I . Galant 2l ici le sens de galant homme, homme qui se
Discours sur M. de la Noue. 517
l'armée, et fort estimé, pour avoir esté si bien à l'endroict de son amy.
Le marquis de Richeboure;, autrement de Renty, n'en fit de mesmes à l'endroict dudict M. de La Noue; car encor qu'il luy eust obligation de tout ce qu'il sçavojt de la guerre dès-lors qu'il alla en Flandres (j'ay escrit cecy, s'il me semble, ailleurs *), quand il fut pris on ne le recognut nullement jusques à faire fort peu de cas de luy et le rudoyer, et parler fort Dravaschement à luy, et s en servir au lieu où il' le mena en forme de triomphe, non de magnificence, mais de risée et de desdain. Et dict-on que, luy ayant esté remonstré par aucuns de ses privés à le traicter plus honnorablement, et selon son mérite et sa fortune, et l'obligation qu'il luy avoit, il n'en fit aucun cas, si-non, je pense, que tout ainsy que ledict M. de La Noue avoit faict à sa patrie et à son roy et autres, il estoit nécessaire et très-juste qu'on luy en fist de mesmes.
Pompée usa de pareil à l'endroict de Perpenna, lequel, après qu'il luy fiit mené prisonnier, le fit mourir tout incontinent; ne méritant en cela d'estre blasmé ny condamné d'ingratitude, comme mal recognoissant des bons services, tours et plaisirs que ledict Perpenna luy avoit faicts en Sicille, ainsy comme aucuns le chargeoient. Mais plustost doibt
respecte et se conduit bien en toute occasion. Mais galant est pris ironiquement dans beaucoup d'autres passages.
I . Branthôme Ta écrit au. commencement même de cette notice sur La Noue.
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318 Discours sur M. de la Noue.
estre loué de grande magnanimité, pour avoir sauvé toute une respublique que ce meschant homme accusoit par des papiers qu'il monstra à Pompée, qu'il ne voulut voir pourtant, qu'il avoit retiré de Sertorius; aussy que ce maraut ne meritoit de vivre, pour avoir tué son gênerai et son capitaine, qui valoit plus ûue luy, et duquel il avoit receu une infinité de plaisirs et de courtoisies.
Il faut que je fasse ce petit conte d'un de nos françois, qui fut le cardinal Balue, du temps du roy Louis XI. Son premier advancement fut qu'il fut simple valet de l'evesque d'Angers, de la maison de Beauveau, dont j en ay cognu la race bonne et noble. Il fut eslevé par luy en biens et grandeurs, et puis le donna au roy Louis XI, qui aymoit fort les gens subelins d'esprit; et, pour ce qu'il le trouva à son gré, le fit evesque d'Evreux et puis cardinal. Estant monté si haut, comme ingrat s'oublia, et en son Dieu * et ses maistres. Il commença premièrement en Dieu, et puis en son maistre premier', dont il fit de si meschants rapports faux au roy (qui croyoit légèrement), qu'il adjousta foy à ses parolles. Et, par frauauleuses informations qu'il fit faire, il fit desclarer* inhabile à l'evesché, et se fit par conséquent (cela s'entend) conférer par le roy ladicte evesché. Ainsi il deffit son premier maistre et bienfaicteur; et puis il fut traistre au roy, son second maistre, par mille