Entendit conter
d'aucunes retraictes de guerre. 241
vernement (car il estoit lieutenant du roy en Tabsence de M. de Nevers, auparadvant comte d'Eu), et tiroient droict vers Orléans. Il amasse soudain ce qu'il peut et à la haste pour les aller deffaire. Ces pauvres cinquante soldats en ayant eu le vent, résolurent, quoy qu'il fust, de passer; marchant nuict et jour, font de grandes traictes, et de petits repas et courts repos. M. d'Espan les suit tant qu'il peut, et les attrape. Eux le voyant venir se jettent dans un moulin qu'ils trouvèrent à propos et à la bonne advanture (fortune ayde tousjours aux vaillans et courageux), se rembarrent', se remparent, se fortifient, tirent force harquebusaaes, et si vaillamment, que quelques petits harquebusiers qui estoient là, pensez quelques fiollans*, n'osèrent approcher, ny la cavallerie non plus. Enfin la nuict arrive et sépare le combat. M. d'Espan se retire à quelque bourg prochain pour reposer et repaistre, laisse quelque chetif corps de garde, pensant les attraper le lendemain.
Nonobstant ils sortent, combattent, faussent le corps de garde qui s'estoit mis au devant d'eux, marchent toute la nuict. Le lendemain au jour rencontrent aucuns paysans assemblés avec leur tocsin, les raflent, comme un foudre et oraçe rafle un champ de bled. Enfin, après avoir bien eu trente allarmes et rencontres, se retirent, et arrivent à Orléans tous sains et sauves, fors trois qui demeurèrent tués; et racontant leur fortune à M. le prince, à mes-