‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 2)Chapitre 9 sur 77 · I. Avant son retour an camp espagnol · texte numérisé non relu

I. Avant son retour an camp espagnol

3. Conoces un tal, è cr -a amigo? Ruegue a Dios por él, porque ticne pendenciis conmigo.

brej, y quebrai (a) La messe étant dite à jeun, cela re

Rodomontades espaignolles. j^

Lorsque l'empereur passa par France, il y eut un capitaine espaignol avec luy, qui, voyant entrer un jour le chevallier d'Ambres, bravasche autant ou plus comme luy, et avec cela très vaillant, il vint demander à un autre : « Monsieur, ce cavalier est il aussi vaillant qu'il est fier 1 ? » Et luy estant respondu qu ouy : « Par Dieu, dit-il, il peut donc se comparer à moi'. »

Ce chevalier d'Ambres, ayant entendu ceste parolle, vouloît fort s'aller esprouver contre luy, sans la deffense que le roy avoir faicte de ne quereller aucun Espaignol. M. de Bussi avoir cela que, s'il fust venu à la cour quelque brave nouveau, de le quereller et se battre contre luy.

Un soldat espaignol disoh : « Je ne sçai que faire pour consoler mon espée, qui se plaint de moy, et qui se désespère de ce qu'il y a si longtemps que je la lais reposer, et qu'elle ne remporte aucun avantage sur ses ennemis*. »

Voylà une bonne espée, et aussi bonne que de l'autre, qui disoit de la sienne, en la tirant à demy : a espée! si tu sçavols parler, tu dîrois combien tu as tué d'hommes*! »

Un autre, que l'on louoit devant luy, il

malin, avant mon premier repas, j'ai blessé et tué des llommes et cassé les mâchoires d'une p...

l. Sefior, este cavallero es t.m valiente coma es bravo?

i. Juro i Dios que se puede igualar à mi

J. Yo harto tengo que liacer en consolât esta mi espada, que no se queie de mi y désespère, porqite lia tantôt ili.ii que la hago halgar, y que no saca Iruto de sus enemïgos.

4. espada, si supïcses hablar, diieres quantos hombres matasteïs.

Rodomontades espaignolles. 37

< pensez qu'il estoit aussi laid qu'un beau

diable.

J'aymerois .autant un autre, lequel battoit son page ou laquais, et luy disoit : « Dis, bélître l ? combien de fois t'ai-je défendu de publier à chaque pas ma valeur, de peur que les femmes en t'entendant ne se perdent pour moy, et que je ne fusse plus empesché à leur faire connoître la grandeur de mon courage qu'à prendre des villes et tuer des ennemis* ? » Voilà un plaisant badin.

Feu M. de Strozze et moy, ainsy qu'une fois en Italie nous interrogions un soldat espagnol qui nous vint accoster, et luy demandions son nom, il nous dict qu'il s'appeloit don Diego Leonis, « parce qu'il avoit tué trois

buena cuenta, son diez. Pues no los escribi, mas acuerdome bien de ellos, porque tengo excelente memoria : de manera que no se habla de otra cosa que de mi virtud, de mis acciones y hazanas, que me hacen temer de los nombres y amar de las mugeres ; de manera que paseando por las calles todas tiraban mi muchacho por la capa, y las entendia como por de tras le pedian : « Quien es este cavaliero tan bravo, y dispuesto, y hermoso? Es don Juan de Mendoza? — No, respondia el muchacho, sino su hermano. » Y ellas respondian : « Mira como se ascientan bien los cabellos y la barba. quan dichosas son las que alcanzan su amor ! » Y todas rogaban mi muchacho que hallase forma como entrase en sus casas : de tal suerte que me son importunas de me rogar tanto y amar, porque para cumplir sus ruegos, descuydo mis negocios y mis guerras.

1 . Le texte porte « Veillaque ». — Les deux mots ont d'ailleurs le sens de coquin,

2. Di, vellaco! quantas veces te he yo mandado que no andes à cada paso publicando my valor ; porque, oyendolo las mugeres no se perdian por mi ; de suerte que mas me cuesta mostrarlas la magnincencia de mi animo, que no en tomar las ciudades, y matar enemigos.

Rodomontades espa

!yons en Barbarie 1 ». Je vous asseure qu'il ne s en alla pas sans nous donner bien à rire, non seuliement pour ce coup, mais pour beaucoup de temps après.

J'aymerois autant celuy'qui se vantoit et disoit : u que dans les Indes il avoit cassé la jambe à un éléphant. Encore osoit-il jurer que, s'il avoit mis un peu plus de force, il auroit poussé son bras jusqu au cceur et aux entrailles de l'elephant, et les lui aurait fait

» sortir parla bouche'. »

Un jeune soldat espaignol estant interrogé comme estant si jeune, il avoit desjà les moustaches de sa jeune barbe si grandes, il respondit : <i Ces moustaches sont venues à la fumée du canon, et c'est par cette raison qu'elles sont si grandes et qu'elles croissent si vite *. » J'aymerois bien autant un capitaine espaignol, auquel estant demandé si sa compaignie estoit composée de vieux soldats, il dict : « que oui; qu'il avoit l'art de faire

■ vieillir promptement les nouveaux soldats, non pas par la paye de plusieurs années, comme faisoient d'autres capitaines, mais en

1 , Porque habia en Berberia malado très leones.

