‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 131 sur 179 · Le prince de Condé et Tamiral Coligny · texte numérisé non relu

Le prince de Condé et Tamiral Coligny

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qu'il se fist' quelque petite et légère escarmouche de chevaux huguenots pour les attirer hors de leurs charrettes. Mais ces braves capitaines et soldats, tirant tousjours harquèbusades bien à propos, ne laissoient à marcher, et M. de Mouy de les cavalier en attendant son bon', ou qu'il les trouvast le moins du monde desbandés ou estonnés. Enfin M. de Strozzy et ses capitaines et soldats se retirèrent si bien, en tournant tousjours la teste vaillamment l'espace de huict jours, qu'approchant de Paris, M. de Mouy fut contrainct de les quitter à huict lieues de là et les donner au aiable, et s'en aller d'un costé et eux de l'autre. Et ainsy arrivèrent à Paris, n'estant que cinq cens seulement, cinquante par compaignie. M. de Strozzy m'a dict que beaucoup et une infinité de soldats de Picardie s'estoient voulu jetter dans sa trouppe, si bien qu'il l'eust agrandie de plus de mille hommes; mais il ne le voulut jamais, pour ostentation qu'il vouloit avoir d'est re si bravement passé, et s'estre retiré avecques une si petite troupe, et aussy qu'il avoit si grande fiance et asseurance de la valeur de ces cinq cens soldats, qu'il pensoit estre invincible, et au'il n'en tenoit pas un de tous eux pour lasche et poltron, et qu'ils eussent combattu jusqu'à la dernière goutte de leur sang. Au lieu que s'il en eust pris d'autres nouveaux, il n'eust fallu

1. Encore qu*il se fist (éd. Lalanne). Le texte se comprend d'ailleurs des deux façons.

2. De chevaucher derrière eux en attendant le bon moment de les charger.

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que quelques poltrons pour gaster tout et mettre tous les bons en peine et en desordre, ainsy que cela s'est veu souvent. Enfin les voylà arrivés à Paris par la porte neuve, avecques un grand estonnement du roy, de sa cour, de son armée et de ceux de Paris, pensant résolument qu'ils avoient esté tous deffaicts, ainsy que les nouvelles fausses en avoient couru, et qu on avoit sceu qu'on estoit allé audevant d'eux pour les despescher et deffaire.

Voylà une très- belle retraicte» pour n'estre que harquebusiers et quelque peu d'halebaraiers (car les compaignies en portoient lors), faicte à la barbe de douze cens choysis, conduicts par un des vaillans hommes de France parmy les plaines de Picardie, favorables pour les chevaux, et mal pour l'harquebuserie, et chevallés l'espace de huict jours.

L'admiration en fut très-grande et une joie extresme au roy, qui les voulut voir tous, et les fit passer dedans le Louvre, les embrasser et faire bon visage; et leur ayant commandé leur logis, voulut qu'ils se rafraischissent et de deux jours n'allassent à la guerre qu'ils ne fussent reposés; mais le lendemain allèrent voir l'ennemy, qui les cognut aussy tost au son et bruict de leurs bonnes harquebuses et à leur valeur; et trois jours après il partit de Sainct-Denys, tirant vers la Lorraine, et nous les suivismes.

J'ay ouy dire despuis à M. de Mouy que

I . Avec cette différence que ce n'était pas une retraite, mais une marche en avant conduite glorieusement au lieu

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jamais il n'avoil veu de plus braves capitaines et soldats, ni plus asseurés aue ceux-là; louant sur-tout M. de Strozzy qu'il n'eust jamais peu croire en son jeune aage qu'il eust pu conduire si bien une telle retraicte. Et d'autant que les capitaines méritent estre nommés, cognus et recommandés à la postérité, je les vais nommer : M. de Strozzy, maistre de camp; le capitaine Bordas de Dacs^, son lieutenant; le capitaine Charrion; le capitaine Cosseins; le capitaine Torcés; le capitaine Nevillian ; le capitaine Gouas l'aisné ; le capitaine Cadillan; le capitaine Gouas le jeune; tous Gascons; le capitaine Cabanes, Auvergnat, et le capitaine Hirromberry, Basque; qui sont, je pense, tous morts à ceste heure, et pense les avoir veus tous quasy mourir. Je crois que le capitaine Bordas vit encor.

Aux premières guerres, les bons soldats se rangeoient la pluspart du costé des huguenots, à cause de quelque bandon qui fut faict à la cour contre les capitaines qui demandoient leurs payes dues et rescompenses des services passés ; de sorte que, pour un temps, ils nous surpassèrent en nombre de soldats vieux et bons. De Mets partirent un jour cinquante soldats de la religion (car ils y fleurissoient fort), en dessein et resolution de se rendre dedans Orléans, quoy qu'il fust. Quand ils furent vers Verdun, M. d'Espan eut langue* comme cinquante soldats estoient partis de Mets, et s'en venoient passer dans son gou-

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