‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 141 sur 179 · A SON ROY, OU A SON BIENFAICTEUR · texte numérisé non relu

A SON ROY, OU A SON BIENFAICTEUR

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'estois un jour en une honneste çompaignie d'honnestes seigneurs et dames; et ainsi qu'on se rencontre à discourir, parmy ces honnestes personnes, de plusieurs subjects, nous vinmes à tomber sur monsieur de La Noue, duquel on ne se peut assez saouler de dire les biens, les vertus, les valeurs et les mérites qui estoient en luy; si bien qu'il fut tenu estre resté le plus grand capitaine que nous eussions aujourd'hui en France*. On conta comment, estant sorti de page d'avec le roi Henry son maistre, il fit son apprentissage sous luy, et*

I . Aux éloges excessifs du début succéderont bientôt des critiques amères que l'auteur semble avoir placées dans la bouche d'un interlocuteur anonyme pour atténuer l'illogisme du contraste. Le sous-titre accuse d'ailleurs sa pensée : la vie de M. de La Noue ne tient que la moitié du Discours ; elle sert de cadre à une véritable diatribe contre l'obéissance au souverain et contre le dévouement à la patrie^

a. On parla.

Branthôme, IX,

de ses voyages qu'il fit en Picardie et frontières de Flandres, où luy-mesme estoit tousiours général et conducteur de ses armées.

Aussï les plus vieux capitaines ne luy eussent sceu rien apprendre soubs un s, bon raaiStre et guerrier, puisque soubs meilleur il ne pouvoit. Ledit seigneur de La Noue apprit donc là ses rudimens de guerre, puis s en alla en Piedmont avec M. d'AmviUe, comme j ay dict ailleurs, où il se trouva en plusieurs combats, e mesmes en un qui ftit faict au pont de qtnre OÙ il Y eut une deffaicte de cinq cens Sai^ols naturels, qui le fit fort valoir et

estimer.

Nos guerres civilles estant survenues, il se mit à suivre le party de la religion, de aquelle il estoit grand zélateur; et aussy que M. 1 admirai, voyant sa suffisance, l'avoit attiré pour autant se descharger de son grand faix. Ainsi nu'il le servit très-bien et le soulagea fort; car dès-lors il commençoit à estre bon capitaine, d'autant qu'il aymoit fort à lire, et ce au'il lisoit il le pratiquoit très-bien quand i estoit en sa charge de guerre; et aussy qu i en avmoit fort à discourir, comme je 1 ay fort ouv attentivement bien souvent, et appris de luY-mesme au voyage d'Ecosse que nous fismes lorsque nous allasmes conduire la pauvre feue reyne de France martyrisée'.

La seconde guerre venue, il fit un grand service à son party; car messieurs le Prince, l'admirai et d'Andelot, ayant assiégé le roy

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