‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 119 sur 179 · I. Action de retirer ses troupes de la mêlée, ralliement · texte numérisé non relu

I. Action de retirer ses troupes de la mêlée, ralliement

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quis de Pescayre, don Fernando d'Avalos. Ce brave marquis donc ayant chassé les François de Pestât de Milan, avecques M. de Bourbon ; et ayant esté persuadé et fort pressé par luy pour passer en France, il vint à son très grand regret en Provence, quasy en despit de luy*, a parce, disoit-il, que le naturel des hommes bannis de leur patrie est tel, que, conviés d'une petite espérance, facilement s'embrouillent en quelque difficulté que ce soit, et jamais, au commencement des choses, ne mesurent les périls avec la raison ; et qu'il n'y avoit folie plus grande qu'avec un capitoine banny et déclaré en plein jugement traître, et avec petites forces, s'embarrasser et entreprendre de faire la guerre dans un royaume où les François , très affectionnés au nom royal, avoient accoustumé, non-seulement par amour naturel, mais quasi par vile servitude et commandement, à estre fidèles, voire quasi adorer le visage de leur roy, comme si c'estoit quelque >déité occulte; abominant grandement le vilain nom de traistre, desquels n'en avoit eu d'aucune mémoire qui se fust rebellé de son roy légitime. Toutesfois, se confiant en la valeur et courage de ses soldats, il entreprit la guerre et passa •. »

1 . Dans les Rodomontades, Branthôme varie et représente le chef de Tarmée d'invasion comme trompé par les rapports d'un espion.

2. Porque sabia bien, decia él, oue la naturaleza de todos los desterrados es tai, que convidaaos de una muy pequena esperanza, fâcilmente se envuelven en qualquiera dinciiltad ; y que, en los principios de las cosas, no mieden ningun peligfo con la razon ; y que mayor locura no podia ser que,

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Et d'abordade allèrent assiéger Marseille, gardée si bien par ceux qui estoient dedans qu'ils y firent très-mal leurs besoignes. Et s'y voulant opiniastrer, le roy eut loisir de s'armer et aller à l'encontre d'eux, faisant si bonne diligence, y ayant premièrement envoyé M. de Longueville et luy après, qu'il fallut à M. de Bourbon et au marquis songer à faire leur retraicte et à grands pas pour estre si vivement poursuivis par le roy et ses forces, que ce fut à eux à faire si grandes et vilaines traictes par ces chemins raboteux de ces hautes (et horribles à voir seulement) montaignes des Alpes, qu'on en ouyt jamais parler de telles.

a De telle manière, disent les Espaignols, que les soldats, en vingt-trois journées de voyage, firent leur chemin avec tant de prestesse et de nécessité, qu'estans tous quasi sans souliers, étaient contraincts d'envelopper et couvrir leurs pauvres pieds, tout espinés et esgratignés, de quelques cuirs faicts de fraisches peaux de

con un capitan desterrado, que en publico juido habia sido condenado por traydor, y con tan poco exército, emprender de combatif un reyno riquisimo en donde los Franceses, aficionados al nombre real, estaban acostumbrados, no solamente por amor natural, pero quasi por servil obediencia, â série fieles, y aun quasi adorar el rostro de su rey, como si fuese una gran deidad oculta , abominando granaemente el nombre de traydor, y no habiendose jamas rebelado alguno de ellos jamas contra su rey legitimo. Pero, confiando en el valor de sus soldados y ânimo, emprendiô la guerra, y pas6. — Les textes espagnols cités dans cette partie sont empruntés à l'historien Vallès, comme l'a reconnu M. Ludovic Lalanne. — Le titre pris par Branthôme est beaucoup trop ambitieux ; les feits et les hommes dont ils parlent ne justifient point l'épithète de grands.

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bestes. Et, parce que l'artillerie ne pouvoit suivre, le marquis la fit rompre avec du feu, et en fit mettre les pièces du métal sur des bestes de charge : et, encore qu'il eust en son camp et tirast après lui plus de douze mille bestes de charge et de carreaee , il ne demeura en chemin un ^eul chetif bagage de soldat; et ainsi sains et sauves arrivèrent à Pavie, lieu de seureté, et passèrent le Po '. »

Toute ceste diligence et belle retraicte est digne à estimer en la façon de laquelle le roy les pressoit, et telle qu'entrant par une porte dans Milan, son ennemy passoit par l'autre.

Le marquis se monstra là un très-habile et grand capitaine. Aussy dit-on de luy que de sa nature n'estoit grand vanteur, mais ne se peut en garder qu'il en s'en vantast et en fist une grande ostentation, comme disent les Espaignols.

«De ce seul faict et retirade, qui en nulle chose ne fut pareille à une fuite, comme d'une chose de grande admiration, on dit que le marquis de Pescayre s'en souloit fort glorifier ; estant autrement fort arresté à parler et bla-

I . De tal manera, dicen los Espaholes, que los soldados, en veinte y très dias de viage, hicieron su camino con tanta presteza y paciencia, que, estando quasi todos sin zapatos, se cubriéron los pies desollados con cueros recientes de animales. Y, porque la artilleria non podia caminar, el marques con un fuego hizo romperla, y pus6 los pedazos del métal en bestias de carga ; y por eso, aunque trajese consigo mas de doce mille carruages ô bestias de carga, no dexô un solo bagage de soldado en camino tan largo y enojoso, y asi todos sanos y salvos llegàron â Pavia, lugar de toda seguridad, y pasâron el Po.

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sonner de soy-mesme, taisant avec une grande modestie les choses qui luy tiroient à louange : donnant à entendre qu il estoit assez seul content avec le fruit de gloire qu'il tenoit en sa propre conscience, lequel fleurissoit mieux et plus heureusement en la bouche d'autruy qu'en la sienne*.»

Et certes, il falloit bien que ce brave marquis estimast bien ceste retraicte pour un grand exploict de guerre, puisque ses beaux combats il taisoit, et en ceste retraicte ne se pouvoit garder qu'il ne se louast grandement, comme tous grands capitaines l'ont louée, et surtout M. le connestable*, qui aydoit fort à luy donner la chasse pour ce coup.

Une autre belle retraicte fit ce brave Philibert de Chaslon, prince d'Orange, le non-pair de la Flandres de ce temps-là, lorsqu'il se retira si bravement après avoir faict tous les beaux debvoirs de guerre avecques une fort petite armée sortie du sac de Rome. Car encor

au'elle y fust entrée grande, si n'en sortit-elle e mesmes, estant le naturel des soldats, après s'estre enrichis d'un grand butin, se desbander et s'en aller. Pour attirer au combat M. de Lautreq, deux fois plus fort et plus

1 . De esta sola hazana y retirada, que en ninguna cosa filé semejante à huyda, de gran admiracion dicen que acostumbraba gloriarse el marques de Pescara, siendo en otra manera muy comedido en blasonar de si mismo, callando con singular modestia las cosas que le traian loor ; dando à entender que él estaba contento solo con aquel fruto de gloria que ténia puesto en la propria conciencia, el quai florecia dichosamente mas en boca agena que en propria.

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