Bourg-sur-Oironde (Gironde
$2 Rodomontades espaignolles.
le party huguenot. De la perte duquel ce fut grand hommage, car il avoit beaucoup veu, etcroy qu'il estoit des bons capitaines qu'eust M. l'Admirai, et le plus practic. L'histoire raconte donc «que l'empereur, voyant qu'il étoit nécessaire de gagner l'autre bord du fleuve de l'Elbe, st renommé chez les anciens Romains et si peu connu d'eux, mais si bien connu et si célèbre pour les Espagnols ; et ayant donné ordre que son arquebuserie usât de toute diligence, et qu'elle passât promptement, dix arquebusiers espagnols se dépouillèrent à la vue de l'empereur, et nageant avec leurs epées dans leurs bouches, ils s'approchèrent de quelques barques, malgré les arquèbusades que les ennemis leur tiroient de la rivière, les gagnèrent, et tuèrent ceux qui estoient restés, et les amenèrent aux arquebusiers, qui passeront dedans et restèrent maîtres de la rivière, les ennemis ayant tout à fait perdu courage.
L'empereur, voulant reconnoître et recompenser ae si vaillans soldats, les fit venir devant soi après la battaille gagnée, et leur donna un habit de velours cramoisy, d'autres disent d'écarlatte, à leur choix », et bien garni d'or et d'argent, et cent ducats à chacun, avec de grands privilèges dans leurs compagnies; et, ainsi distingués dans l'armée, ils se promenoient avec beaucoup de fierté, et tout le
1. La traduction suivie par Tédition de M. Ludovic Lalanne porte id entre parenthèses : ainsi qu'ilz les appelloient lors tudesquilbs. autres boura^juillos, — TudesquiUos (petits allemands) semble désigner une mode allemande.
RuDOMONTADES ESPAIONOLLES. 5J
monde disoit d'eux : « Ce sont les braves et « déterminés des barques*. »
Le livre n'en dict pas tant ; mais iedict capitaine, fort mon amy, me l'a conté ainsy. Je vous jure qu'on avoit raison de les admirer, et de les appeler tels; car leur acte estoit brave : et telle rodomontade valoit plus que cent de parolles.
C'est assez sérieusement parlé : retournons encor un peu à la bouffonnerie touchant ces rodomontades.
Un certain Espaignol, louant une espée qu'il avoit à un sien compagnon* disoit :
« De cinq epées que j'ai, voylà celle en laquelle j'ai le plus de confiance, et qui ne me
1 . Que el emperador, viendo que era necessario de ganar la otra parte del rio ^bis, tantas veces nombrado por ios antiguos Romanos, y tan pocas visto por ellos, y de Ios Espanoles bien reconocido y sehalado, habia mandado que la arc^ebuzeria usase toda diligencia, y que pasase. Subltamente se desnudaron diez arquebuzeros espanoles â la vista del emperador, y estos, nadando con las espadas atravesadas en las bocas, llegaron à algunas barcas, tlrando â Ios enemigos muchos arquebuzazos, de la ribera, y ganaronlas, y mataron â Ios que habian quedado dentro, y asi las traxeron ; en las quales pasô la arquebuzeria, y quedô sehora de la ribera, y Ios enemigos comenzaron del todo â perder el animo. Y queriendo el bravo emperador reconocer y galardonar tan valientes soldados, despues la batalla ganada, mandô venir Ios dichos soldados adelante Su Magestad, y darlos un vestido de terciopolo cramesi, otros dicen de grana, â su modo, y bien garnecido de oro y plata, y cien ducados â cada uno, y grandes venlajas en sus companias; de manera que asi dbtinguidos, delante de todo el campo, iban braveando y paseando con gran soberbia, de manera que toda la gente iba diciendo de ellos : < aqui estan Ios bravos y determinados de las barcas. »