M. de la Noue
3. C'est avec cette justification que je ne puis abandonner mon roi et mon pays.
Discours sur M. de la Noue. 277
roy d'Espaigne comme cent grains de mil dans la bouche d'une truye. Et que se soucie ce grand et riche roy de cent mille escus, puisqu'il en a tant de tous costés, qu'une si petite somme ne luy est jamais en ligne de compte, ny mesmes tumbée en ses coffres? De sorte que, si M. de La Noue les a livrés, ce qui n'est encore, ledict roy les a distribués et donnés liberallement aux uns et aux autres,, et mesmes à ceux qui l'avoient pris et tenoient en garde, encore qu'il les eust bien auparavant recompensés. Mais les recompenses de ce prince à l'endroict de ceux qui les ont méritées ne portent point de bornes.
Et si sadicte Majesté a fait coucher dans les articles de la capitulation lesdicts cent mille escus, c'a esté plustost pour ces raisons que j'ay dictes, ou pro forma (comme l'on dit), Que pour autre cause, ny pour les mettre dans les coffres de son espargne. Et jamais homme d'esprit qui entend les affaires du roy d'Espaigne ne tiendra ceste maxime : que c'estoit pour les consigner dans ses coffres* ny pour s'en prévaloir.
Outre toutes ces raisons, ledict M. de la Noue dit : que M. de Bouillon venant à mourir â Genesve, après la routte* de sa grande et incroyable armée qu'il avoit emmenée en France, il pria ledict M. de La Noue, qui estoit là pour lors résidant, de prendre la tutelle' de madamoiselle de Bouillon, sa sœur estant pupille ; ce qu'il accepta très volontiers,