-Barthelemy s' estant ensuivy, fut envoyéquerir jusques en Flandres par nostre roy, pour l'envoyer à La Rochelle et la solliciter de luy rendre son obeyssance (cecy est une autre paire de manches, et longues à coudre, que j'espère dire ailleurs et il propos) ; mais il n'y put rien gaigner, et fallut

3u'il en sortist sans rien faire, sinon d'avoir onné une bonne leçon et instruction pour se bien defïendre, quelles nous cousterent la perte de vingt mille hommes; car quand i! y entra ils esioient au bout de leur rollet, ainsi que luy et eux m'ont dict.

Ce siège nous porta la paix qui ne dura guieres, car, le roi de Poulogne s'en estant allé en son nouveau royaume, les armes se prindrent au mardy gras : en Normandie, M. le comte de Montgomery en chef, et en Xainctonge et Guyenne, M. de La Noue chef; où pourtant il fut grandement blasmé des siens mesmes, de n'avoir secouru jamais ceux de Lusigmm assiégés, d'un seul homme, non pas d'une seule allarme 1 , en trois mois que le siège dura; et j'en ay veu plusieurs soldats qui

Discours sur M. de la No*

estoient dedans s'en plaindre, disans : a

La Noue nous a fort bien noués, mais il noi

mal desnoués. » Mais, pour cela, il ne 1 faut mésestimer, car possible il n'avoil pas le moyen ; si a-t-on veu des places secourues de nostre temps pourtant, et plus mal aysées que celle-là. Je m'en rapporte à ce qui en est; je luy en ay veu dire des raisons alors que ce siège duroit, m'ayant le roy despesché de Lyon vers luy, lorsqu'il fut de retour de Poulogne, pour ouvrir quelques propos de paix.

Or, ayant Monsieur, frère du roy, conceu quelques mécontentemens contre Sa Majesté, et soufflé par les huguenots, qui n'avoient plus un grand chef, et qui avoient pris à propos ceste occasion de mécontentement, il s'en alla de la cour. M. de La Noue, dès le siège de La Rochelle, avoit commencé à le débaucher : je sçay ce que luy en dis, me doublant bien de quelque chose, et qu'il y avoit quelque anguille sous roche; mais il me nyoit tout; et tant plus qu'il me Faisoit ces protestations, je luy repliquois tousjours (car nous estions très-grands amys, et la pluspart du temps couchions ensemble) qu'il mettroit ce prince à mal. Enfin, le voylâ aux armes et hors de la cour. M. de La Noue le va trouver vers le Poictou avec ses forces, où je le vis et luy ramenteus' bien ses anciennes protestations qu'il me faisoit devant La Rochelle; mais la reyne mère, qui estoit toute bonne et très sage, ne cessa jamais qu'elle n'eust accordé les

Discours sur M. de la Noue,

deux frères. Si bien que le roy de Navarre, s'en estant aussy desparty de la cour quelques six mois après, Monsieur fat eslu chef général de la religion, comme luy appartenoit, puisqu'il en estoit des fermes, et veu sa grandeur. M. de La Noue l'assista tousjours si bien en ses guerres de Gascogne, que luy, qui estoit jeune prince, et peu pratique aux armes, mais pourtant vif et de gentil esprit et courageux, moitié de son instinct et moitié de ce qu'il voyoit faire à M. de La Noue, l'imitoit ; et fit

bien, que c'est aujourd'hui un des grands capitaines et roys et princes de la chrestienté.

Le roy de Navarre, la paix venue, [fl fit surintendant de sa maison, qui estoit un très grand honneur pour luy; mais ayant esté appelle par le prince d'Orange et les Estais des Pays-Bas, sur le resonnement de son nom et de ses beaux faits, qui s'espandoient partout, fut esleu par eux leur mareschal-general de camp, et supplié de l'accepter, avec de beaux partis et appoinctemens qu'ils lui presentoîent. Il quicta cette surintendance; et luy, qui n'estoit si bon œconome comme bon guerrier, changea le ménage avec la guerre, qui luy estoit plus propre, ainsy que le roy François I sceui très-bien remonstrer une fois à feu M. de La Pallice, dit mareschal de Chabanes.

