‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 39 sur 179 · L'approbation de Tauteur montre que son niveau moral · texte numérisé non relu

L'approbation de Tauteur montre que son niveau moral

74 Rodomontades espaignolles.

taine guerrier et ambitieux, car il n'ayme non plus la paix ni le repos que le soldat.

Lorsque ce grand capitaine feu M. de Guyse, François de Lorraine, mourut* à Orléans,

Î[uasy aussy tost après sa mort la paix fut aicte. Je vis force soldats, tant d'un party que d'autre, le plorer extresmement, pour avoir perdu leur père nourrisson. Et si vous diray que j'y vis plusieurs soldats de la relligion, qui estoient dans Orléans, le regretter autant ou plus que les autres; d'autant que la pluspart d'eux estoient tous vieux soldats, et de ceux qui avoient combattu soubs luy aux guerres passées estrangeres : car les huguenots, en ceste guerre, avoient enlevé avec eux la plus belle voilée des vieux soldats; d'autant qu^ils avoient les devans, et en avoient fait leur provision devant nous : et yceux soldats l'aymoient et honoroient très fort, et pour ce le regrettoient; et aussy qu'ils ne sçavoient où prendre party et tirer solde, et demeuroient en friscne ; non comme ceux du roy, qui furent plusieurs appoinctés ; car force compaignies furent envoyées aux garnisons. Voylà comment ce grand capitaine fut regretté autant des soldats de l'ennemy que des siens : car, pour en parler sainement, le soldat n'advise pas quel vent tire sur le droit et sur le fort de la guerre, mais où il y a à gaigner; et qui luy ouvre les moyens pour avoir du pain, celuy-là est son père. Aussy ne faut-il doubter que si feu M. de Guise ne fust

n'était pas plus élevé (|ue celui de ces condottieri sans patrie, dangereux aux alliés comme aux ennemis.

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esté tué, encore que la paix eust esté faicte, il vouloit fort faire la guerre à l'Angleterre où il avoit de fort grands desseins : et, pour ce, ces soldats disoient que, tant qu'il vivroit, ils n'auroient jamais faute de moyens : ce qui est très certain. Un grand capitaine disoit <c qu'un soldat sans guerre est une cheminée sans feu en esté » .

Pour quant au purgatoire, cela est assez certain que la practique, l'autorité et la prééminence en est du tout attribuée aux gens d'église, ainsy que le confirma le pape Alexandre, EspaignoP, à qui, comme un jour aucuns cardinaux des siens eussent remonstré une grande faute d'un sien peintre, qui avoit peint renfer au naturel, et, là dedans, parmy les empereurs, roys et papes, y avoit peint et représenté au vif Sa Saincteté, et qu'il falloit punir le peintre, ou l'en faire effacer du tout de la peinture , il leur respondit de sang froid : « Certainement, je n'ai aucun pouvoir de tirer nulle personne de l'enfer. Si c^estoit du purgatoire, véritablement je le pourrois Dien faire '. » Je l'ay ouy dire ainsy à un moyne espaignol; et quand il le faudroit monstrer par escrit et imprimé, je le monstrerois' bien en quelque petit recoing d'un petit livret.

1 . La qualification d'Espagnol montre qu'il s'a^pt du pape Alexandre VI, mais la peinture en Question lui est postérieure, car le Jugement dernier de Michel-Ange y est clairement désigné. Le mot serait donc de Paul III, qui chargea le grand artiste de continuer les travaux de Saint-Pierre.

2. Ciertamente, no tengo yo poder para sacar â nadie del infiemo ; â estar en el purgatorio, bien lo podiera yo hacer.

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