‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 107 sur 179 · Vade rétro, Satanâs; no tenteis mi senora · texte numérisé non relu

Vade rétro, Satanâs; no tenteis mi senora

2. Igualar otros martirios à estos séria gran desvario; mas grandes son ios mios.

204 Discours sur les sermens

Or, venant sur Paage de quatorze à quinze ans, elle estoit si belle qu'on l'appeloit VAnge de la cour, dont plusieurs gentitshrommes en furent serviteurs et amoureux, jusques à ce M. le cordellier (car soubs la ceinture de saint François l'amour y voile aussy bien qu'ailleurs), qui en l'exhortant fust, ou en la chambre de la reyne (car lors les cordelliers entroient partout, tant on se fioit en eux), ou en confession, de l'amour de Dieu et de la charité, il en faisoit tomber* tousjours quelques mots sur son amour. Si bien que ma tante l'en ayant renvoyé bien loing par deux ou trois fois (et luy ne s'en désistant), le dit à la gouvernante, qui en fit le rapport à la reyne, qui n'en fit autre semblant, sinon la tancer, et luy dire que c'estoit une mauvaise garce, et que ce cordellier estoit un très sainct et homme de bien.

Cela dura quelque temps jusqu'à un jour de vendredi sainct, que luy venant à prescher la Passion dans la grande salle de Bloys, devant la reyne Anne, ses filles et sa cour, il se mit de plein abord, par son premier thème, à commencer ainsy son sermon, et par ces propres mots : « Pour vous , belle nature humaine, c'est aujourd'huy pour qui j'endure, dit ainsy nostre Seigneur Jésus-Christ à un tel jour d'anuict', pour sa Passion. » Puis, s'estant plus avant enfoncé en propos, il va si

1 . C'est-à-dire : soit dans la chambre de la Reine, soit en confession, le Cordelier prenait toujours pour sujet de ses^ exhortations Tamour de Dieu et la charité.

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