‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 2)Chapitre 66 sur 77 · Le roi de France · texte numérisé non relu

Le roi de France

1. M. de Ll Noue. — Ton! ce récit est singulièrement long et diffus.

Discours sur M. de la Noue.

telles : « La première cause du bénéfice de ma délivrance fut la bonté de Dieu qui se souvint de mon affliction; la seconde, le prisonnier que je lenois, pour lequel je fus eschangé, qui estoit de beaucoup plus grand prix que moy; et la tierce, l'obligation de cent mille escus, faicte par le roy de Navarre sur ses biens de Flandres, pour la seureté de ma promesse de ne porter jamais les armes contre le roy d'Espaigne en 'ses pays. »

Or, sur tomes ces paroles, réplique M. de Lorraine que, pour la première cause de la délivrance attribuée a Dieu, il passe cela fort aysement, d'autant que, sans la bonté divine, tous les effects humains sont très inutiles et vains. Et quant à la seconde touchant l 1 eschange, c'est (sçachans tous, et M. de La Noue ne le sçauroit desnier, ou sa femme ou autres personnes qui ont négocié pour luy) que, sans les entremises et prières de luy ', l'eschange ne se fust jamais fait. Car le roy d'Espaigne ne le voulut, ny nostre roy ny nostre reyne, qui estoit fort proche du prisonnier, qui sollicitoit fort et ferme la délivrance de son parent, mais nullementl'eschange.

Et moy Bramhome, qui escris cette histoire, j'en puis porter asseuré tesmoignage; car, comme amy intime que je suis duaict M. de La Noue, j'en parlay au feu roy à Sainct-Maur, un peu advant les nopces de M. de Joyeuse, et le suppliay pour ayder sa liberté, il m'en refusa tout-à-trac, et me dit

Discours sur M. de la Noue. 27^

semblables mots : « La Noue m'a si souvent rompu sa foy, et si mal recognu les grâces et les plaisirs que je luy ay faicts, que jamais il n'en recevra de moy. »

J'en suppliay la reyne sa femme, allant un jour à la messe à Sainct-Maur, et M. de 1 Mercuer, estant au dict Sainct-Maur un jour assis près de luy dans la chambre de la reyne mère, qui me firent semblables responses, me reprochans fort son ingratitude, encore que je la rebattisse' de tout ce qu'il falloit. Esioit avec moy un solliciteur dudit de La Noue, qui estoit un grand homme blond, qui n'avoit à la cour autre recours qu'à moy. Je ne sçay s'il vit, mais luy, lisant cecy, m'en pourra desmentir.

Il y avoit aussy un autre poinct : que le roy a'Espaigne ne vouloit nullement la liberté dudict M. de La Noue, ainsi qu'il paroist bien par la longueur du temps qu'il l'a tenu en prison, et par les liens estroicts dont ledict sieur de la Noue advoue estre lié en sa capitulation, estant le naturel du roy espaignol de se craindre et de se deffaire, en quelque façon qu'il puisse, d'un grand capitaine qui luy soit ennemy et peut nuyre, tesmoings le prince d'Orange et autres ', et aussy de gaigner et de rechercher celuy qui beaucoup luy peut servir. De façon qu il ne faut nullement doubter que, sans les grandes importunités et

l.El je juppliai M. deMercœtir.

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