Lequel ', désirant (à son advenement à la couronne) récompenser M. de Boissy, qui avoit esté gouverneur de son enfance, et ne scachant estât en son royaume plus propre pour

l, Lequel François 1" désirant.

luy que i La Pallii

Discours sur M. de la Noue.

luy que celuy de grand- maisire, pria M. de La Pallice de luy resigner Testât de grandmaistre qu'il avoit eu du roy Louis XII, et qu'il le ferait en eschange mareschal de France, estant bien plus de raison que luy, qui toute sa vie avoit manié les armes, eust un estât qui luy fust plus convenable à sa profession, à son mestier et exercice, qu'un autre où il n'avoit jamais esté bien ny advenant. Ainsy, par ces belles raisons, l'eschange se fict. J'ay dit cecy ailleurs, mais c'est tout un.

M. de La Noue en fit de mesmes, lequel quitta le bureau et la marmite ', et l'économie du roy de Navarre pour aller guerroyer en Flandres. M. de Strozze et moy le vismes partir de France; et, sans M. de Strozze, je m'estois desbauché et résolu d'aller avec luy; mais il me retint, et me pria de n'y aller point. Que maudicte soit l'heure que je le crus! car je serois maintenant mort avec gloire, ou je vivrois plus heureux que je ne suis. Ce n'est pas la première fois que mondict sieur de Strozze a retardé aucunes bonnes fortunes qui se sont présentées à moy; mais je l'aymois tant, qu'il disposoit de moy comme il vouloit.

Voylà donc M. de La Noue en Flandres, où il fut receu avec une très-grande joye, allégresse et admiration de tous les Estats, qui pour lors avoient une armée de cinquante mille combattans. Et vint bien à poinct d'avoir recouvert pour ce coup un si grand capitaine, d'autant que dom Juan d'Austrie leur donna

i. Les comptes de l'hâtel.

i Noue. 26$

pour un matin une camisade si chaude et si serrée, que, sans la bonne conduicte et l'assistance de M. de La Noue, et la vaillance de sept ou huit cens François qui se trouvèrent là, qui ne faisoient qu'arriver, toute leur armée estoit deffakte, comme les Espagnols le sceurent très-bien aire '.

Je ne conteray point les beaux exploicts d'armes qu'il a faicts, les beaux combats, les belles rencontres, et sur-tout les prises de villes fortes et imprenables qu'il a emportées par surprises, par escalades, voire en plein jour, et mesme celle où il prit le comte d'Aiguemont; bien jeune alors en tout, mais depuis qui s' estoit bien faict, ainsy qu'il le monstra dernièrement en la battaille d'Yvry, où il mourut à la teste de ses trouppes, aussy vaillamment oue jamais homme mourut en guerre. Et fit bien paroistre qu'il estoit fils de père, et que, s'il eust vescu autant que luy, se fust rendu esgal à luy, car il estoit vaillant. Et tout vaillant, avec le temps, et si nature luy donne le loysir de vivre, se fait grand capitaine, comme je le tiens des grands.

Enfin, comme Mars est toujours douteux autant que dieu qu'ayent jamais inventé les poètes, tourna la chance à M. de La Noue, et fut pris en une rencontre petite ; petite l'appellé-je, car il n'avoit qu'une poignée de gens. Et de ceste rencontre et prise (de laquelle j'espère parler ailleurs) estoit chef le marquis de Richebourg, autrement dict le marquis de

:. Allusion à la défaite de Gembloux (i 578).

î66 DI5C0URS SUR M. DE LA NOUE.

Ranty, lequel, au commencement que M. de La Noue alla en Flandres (ainsy que je le tiens de plusieurs capitaines qui estaient avec luy), estoit fort nouveau, suivant le party des Estais; et, apprenant ses principales leçons de M. de La Noue, se rendit en un rien si bon capitaine, qu'il est mort (ayant changé sa robe) l'un des bons que le roy d'Espaigne eust là-bas. Il mourut à ceste estacade d'Anvers 1 ; j'espère en parler ailleurs, pour estre l'une des belles choses qui aye esté faicte en ces guerres civiîles gauloises.

