‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 2)Chapitre 72 sur 77 · Avec cinq estafiers · texte numérisé non relu

Avec cinq estafiers

t. Mais contraint, les yens bainét avec une mine qui annonçait sa bassesse, On [lit encore c,ir,i en langue d'oc.

4, I'cIïùijI ou poftruidj s'est dit du pistolet long devenu le mousqueton de cavalerie comme de la petite arquebuse, parce que la crosse s'appuyait à la poitrine.

Discours sur M. de la Noue. 313

ne recognoistre leurs bienfaicteurs , pour le plus beau de tous exemples j'allegueray cestuy-cy, qui se trouve aux histoires de Savoye. Le comte Edouard de Savoye, le jour de la battaille de Varey, qui fat donnée entre luy et le DaupKin de Viennois, où il fut pris par un seigneur de Dauphiné , nommé Auberjour de Maleys ; mais , parce qu'il ne pouvoit le garder seul, le seigneur de Tournon aperceut comme ledict comte se vouloit deffaire de luy et combattoit tousjours; courut ayecques sa trouppe, et arresterent tous deux ledict comte prisonnier; lequel, comme ils se mettoient en debvoir de le desarmer, et luy oster son armet, le jeune seigneur de Boselet, accompaigné du seigneur d'Antremont, le recourut d'entre les mains d'Auberjour et du seigneur de Tournon. Lesquels, voyans leur proye s'enlever de leurs mains, s'escryerent à naute voix qu'on leur donnast secours, et envoyèrent un trompette à messire Albert, seigneur de Sassonnage, luy dire qu'il picquast avec* sa trouppe pour ayder à reconquérir le comte de Savoye leur prisonnier qu'on avoit recouru. Mais le seigneur de Sassonnage, portant grande amitié et debvoir au comte Edouard , fit la sourde oreille, feignant d'estre empesché ailleurs contre ses ennemys ; dont fut recouru ledict comte, et emmené en lieu de seureté par ses gens. Or faut noter qu'un peu de temps auparadvant, ledict seigneur de Sassonnage, estant ambassadeur en France, avecques charges de demander une fille au roy en maryage pour M. le Dauphin son seigneur,

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tumbaen un grand inconvénient et danger de sa vie, pour avoir lue le seigneur d'Aîgrevîlie, grand -maistre d'hosiel de France, qui avoit respondu audict de Sassonnage , que le roy n'estoit délibéré de donner sa fille à un tel pourceau qu'esioit le Dauphin son maistre.

Pour laquelle response ledict de Sassonnage mit l'espée au poing et tua ledict grandmaistre : dequoy le roy indigné commanda aussy tost de ie prendre et en faire l'exécution du meurtre. Ce qui eust esté faict, et eust eu ledict Sassonnage la teste irenchée, n'eust esté le comte Edouard de Savoye, qui pour lors estoit à la cour de France, qui le fit esvader et sauver.et !uy donna moyen d'esviier la fureur du roy. Ainsy le seigneur de Sassonnage, ne voulant estre ingrat à l'endroit de celuy dont il tenoit la vie, donna aussy moyen audict comte de se sauver de la batiaille. Et n'est,

Earainsy, nu! plaisir perdu entre les gens de ien. Je croy que guieres ne se trouvera un plus beau exemple de belle reconnaissance que cestuy-là, et ne sçauroit-on assez louer ledict seigneur de Sassonnage.

A ' grand peine M. de La Noue eust-il fait à l'endroict de M. de Lorraine comme fit ledict sieur de Sassonnage, quand il l'eusl tenu ainsy' à sa mercy, veu que de loing il l'ubbayoit 3 et luy nuysoit le plus qu'il pouvoit.

I. Dans les ûl irions pr.wiJi^m-;, cet alinéa termine le Silivanl avec lequel il n'a point de rapport, puisqu'il forme 11 conclusion du procèdent. Je l'ai remis â sa

z. Quand il a tenu ainsi le comte de Savi

;. Le décriait.

Discours sur M. de la Noue. 315

Un autre bel exemple avons-nous de Noradin, Soudan de Damas, lequel, un jour que Baudouin, roi de Hiérusalem, eut faict quelques courses sur les Sarrazins et Arabes, et eut faict un grand butin sur eux (tant de biens que de personnes, dont entre autres s'y trouva la femme du Soudan); etainsy qu'il se retiroit chargé de son butin, ladicte femme vint à accoucher en plein chemin. Il luy fit assister de tout ce qu'il put en ses couches, et luy fit alletter (ne pouvant mieux) son enfant par une chamelle qui ne venoit que d'avoir un fan >, et puis la fit reconduire et rendre en seureté à son mary. Ce Soudan, au bout de quelque temps, recognoissoit ceste gracieuseté et courtoisie, sauva la vie audict Baudouin dans une place assiégée desdicts Arabes ; et si fit bien mieux, car, quelques années après, ledict Baudouin venant à mourir sans enfans, ordonna par sa dernière volonté que son corps fust porté de Baruth* à Hiérusalem pour y estre inhumé, là où il fut fort pleuré et regretté, tant des siens que des estrangers qui s'y trouvèrent. Aucuns des principaux du conseil de Noradin s'efforcèrent de luy persuader de courir sus aux chrestiens, et qu'il n'y fit jamais meilleur, cependant qu'ils s'amusoient aux pleurs et à l'enterrement de leur roy. Mais Noradin ne le voulut jamais, tant pour les vertus de ce grand roy qu'il admiroit, et qu'il ne vouloit qu'on le perturbast en son enterrement, que pour la reco-

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