‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 142 sur 179 · I. Marie Stuart · texte numérisé non relu

I. Marie Stuart

Discours sur M. de la Noue. 259

dans Paris à demy, eux estans dans Sainct- Denis, ils donnèrent la charge à M. de La Noue d'aller surprendre Orléans*. Ce qu'il fit facilement par le moyen du baillif Grelot et ceux de la ville, oui estoient quasi tous la pluspart partisans ae la religion. Mais il restoit la citadelle, qui estoit bonne et bien munie d'artillerie, qui foueltoit ceux de la ville, il ne faut dire comment. Mais M. de La Noue la battit et l'assaillit si bien, qu'à la longue d'un mois ou trois sepmaines, l'emporta, cependant que les autres amusoient le roy et ses forces, qui ne put la secourir ; car s'il les eust divisées pour y aller, ils ne demandoient pas mieux.

Les troisiesmes troubles revindrent puis après, où mondict seigneur de La Noue fit encor mieux; car, ayant M. d'Andelot, un autre grand capitaine, avec soy, et toutes les forces huguenottes de la Bretaigne, Normandie, le Mayne, le Perche, l'Anjou et autres provinces, falut passer la rivière de Loyre, estant M. de Montpensier d'un costé et M. de Martigues de l'autre. Nonobstant, la passèrent bravement sans grande perte de Ifeurs gens, et une bien grande de la trouppe de M. de Martigues, car il perdit son enseigne, M. d'Ourches, de Dauphiné, brave et vaillant gentilhomme s'il en fut oncques, et fort mon amy, duquel la perte emporta plus que tout ce que M. d'Andeiot peut perdre. La rivière se passa donc en despit de tout obstacle, M. d'Andelot

I . Orléans fiit surpris pour la deuxième fois le 28 septembre 1567.

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y travaillant d'un costé et M. de La Noue de l'autre. Toutes ces forces huguenottes estant assemblées, elles prindrent Sainct-Jehan , Cognac, Xainctes, Pons, Blaye, Angoulesmes et plusieurs autres.

Monsieur, frère du roy, nostre gênerai, emmena son armée; si bien qu'en un an il leur livra deux battailles , celle de Jarnac , et l'autre de Montcontour, es quelles toutes deux M. de La Noue fut pris en vray homme de guerre, encor qu'en celle de Jarnac luy fallut combattre ayant la fièvre quarte. Les princes et M. l'admirai estant allés en Gascogne et Languedoc, il demeura avec le comte de La Rochefoucaut en Xainctonge, Angoulmois, Poictou et autres pays, de leur conqueste gouverneur; dont il s acquicta bien, car il deffit Puygaillard , qui avoit six ou sept cens chevaux, et le régiment des gardes qui s'estoit sauvé dans Lusson , qu'il prit à sa mercy ; là où il usa d'une grande courtoisie de guerre, car il le renvoya avec toutes ses armes, enseignes et tabourins, comme point vaincu : de quoy fut fort loué d'un chacun , et le vis fort louer à la^reyne et au roy, comme de chose inouye et peu advenue.

La paix se fit; et le comte Ludovic de Nassau alla faire ses entreprises en Flandres, demandant pour son second M. de La Noue :

et firent prou pour un commencement, mais ils eurent en barbe ce grand capitaine le duc d'Albe, qui les empescha soudain de parachever leur besogne , et leur emporta Valanciennes par le moyen de la citadelle qu'ils n'avoient

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pas ; et puis les alla assiéger dedans Mons en Haynaut, où ledict comte estant tombé malade, ce fut à M. de La Noue à supporter le faix du siège de tout ; mais, n'en pouvant plus, fut contraint d'en sortir par une très -belle et honnorable composition, avec pourtant une très grande admiration et estime qu'il laissa de luy au duc d'Albe et à toute son armée.

Le massacre de la Sainci-Barthelemy s'estant ensuivy, fut envoyé quérir jusques en Flandres par nostre roy, pour l'envoyer à La Rochelle et la solliciter de luy rendre son obeyssance (cecy est une autre paire de manches, et longues à coudre, que j'espère dire ailleurs et à propos) ; mais il n'y put rien gaigner, et fallut Qu'il en sortist sans rien faire, sinon d'avoir donné une bonne leçon et instruction pour se bien defïendre, quelles nous cousterent la perte de vingt mille hommes ; car quand il y entra ils estoient au bout de leur roUet, ainsi que luy et eux m'ont dict.

Ce siège nous porta la paix qui ne dura guieres, car, le roi de Poulogne s'en estant allé en son nouveau royaume, les armes se prindrent au mardy gras : en Normandie, M. le comte de Montgomery en chef, et en Xainctonge et Guyenne, M. de La Noue chef; où pourtant il fut grandement blasmé des siens mesmes, de n'avoir secouru jamais ceux de Lusignan assiégés, d'un seul homme, non pas d'une seule allarme*, en trois mois que le siège dura; et j'en ay veu plusieurs soldats qui

I. De n'avoir pas envoyé un honune ni risqué une seule attaque comme diversion au secours des assiégé.

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estoient dedans s'en plaindre, disans : a M. de La Noue. nous a fort bien noués, mais il nous a mal desnoués. » Mais, pour cela, il ne le faut mésestimer, car possible il n'avoit pas le moyen ; si a-t-on veu des places secourues de nostre temps pourtant, et plus mal aysées que celle-là. Je m en rapporte à ce qui en est; je luy en ay veu dire des raisons alors que ce siège duroit, m'ayant le roy despescné de Lyon vers luy, lorsqu'il fut de retour de Poulogne, pour ouvrir quelques propos de paix.

Or, ayant Monsieur, frère du roy, conceu quelques mécontentemens contre Sa Majesté, et soufflé par les huguenots, qui n'avoient plus un grand chef, et qui avoient pris à propos ceste occasion de mécontentement , il s'en alla de la cour. M. de La Noue, dès le siège de La Rochelle, avoit commencé à le débaucher : je sçay ce que luy en dis, me doubtant bien de quelque chose, et qu'il y avoit quelque anguille sous roche; mais il me nyoit tout; et tant plus qu'il me faisoit ces protestations, je luy repliquois tousjours (car nous estions très -grands amys, et la pluspart du temps couchions ensemble) qu'il mettroit ce prince à mal. Enfin, le voylà aux armes et hors de la cour. M. de La Noue le va trouver vers le Poictou avec ses forces, où je le vis et luy ramenleus* bien ses anciennes protestations qu'il me faisoit devant La Rochelle; mais la reyne mère, qui estoit toute bonne et très sage, ne cessa jamais qu'elle n'eust accordé les

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