Beyrouth
gnoissan laissa au
Discours sur M. de la Noue.
gnoissance de la courtoisie passée : et ainsy laissa aux vivans célébrer les obsèques de leur roy. Quelle bonté de barbare, qui efface force chrestiens que je sçay!
En nos guerres civilles, en la battaille de Jarnac, le feu comie Gayaase, brave et gallant gentilhomme italien, qui s'estoit trouvé en plusieurs bons affaires pour le service du roy, et mesmes au siège de Sienne avecques M. de Momluc, mourut en Daupliiné (lorsque le roy Henry 111 tourna de Poulogne) en titre de mareschal de camp, et fut tué en une rencontre. Il fut soupçonné, et non à tort, d'avoir sauvé M. de Teligny, qui par cas estoit tumbé entre ses mains; mais, d'autant qu'il avoit receu plaisir de luy, le voûtant recognoistre en une si belle occasion. Parquoy le fit esvader, sans sonner mot, tout bellement du champ de battaille, et le conduisit hors du vainqueur, sans en vouloir faire sa parade au gênerai et à l'armée, comme plusieurs pleins de vanité et ingrats eussent faict, ny sans crainte d'en estre repris ny en estre en peine; car il ne luy alloit rien moins que de la teste pour le droict de la guerre. Monsieur, nostre gênerai, le sceut comme par une suspicion sourde; car il y avoit joué son jeu seur et sans bruit, si bien que, par aucune vive apparenee ny conjecture vraye, on n'en eust rien sceu juger sainement. Si n'en fut-il inquiété nullement du gênerai, ains en fut loué, et de iuy et des sallants 1 de
i . Cillant 3 ici le sens de galant homme, homme qui k
Discours
l'armée, et fort estimé, pour avoir esté si bien à l'endroict de son amy.
Le marquis de Richebaurg, autrement de Renty, n'en fit de mesmes à l'endroict dudict M. de La Noue; car encor qu'il luy eust obligation de tout ce qu'il sçavojt de la guerre dès-lors qu'il alla en Flandres (j'ay escrit cecy, s'il me semble, ailleurs '), quand il fut pris on ne le recognut nullement jusques à faire fort peu de cas de luy et le rudoyer, et parler fort bravaschement à luy, et s en servir au lieu où il le mena en forme de triomphe, non de magnificence, mais de risée et de desdain. Et dict-on que, luy ayant esté remonstré par aucuns de ses privés à le Haleter plus honnorablement, et selon son mérite et sa fortune, et l'obligation qu'il luy avoit, il n'en fit aucun cas, si-non, je pense, que tout ainsy que ledict M. de La Noue avoit faict à sa patrie et à son roy et autres, il estoit nécessaire et très-juste qu'on luy en fist de mesmes.
Pompée usa de pareil à l'endroict de Perpenna, lequel, après qu'il luy fut mené prisonnier, le fit mourir tout incontinent; ne méritant en cela d'estre biasmé ny condamné d'ingratitude, comme mal recognoissant des bons services, tours et plaisirs que ledict Perpenna luy avoit faicts en Sicille, ainsy comme aucuns le chargeoient. Mais plustost doibt
respecte cl se conduit bien eu taule ixiasion. Mais ^.'anf est pris ironiquement dans beaucoup d'autres passages.
notice sur La Noue.
}i8 Discours sur M. de la Noue.
estre loué de grande magnanimité, pour avoir sauvé toute une respublique que ce meschant homme accusoit par des papiers qu'il monstra a Pompée, qu'il ne voulut voir pourtant, qu'il avoit retiré de Sertorius; aussy que ce maraut ne meritoit de vivre, pour avoir lue son gênerai et son capitaine, qui valoit plus
3ue luy, et duquel ii avoit receu une infinité e plaisirs et de courtoisies.
Il faut que je fasse ce petit conte d'un de nos françois, qui fut le cardinal Balue, du temps du roy Louis XI, Son premier advancement fut qu'il fut simple valet de l'evesque d'Angers, de la maison de Beauveau, dont j'en ay cognu la race bonne et noble. Il fut eslevé par luy en biens et grandeurs, et puis le donna au roy Louis XI, qui aymoit fort les gens subelins d'esprit; et, pour ce qu'il le trouva à son gré, le fit evesque d'Evreux et puis cardinal. Estant monté si haut, comme ingrat s'oublia, et en son Dieu ' et ses maistres. Il commença premièrement en Dieu, et puis en son maistre premier', dont il fit de si meschants rapports faux au roy (qui croyoit légèrement), qu'il adjousia foy à ses parolles. Et, par frauduleuses informations qu'il fit faire, il fit desclarer' inhabile à l'evesché, et se fit par conséquent (cela s'entend) conférer par le roy ladicte evesché. Ainsi il deffil son premier maistre et bienfaicteur; et puis il fut traistre au roy, son second maistre, par mille
l . Oublie ce qu'il devait à Dieu i