2. Que en las Indias liabia quebrado un brazo à un éléphants; y aun osarïa jurar, que si hubiesse puesto mas fueria, hubiesse pasado el braio al elephante por el tuera y pur las entranas y las hubiesse sacado par la boca la).

j. Eïlos bigolcs fueron hechos il huma del canon, y por esto crecen tan grandes y tan presto,

(il) Celte leçon paraît meilleure que celle ni il eût pané te bras de l'éléphant pat la ptan il traitUl. C'est ce passade et bien d'autres qui nous donnent à penser que l'autre traduction est une traduction non re ' '

traitlt

Rodomontades kspmcnolles.

les exerçant par beaucoup de combats et par de continuelles escarmouches dans une honorable et profitable discipline de guerre 1 , m

Il avoit raison de dire cela ; car, coustumierement, ce ne sont les longues années que l'on faict aux armées qui font les bons soldats, mais les continuels combats et ordinaires exercices des escarmouches, et menemenis de mains*. Dont je désespère souvent, quand j'oy dire tels tt tels sorttaux armas, et mesmes aucuns grands *. Et qu'y font-ils, si non aller voir le gênerai au matin, et Iuy donner le bon jour, s'en aller au Cartier, jouer tout le long du jour, faire bonne chère, se donner du bon temps? Et tels v aura-il qui auront esté six ou sept fois en des voyages, qui n'auront tiré espée du costé; et eux arrivans à la cour, ou à leur patrie et maisons, font la mine; et eux et leurs gens publieront qu'ils ont fait monts et merveilles, et auront tué Mardi-Gras*. Au diable s'ils ont tué une mouche ! Voyla comment les longues fréquentations des guerres ne font

Eis les capitaines ny les bons soldats, mais continuel maniement des armes, et lacomilelle recherche des combats et des hasards, lais comment me suis-je perdu en ceste

; liadi t'I loi Milihiius nuevos lucgo viejos. No pagas Je muchos aiVre, coma .(costumbraban loi capitanes, sino en muchas pclcas continua y escaramuzas, ton honrada y provtchosa disciplina de gucr'ra. : M ir, : menti régies de main, exercices d'adresse. i . ¥.{ mime en parlant de quelques grands personnages. 4. Et ils n'auront fait que tuer Mardi Gras. Allusion à la coutume de brûler le mannequin de Mardi Ciras la veille du mercredi dos Cendres.

40 Rodomontades espaignollks.

digression, et m'esgare de mon premier thème de rodomontades? c'est tout un. Elle n'est point mauvaise, puisqu'elle est venue à pro-

Eos : une autre fois, je l'eusse oubliée au out de ma plume. Or, retournons à une plaisante et ridicule rodomontade d'un soldat espaignol, lequel se trouva au desarmer et au despouiller du roy François, à sa prise de Pavie; car il n'estoit pas fils de bon père, ou de bonne mère qui n'en eust quelque lopin, les uns pour recompense d'honneur, et les autres pour celle du prof fit. Or il ;idvint que le bonheur tumba à ce soldat d'oster les espérons du roy; dont il s'en sentit si glorifié, que, partout où il alloit, il disoit : a Monsieur, n'avez-vous point entendu nommer et renommer celui qui osta les espérons dorés du roy François, quand il fut pris à Pavie f C'est moy-mesme 1 . .>

C'est tout de mesmes d'un qui disoit ; » Le roy don Ferdinand dit de grandes paroles à don Juan mon grand-pere : « Otez-n « mes bottes* ». Voylà de belles rodomi tades, et fort ambitieuses! Laissons-les 1; parlons-en d'autres.

Lorsque l'empereur Charles eut pris la Collette, et qu'il fallut marcher parmy les sables chauds et stériles el avec grandes incommodités vers Tunys, s'aparurent à l'aude-

i . Si.n.LT, no tabàs omcndido uombrw y renemhiw jquel que jacù las eipueliis doradas del rey Francisco en l'avia, quando fué preso: ïo soy aquel.

2. Grandes palabras dise ,il rey don Hernaniies à don mi abuelo : • Saca mis bous. ■

oies

ion Juan

Rodomontades espaignolles. 41

vant de luy, pour l'empescher, environ trente mille Mores, tant à cheval qu'à pied. Il y eut un jeune soldat espaignol qui, s'estonnant de voir tant de gens tout à coup, commença à s'escrier : « Jésus ! avons-nous donc à combattre contre tant de Mores l ? » Soudain, un vieux soldat, marchant près de luy, luy remonstre : « Tais-toi, poltron'; plus il y aura d'ennemis, plus il nous en reviendra de profit et de gloire *. »

Un soldat, à> la càmisade 4 que ce brave don Juan d'Austrie donna en Flandres au camp des Estats, et en devisant avec ses compaignohs, et marchant, il vint à demander des ennemys : « Combien sont-ils 5 ? » Un sien compaignon luy répliqua soudain : « Va-t'en au diable, avec ta question et ton compte. Dis plutôt : « Allons à eux, en quelque quantité « qu'ils soient •. »

L'empereur Charles, en la guerre d'Ongrie, un jour qu'il faisoit la revue de son camp, et estant avec luy Ferdinand son frère, roy des Romains, lequel portoit ses cheveux longs et grands en fenestre 7 , comme l'on disoit : à l'antique, à mode de son ayeul Ferdinand, il y eut

Page 1