Valeureux cnevalier, certes ce n*est point marque
« et je suivrois fidèlement ce conseil salutaire, « si vous me conseilliez une chose aussi hono- « rable qu'avantageuse; mais j'aime mieux « que mes amis me pleurent mort avec hon- « neur, que de pdeurer honteusement, en me- « nant une ' vie très deshonorable dans ma « maison, la mort de tant de grands capi- « taines*. »
Voylà, certes, une très belle et courageuse rodomontade, et à laquelle, tout ainsy qu'elle fut dite, le marquis ne faillit à l'efFect; car, plustost que fuyr, il fut pris prisonnier : observant en cela très bien aussy sa devise, qu'il avoit pris d'un bouclier, avec ces mots : Aut cum hoCy aut in hoc *, que ceste brave mère de Sparte dict à son fils quand il alla à la guerre, et luy commanda ou de s'en retourner honorablement avec luy en vie, ou bien porté dessus estandu mort.
On dit que.Tallebot le grand', quand il
d'âme virile, mais de folie complète, que tenir aussi longtemps tête à la fortune contraire.
1 . Considerando el peligro del dano vecino, buscô al marques y le dixô : « O ! cavallero valeroso, pues que no es cosa de animo varonil, sino de un loco, contrastar tanto tiempo ton la fortuna contraria, en tanto que el cavallo esta saho, y las fuerzas bastan, os libra de la muerte, y guarda para mejor ventura. « Entonces el marques le respondiô : « De buen grado obedeceria, ô siguiera muy fiel este consejo saludable, si me persuadierades cosa tanto honrosa quanto segura ; antes quiero ^ que me lloren mis amigos muerto con honra, que yo llorar aflfrentosamente, con vida infame en mi casa, tantas muertes de tan grandes capitanes. »
2. Ou avec, ou dessus! — On rapportait alors sur son bouclier le combattant mort ou blessé.
3. Talbot, chef anglais, tué devant Castillon, le 17 juillet 1453.
Rodomontades espaignolles. 4c
mourut à Castillon, dist à son fils semblables paroles aux précédentes poursesaulver; mais le fils ne voulut obeyr à son père, et mourut avecques luy.
Froissart, parjant de la battaiiie de Nicopoly contre les Turcs, (dit) qu'il y eut un chevallier françois, nommé le sire de Montcaré ', vaillant seigneur et gentil chevallier, qui estojt d'Artois, lequel, quand il veid que la desconfiture tournoit sur les François, il avoit là son fils fort jeune, il dict à un sien escuyer : « Prends mon fils, si Temmene ; tu te peux bien partir par celle aisle-là oui est toute ouverte. Sauvemoy ma famé*. J attendray l'advanture avec les autres. » Ce sont les mesmes parolies de Froissard. L'enfant respondit que point ne partiroit^ et ne le lairoit. Son père le fit tant à force que l'escuyer l'emmena, et le mit hors de péril, et vinrent sur le Danube. Mais l'enfant, qui estoit tout triste de son père, se noya par grand malheur entre deux barques, et ne le peut-on sauver.
J'ay leu dans un livre espaignol, parlant de la battaiiie de Pavie, de Galeas San Sevrin * qui estoit grand esçuyer du roi François pour lors, « que, combattant valeureusement, il mourut en présence du roy, finissant honorablement sa vie, et satisfaisant à ce qu'il devoit à la bonne volonté que le roy lui portoit et à son honneur. Ce seigneur, tombant de son cheval, se tourna vers le seigneur Guillaume