‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 10 sur 179 · Aussi perdiez-vous bien votre temps · texte numérisé non relu

Aussi perdiez-vous bien votre temps

(a) Et ne me dites rien.

jo Rodomontades espaignolles.

riger un soldat espaignol en son cartier! »

Je vis une fois à Crémone un soldat espaignol de fort belle façon, qui ne portoit point d'espée par la rue; et ainsi que nous nous vînmes arraisonner, je luj demande pourquoy il n'en portoit, et si la justice de la ville le luy avoit prohibé; il me respondit : « Non, monsieur; la justice de cette ville n'a que voir sur moi, parce que je suis un vieux soldat qui me suis signalé et bien distingué dans nos compagnies ; mais je me suis à moi-mesme fait cette loy, parce que je suis si prompt à la main que, pour le moindre vent qui me passe par les oreilles, je me tourne sur-lechamp, je mets la main à l'espée,. et le premier qui se rencontre meurt à son malheur, comme cela m'est arrivé quatre ou cinq fois en me promenant par les rues. De sorte que, pour ne point tomber entre les mains de notre aiguazil, ni en péril de ma vie, j'ai fait vœu à Dieu de ne plus porter l'espée que quand j'irai en campagne, ou quand je monterai la gardée »

Un soldat canarien de l'isle des Canaries,

I . No sehor ; la justicia de esta ciudad no ha que ver sobre mi, porc^ue soy soldado viejo senalado, y en compahias bien adventajadb ; mas, yo mismo me soy ordenado la pragmatica, porque soy tan presto de mano, que por el menor viento que me pasa por las orejas, yo luego vuelvo, y meto la mano à la espada, y Lo primero que se me topa muere à su mal hora, como quatro ô cinco veces me ha acontecido asi por las calles paseando me. De manera que, por no caer en las manos de nuestro aiguazil, y en peli^o de vida, he hecho voto â Dios de no traer mas espada, smo quando vamos â la guerra, 6 éntramos de guaraia.

Rodomontades espaignolles. ji

mais pourtant espaignollisé et affiné par les bandes espaignolles, allant en un assault^ son capitaine le voyant pasle et tremblant, luy reprocha qu'il trembloit et qu'il avoit peur. Il luy respondit d'une belle asseurance :

a Mes chairs, comme humaines et sensibles, tremblent parce que mon cœur, brave, vaillant et déterminé, les conduit et les entraîne dans un péril d'où il n'y a plus à revenir*.

Ce soldat estoit bien dissemblable à plusieurs oui font bonne mine allans aux combats, mais dans l'âme ils tremblent.

Un autre soldat en menaçant un autre, luy dict : « Si je te prens, je te jetterai si haut, que tu trouveras la mort avant la chute*. »

L'autre disoit mieux : « Qu'à tous les Mores (ju'il tuoit il leur coupoit les testes, et puis les jettoit si haut, qu'avant qu'elles retombassent elles estoient à demi mangées des mouches'. »

Un autre louoit encore sa force d'une autre façon, a En prenant un homme et lui donnant un coup de pied, je l'enlèverai de deux ou trois lieues, et, avant qu'il en retombe, je veux qu'il se passe une ann^e*. » Pensez qu'il l'eust si bien endormy de sa boutade, qu'il

1 . Tremen las caraes, porque como humanas y sensibles, el mi bravo, valiente, y determinado corazon las lleva y las trae al postrero paso (û), donde mas no ha de vol ver.

2. si vo te tomo, yo le echaré tan alto, que mas presto sentiras la muerte que la caida.

3 . Que de tantos Moros que mataba, les cortaba las cabezas, y despues las echaba tan alto, que antes que volviesen, venian medio comidas de moscas.

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