Ledict marquis ne traicta mondict sieur de La Noue à sa prise comme il devoit, et comme le disciple le devoit à son maistre. Et fit fort

feu de cas de luy, comme de l'incognu à incognu. Pour fin, il fut livré à l'Espaignol, qui le met en une prison si estroicte, qu'il n'en sceut jamais sortir qu'au bout de cinq ans et demy, qu'il fut délivré par le moyen de messieurs de Guyse et Lorraine, où il y eut de très-grandes cérémonies, que, sans ces deux princes, mal aysement il fust sorty. Je le sçay aussy bien qu'homme de France, pour en avoir parlé à feu M. de Guyse pour luy assez de fois ; et la première fois ce fut à la chambre de la reyne à Sainct-Maur, après la route de M. de Strozze vers le Portugal.

Estant donc sorty, et accomply quelques solemnités promises en sa délivrance, l'occasion se présentant pour servir le roy, partit de Sedan avec quelques trouppes, et, se joi-

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Discours sur M. de la Noue. 267

gnant avec quelques partisans du roy (comme avec M. de Longuevifle le gênerai, et qui pour son aage promettoit d'estre un jour aussy grand capitaine qu'aucun de ses généreux ancestres), il vin» droit à Senlis que pour lors M. d'Aumale tenoit estroictement assiégé. Et, encor qu'il fust beaucoup plus fort, M. de La Noue ne refusa le combat et luy livra la battaille, si bien mise en ordre, si bien arrangée et si bien conduicte, qu'il la gaigne, et donne la chasse audict M. d'Aumale et à ses gens, luy en deffaict grande quantité de morts par terre, et levé le siège de Senlis, ce qui ne fut pas un petit service et léger faict au roy, d'autant que M. du Mayne, accompagne d'une armée de quinze mille hommes, tous enragés, désespérés de la mort de leur brave M. de Guyse, et tous enflambés pour venger sa mort, avoient donné dans les faubourgs de Tours, les avoient faussés , et fait une grande escorne au roy, qui n'estoit assez bastant de forces, encor qu il se fust aydé de frais de celles du roy de Navarre; car volontiers on quitte' un vieil ennemy, et s'ayde de luy pour se venger du nouveau. Et M. du Mayne tenant la campaigne, estant bravigant », car c'est la plus belle chose qu'il aye faicte en ceste guerre, et sur le poinct de faire encor quelque chose de nouveau, et de plus beau, comme d'empescher Sa Majesté de passer la Loyre, et le cogner de deçà, les nouvelles vindrent de

a68 Discours sur M. de la Noue.

ceste battaille de Senlis gaignée par M. de La Noue. Non que je veuille dire que M. de La Noue seul l'aye gaignée, car je ferais ton au brave M. de Longueville et autres braves seigneurs qui estoient avec hiy; mais on ne scaurait nyer qu'il n'en fust bien l'autheur du gain, à cause de sa grande suffisance et Je bel ordre qu'il y mit.

Ces nouvelles estant donc arrivées au camp de M. du Mayne, les Parisiens, espouvantés de ce grand choc de fortune, mandèrent viste à M. du Mayne, et le pressèrent de rebrousser et d'aller à eux, ce qu'il Iuy fallut faire, estant sur le poinct le plus beau de ses affaires. Ce qui donna le temps et loisir au roy de se redresser, se renforcer, et passer la rivière à Gergeau qu'il força. Et tira droit à Paris, à sa mal'heure très grande, car il y fut tué.

Or, ainsy que j'allois disant et publiant les louanges, valeurs et vertus de ce grand M. de La Noue, il y eut une personne de la compaignie, que je ne nommeray point, ny son sexe, mais bien sa qualité, qui estoit grande et haute, et avec cela fort spirituelle, et sçavoit les affaires du monde, qui me prit par la main et m'arresta, ne voulant permettre que j'en parachevasse !e cours, et me dit : « Certainement, M. de La Noue ne se sçauroil tant louer comme ses mérites le portent; mais quand l'on considérera ses ingratitudes, dont il a eu le blasme d'estre fort remply, il se trouvera fort estrangement souillé, et si bien, que tant de belles vertus qu'il porte sur luy ne l'e:

sçauroient nullement laver; car il faut t"

y ne l'en faut dire

Discours sur M. de la Noue.

