‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 32 sur 179 · Pluguiese â Dios que fuese tal mi macho · texte numérisé non relu

Pluguiese â Dios que fuese tal mi macho

2. Vayase al diablo, senor frayle, que tan bien ha profetizado, y tan mal me ha servido tu oracion; porque no muero en &iego ni agua, mas en ei ayre, que es peor, y tambien yo se y conozcoel dia de mi muerte.

Rodomontades espajgnolles. 59

monts de la cour, tous couverts d'or, et leurs rondelles en la main chascun, qui estoient les deux Pymantels et don Juan deGusman, il luy respondit «n bravant : « Qu'ils viennent, qu'ils viennent ces braves de la cour, si bien ordonnés et si bien garnis de rondaches ! Vive Dieu! leurs boucliers et leurs rondaches ne m'épouvantent pas plus que les corcelets et les arquebuses de cent ennemis en campagne. Et s'ils venoient, je leurs ferois voir combien il est dangereux dé toucher à mes amours*. » Mais le bon fut qu'ainsy comme il bravoit, les voicy venir toucher à la porte avecques grand'rumeur de leurs armes, et que luy, entendant le bruict, il dit à sa dame : « Madame, ce seroit une grande folie et un trait d'étourdi, de téméraire et d'ignorant dans les armes, d'attaquer trois hommes, moi tout seul : c'est pourquoi il vaut mieux que j'assure la porte par-dedans, que je me retire et que je me sauve dehors*. » Je tiens ce conte de M. de Savoye, qui en sçavoit de fort bons, et les racontoit bien quand il vouloit.

Et certes, ce capitaine avoit raison, après avoir bien pensé en son fiaict, de se desdire

1 . Que vengan, que vengan estos bravos de corte^ de los mas pintados, y tan bien arodelados ! Que vive à Dios, sus rodelas y broqueles no me espantan, ni mas ni menos que los coseletes y arquebuzes de cien oiemigos en campana. Y si vienen, yo les mostraré que peligrosa cosa es de tocar à mis amores.

2. Senora, grand locura séria, y trato de un atrevido, temerario, y ignaro de las armas, de un solo acometer à très : y por eso, mejor es por mi de reconocer la puerta por detras, y recogerme, y salvarme afuera.

6o Rodomontades espaignolles.

de sa bravade et se retirer de bonne heure ; car ces Pymantels estoient des fendans de la cour de 1 empereur, et des plus accomplis et adroicts. Ce furent ces deux qui se firent tant signaller en tous les tournois et combats célèbres en Flandres pour la réception du roy d'Espaigne, et même don Alonso raisné,ainsy que j'ay leu, et ouy raconter à madame de Fontaines, l'une des honnestes dames de France, qui estoit lors fille de la reyne Eleonor, et se nommoit Torcy. Du despuis Alonso fut envoyé visce-roy à la Collette, où il fut accusé de sodomie, et pour ce sentencié. Surûuoy un gentil homme françois, que je cognois, aemandant une fois à Rome à un Espaignol de la mort dudict Alonzo, lors il respondit naïfvement : « Monsieur, il fut brûlé parce qu'il était sodomite, comme peut-être Têtesvous aussi *. » Ce qui fut tourné en risée, voyant la naïfveté dont usoit en son parler ledict Espaignol, et aussy que ledict gentil homme estoit soupçonné de ce vice.

Ce capitaine espaignol précèdent tertoit de l'humeur et opinion d'un autre qui disoit :

(c J'aime inieux que te monde dise de moi : a Un <£ tel s'est enfui d'ici » que : « Un tel mourut a ici. » Celuy-là vouloit vivre à bon escient*.

Un soldat espaignol, discourant et racontant

1. Senor, fue quemado, porque era bujarroa, como por Ventura W.M. (a).

2, Mas quiero yo que de mi diga la gente : < aqui un tal huy6, » que < aqui un tal muriô. »

(a) Comme Votre Grâce (Vuestra Merced) pourrait Têtre par aventure. /

Rodomontades espaignolles. 6i

un jour demi-douzaine des blessures ou harauebusades qu'il ayoit receues à la guerre, l une prise au siège de Parpignan, l'autre à la Collette, la troisiesme à Cerizolles, la quatriesme à une rencontre en Piedmont, et la cinquiesme à la reprise de Casai; et, venant à la sixiesme, nfonstrant une gr^de -ballaffre qu'il avoit tout le long du visage, et faisant la mine de mesmes *, il dict : « Et celle-là, un sodomite d'Italien me la donna par derrière ; et elle me chagrine plus que toutes les autres, parce que sitôt qu'il me l'eut donnée, il s'enfuit et s'eschappa de mes mains, de manière que je ne le pus atteindre ; et il se tint si bien caché et si à couvert de moi, qu'il y a deux ans que je le cherche partout sans le pouvoir trouver. Mais, vive Dieu ! si je le trouve, fûtil entre les mains de Belzebut, je lui donnerai tant de bastonades à la turque, que je le ferai mourir bon martyr *.

Un de nos capitaines français dict bien mieux une fois, menaçant un sien ennemy :

« Je luy donneray tant de coups de baston que je l'en feray mourir : et, quand il sera mort,

te le feray escorcher, et corroyer sa peau ; si )ien que j'en feray un tambourin, que je feray

Page 1