Et même en parlant de quelques grands personnages
4. Et ils n'auront fait ^ue tuer Mardi Gras. Allusion à la coutume de brûler le mannequin de Mardi Gras la veille du mercredi des Cendres.
40 Rodomontades espaignolles.
digression, et m'esgare de mon premier thème de rodomontades? c'est tout un. Elle n'est point mauvaise, puisqu'elle est venue à propos : une autre fois, je l'eusse oubliée au bout de ma plume. Or, retournons à une plaisante et ridicule rodomontade d'un soldat espaignol, lequel se trouva au desarmer et au despouiller du roy François, à sa prise de Pavie; car il n'estoit pas fils de bon père, ou de bonne mère qui n'en eust quelque lopin, les uns pour recompense d'honneur, et les autres pour celle du proffit. Or il advint que le bonheur tumba à ce soldat d'oster les espérons du roy; dont il s'en sentit si glorifié, que, partout où il alloit, il disoit : « Monsieur, n'avez-vous point entendu nommer et renommer celui qui osta les espérons dorés du roy François, quand il fut pris à Pavie?
C'est moy-mesme*. »
C'est tout de mesmes d'un qui disoit : « Le roy don Ferdinand dit de grandes paroles à don Juan mon grand -père : a Otez-moi « mes bottes ' » . Voylà de belles rodomontades, et fort ambitieuses! Laissons-les là, et parlons-en d'autres.
Lorsque l'empereur Charles eut pris la Collette, et qu'il fallut marcher parmy les sables chauds et stériles et avec grandes incommodités vers Tunys, s'aparurent à l'aude-
1 . Senor, no habeis entendido nombrar y renombrar aquel que sacô las espuelas doradas del rey Francisco en Pavia, quando fué preso? Yo soy aquel. ,
2. Grandes palabras dixô el rey don Hemandes â don Juan mi abuelo : * Saca mis botas. »
Rodomontades espaignolles. 41
vant de luy, pour l'empescher, environ trente mille Mores, tant à cheval qu'à pied. Il y eut un jeune soldat espaignol qui, s'estonnant de voir tant de gens tout à coup, commença à s'escrier : « Jésus ! avons-nous donc à combattre contre tant de Mores * ? » Soudain, un vieux soldat, marchant près de luy, luy remonstre : « Tais-toi, poltron'; plus il y aura d'ennemis, plus il nous en reviendra de profit et de gloire'. »
Un soldat, à la camisade* que ce brave don Juan d'Austrie donna en Flandres au camp des Estats, et en devisant avec ses compaignons, et marchant, il vint à demander des ennemys : a Combien sont-ils*.'* » Un sien compaignon luy répliqua soudain : « Va-t'en au diable, avec taquestion et ton compte. Dis plutôt : « Allons à eux, en quelque quantité « qu'ils soient •. »
L'empereur Charles, en la guerre d'Ongrie, un jour qu'il faisoit la revue de son camp, et estant avec luy Ferdinand son frère, roy des Romains, lequel portoit ses cheveux longs et grands en fenestre ', comme l'on disoit : à l'antique, à mode de soaayeul Ferdinand, il y eut