que c'est le plus ingrat gentilhomme que jamais nasquit en France. »

Et ceste personne disoit qu'elle le tenoit ainsy du roy et de la reyne.

o Aux premiers troubles', il se banda du tout contre les petits enfants du roy son maistre, qui l'avoit nourry page, aymé, eslevé et fort chéri; mesmes que le plus souvent il ne faisoit guieres partie à la paulme qu'il n'y appeilastLaNoue, car il estoit des plus adroits et parfaicts, mesmes qu'on ne parloit que des revers* de La Noue, qui certes estoient beaux, bien tirés et de bonne grâce, et d'une terrible force ; si bien qu'il le faisoit cognoistre par tous ceux de sa cour en temps de paix et en temps de guerre. S'il rompoit une lance, il publioit" qu'il en avoit rompu trois, qui certes estoit une grande bonté et faveur de maistre, et grande obligation au subject. Pour recompence, il fit la guerre du tout en tout à ses enfans mineurs.

La seconde guerre, il y retourna encor, et prit Orléans, comme j'ay dict. Aux troisiesmes troubles, il fut pris à la battaille de Jarnac,

I. C'est évidemment la personne grande, haute, spiri tuelle, bien informée par le Roi et par la Reine, qui tepr

ques dont il page rj 4 , ei

lin de

difficile de

c l'auteur lui-même; il se trahit à

igressions philosophiques et histori-

ier. Il intervient même et se nomme

rait que la ptrsonni a cessé de parler

attribuait tout ce qui précède.

toute rell-

Iques e de rtona la

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inct-

270 Discours sur M. de la Noue.

duquel M. de Montpensier, indigné â tout outrance contre les huguenots pour leur rel gion, et pour luy avoir fait de frais quelqui petites galanteries a la prise de la Ville de Mirebeau, sollicitoit fort la mort. Mais, Monsieur, pour lors notre gênerai, luy sauva la vie, aussi bien là comme à la battaîlle de Montconiour, où il fut pris pour la secondi fois.

Du despuis, après le massacre de la Sainct- Barthélémy, le roy l'envoya quérir en Flandres, sortant du siège de Mons en Haynaut, le remit en sa grâce, le remit en ses biens, en ce qu'il aille 1 à La Rochelle et persuade aux habitans de rentrer en leur deue obeyssanee : ce qu'il ne fit point, mais leur persuada le contraire. De plus, continuant ses mesconnoissances", il fut un des principaux ministres qui persuada à Monsieur, estant à La Rochelle (cela est bien vray), de s'esmouvoir et de s'en aller de la campaigne de M. son frère. Mais le coup fut rompu (j'en dirois bien les occasions) jusques à ce que les armes se prindrent au mardy-gras, que mondict Sieur, frère du roy, et le roy de Navarre, furent descouverts en leurs menées à la cour, et par ce espiés et tenus de près, tant par [a providence du roy Charles que de la reyne. Et de tout en estoit cause M. de La Noue, pour en faire jouer le jeu, qui pourtant, nonobstant que ces deux grands princes fussent prisonniers, luy ne laissa à mouvoir et faire tousjours guerre, et

\ condition qu'il allai.

1SC0URS SUR M. DE LA NOUE. If I

trouver inventions et moyens pour faire sortir Monsieur de la cour, au il alla trouver et persuader beaucoup de choses {comme Monsieur l'a dit despuis) contre le roy et l'Estat, sans la bonté de Monsieur 1 et la sagesse de la reyne mère qui le mit d'accord avec le roy son frère, et le remit si bien, qu'oncques puis ne s'arma contre luy.

