‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 20 sur 179 · Devant ses troupes rangées en lignes · texte numérisé non relu

Devant ses troupes rangées en lignes

4. Vayase al diablo, bocina fea ! que tan tarde es venido, que todo el dia somos muertosde hambre y de frio (a).

5 . C'est-à-dire en pensant à la grande perte qu'il ferait de celui-là comme de ses camarades, s'ils l'eussent abandonné.

(a) La traduction exacte serait : Va-fen au diable, vilaine trompette, qui as tant tardé à venir que, pendant tout le jour, nous sommes morts de faim et de froid! Il est à remarquer que bocina veut dire trompe en espagnol (du latin buccina). On trouve ici l'explication d'un mot d Vgot militaire qui fait encore dire d'une laide figure: quelle trompe î quelle trompette! et par altération : quelle trombine! Il y aurait là non seulement une comparaison de la bouche trop grande à un pavillon de trompe, mais un jeu de mots sur boca : bouche et bocina : trompe. • *

. aymoit et cherissoit ses soldats espaignols

f comme ses enfans.

Une plaisante rodomontade fut d'un hydaigo espaignol, lequel, ayant faict un jour une demande au roy Ferdinand dans sa salle et le roy demeurant assez, et sbngeant pour lui faire responce, il lui dit : « Sacrée Majesté, pour l'amour de Dieu, rendez-moi réponse, sinon mon mulet est là-bas ^ » Comme voulant dire : « Si vous ne me despeschez viste, je m'en retourne sur mon mullet. » Quel fou, fat, glorieux estoit cet hydaigo, et plaisant pourtant avec son mullet !

Le marquis de Pescayre estant à la battaille de Ravenne, et combattant vaillamment, luy ayant ^té donné pour gouverneur un fort honneste homme, qui se nommoit Placidi» de Sançro, « gentil-homme trfs noble et très vaillant' », après avoir combattu et l'un et J' autre , longtemps , fort courageusement , « considérant le péril de la défaite prochaine, et s'estant tourné vers le marquis, il lui dit : « valeureux chevalier ! puisau'il n'est pas « d'un homme prudent, mais d'un vrai fou, « de disputer trop long-temps contre une « mauvaise' fortune ', pendant que ce cheval « est encore sain, et que vos forces suffisent, « délivrez-vous de la mort et conservez-vous « pour une meilleure fortune.» Alorslemarquis lui répondit : « Je vous obéïrois de bon cœur,

1. Sacra Magestad, hagame por Dios respuesta; sino alla baxo esta mi macho.

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