Mais le roy de Navarre prit sa place, ou M. de La Noue l'assista tousjours à faire la guerre contre son roy, jusqu'à ce que, sentant quelques remords de conscience en soy, pour se parjurer si souvent et estre ingrat contre Sa Majesté (que j'ay ouy dire par gens qui le tenoient de luy) qu'il prit la resolution de ne plus guerroyer sa patrie et son roy, ains ailleurs aller porter son ambition, car il en a plus qu'homme du monde (je dis d'honneur', mais non guieres de grandeurs et de biens) en pays estranger. Parquoy s'en alla en Flandres, où y ayant guerroyé quelque temps assez heureusement et glorieusement, fut enfin prisonnier de guerre et confiné dans une prison si obscure, si estroicte et si misérable, qu'il n'en attendoit que d'heure à autre la semence de sa mon, sans aucun espoir d'en sortir, non plus qu'un pauvre criminel serré dans un cachot, jusqu'à ce qu'au bout de cinq ans et demy M. de Lorraine, qui l'avoit cognu à la cour fort familièrement, et fort aymé, et joué

l. Il aurait brouillé Monsieur avec le Roï sans sou bon caractère et sans la sagesse de la Reine.

I. le dis ambition d'honneurs, mais non de, etc. En pays titranger se rapporte, i ooner son ambition.

Discours sur m. de la Noue.

souvent ensemble, eut compassion de luy, et traicta et moyenna si favorablement sa délivrance à l'endroit du roy d'Espaigne, qu'il l'obtint contre tout espoir humain.

Ce grand M. le duc de Guyse n'y espargna de son coité ny sa faveur ny son labeur, ainsy qu'il 1 n'asceu s'engarder d'en dire et confesser la vérité dans son manifeste et déclaration*

3u'il a faicte sur sa prise des armes pour la effense de Sedan et Jamets, frontière du royaume de France, et soubs la protection de Sa Majesté. La substance de ces paroles est donc telle : « Que monseigneur le duc de Lorraine, outre autres seuretés, s'obligeoit au roy d'Espaigne, pour luy, de la somme de cent mille escus, et en son defîaut, un prince d'Allemagne ou un canton des Suisses : que je" luy consignerois aussy mon second fils pour un an en ostage à sa cour. : davantage, que ledict sieur, et mondict sieur le duc de Guys*, promettoient, par un escrit à part, signé de leur main, que je ne porterois les armes contre le roy d'Espaigne. De tous lesquels liens les Espaîgnols me lièrent comme s'ils eussent eu a craindre qu'un petit soldat comme moy vinst tost ou tard à altérer le cours de leur victoire : duquel pensement j'estois très éloigné, et ne tendois mon affection qu'à parvenir jusques en ma maison pour m'y reposer et rendre grâces à Dieu de ce qu'il m'avoit tiré de l'ombre de la mort et du sepulchre. Estant

l. Ainsi que M, de La Noue n'a su s'en garder, etc. 1. Imprimée pour la première fois a Verdun en [ j8 ; . Ce je se rapporte à M. de La Noue.

Discours sur M. de l* Noue. 275

arrivé en Lorraine, je communiquay avec lesdicts princes, pour sçavoir s'ils me vouloient gratifier de ceste obligation ; ce qu'ils m'accordèrent très -libéralement, moyennant que Sa Majesté Très-Chrestienne' le consentist, vers laquelle j'allay, et ne pus obtenir son consentement, si-non que je luy promisse de ne porter les armes sans son exprès commandement et consentement, ce que j'accorday : et tout aussy tost elle escrit à monseigneur le duc de Lorraine qu'il pouvoit respondre pour moy au roy d'Espaigne; ce qu'il fit avec ces conditions : que 'je luy oblige roi s cent mille escus sur tous mes biens pour gage de son obligation, à quoy je satisfis; après, que je luy promettois de ne porter armes contre luy et son Estai, ce que je luy promis aussi, en cas. que cela ne contrevinst en ce que je devois d'obeyssance, de servitude et de fidélité à la couronne de France et au roy mon souverain seigneur. Le tout parachevé, je me despartis desdicts princes, ayant esté benignement accueilly d eux, et m en allay à Genesve, où je choisis ma demeure pendant ceste miserjble guerre. Au bout de deux mois, mon fils, que je retiray d'auprès du roy de Navarre, arriva vers moy, et l'envoyay en ostage a Nancy, où il a receu de la courtoisie tant qu'il y a demeuré. »

Un peu avant ces paroies escrites, il* en dit d'autres qu'il faut bien escrire aussi, qui sont

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