‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 45 sur 179 · Expression proverbiale · texte numérisé non relu

Expression proverbiale

90 Rodomontades espaignolles;

fiaict advenir les autres Espaignols que Romero ne plaidoit plus pour eux, que pour luy seulement et une douzaine d'autres à son choix, laissant les autres en crouppe à la mercy de Tespée. Ce qu'entendant le reste des autres Espaignols, soudain s'accordèrent à la mesmes capitulation que les Allemans et Flamans, et sortirent tous ensemble, dont Romero cuyda se désespérer, qui demeura prisonnier parmy nous.

Je tiens ceste histoire de nos François qui y estoient presens, et dudict Julian Romero mesmes qui me la conta mieux que je ne le dis; et ce fut lors que nous allions à Malte, entrant dans le Far de Messine*. Nous vismes derrière nous quinze galleres de Sicile venir d'un bon vent en poupe, avec le bastard *, qui en un rien (encor que nous fussions fort loing d'elles, et nous quasy touchant Messine) eurent atteint nos pauvres petites fregattes, montant à douze ou treize ; car nous n'eusmes pas plustost pris port et terre, qu'eux quasy aussytost firent de mesmes.

Cesdites galleres venoient de la Collette pour y porter des vivres, munitions et soldats, craignans la venue du grand seigneur, qui la menaçoit ou* Malte. Parmy ces honnestes Espaignols qui estoient dans ces galleres, se.

1 . On appelait ainsi le détroit de Messine, à cause du phare qui s*y trouvait jAxé.

2. Grande voile de galère. On ne la larguait cependant qu'avec peu de vent.

3. Ou a le sens ancien avec, — Qui menaçait La Goulette avec Malte.

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trouva ledict Julian Romero, qui, s'estant enquis, et trouvant que nous estions François, nous vint, comme très courtois cavalier, saluer et accoster le long dudit port, et arraisonnant maintenant avecques messieurs de Strozze et de Brissac, ores avecques autres, cependant que nous avions envoyé à la ville chercher logis, et nous promenants le long de ceste belle place de port, auprès de ceste belle fontaine, et maintenants avecques l'un et l'autre. Et fut fort ayse de parler avec moy, d'autant que de tous nous autres gentilshommes qui estions là, il n'y avoit nul qui parlast Espaignol que moy ; ^ar il n'y avoit qu'un an que je ne faisois que venir a'Espaigne, et le parlois fort friandement. Dont, entre autres propos que me tint ce seigneur Juliano, fut qu'il me demanda des nouvelles de France, et de M. le connestable, et comment il se portoit sur son vieil aage. Et luy en ayant dict de bonnes, il monstra qu'il en estoit fort joyeux, ce me aict-il; et puis me continua de dire ses louanges, et comme une fois il luy avoit faict si belle peur qu'il n'eust eu jamais en sa vie : et me fit ce discours précèdent, avecques les plus belles paroUes du monde ; si bien que je ne vis jamais mieux dire, car il estoit très éloquent à la soldade.

Outre plus, me dict qu'il craignoit fort ceste fois que M. le connestable ou le roi luy fissent très mauvais party de la vie; d'autant qu'ils le menacèrent, et luy reprochèrent

3u'après avoir receu du roy François tant 'honneur en sa cour, sur 1 octroy du camp

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clos " qu'il luy avoit donné, sans recognoistre un tel Dienfaict, s'en estoit allé, de son plein vouloir, servir le roy d'Angleterre en la guerre de Boulloigne, estant pour lors trefves entre l'empereur et Sa Majesté Chrestienne. Mais il me dict en cela ses raiàons, que l'empereur estoit irrité contre luy, pour avoir eslu le camp eil France, à ce qu'il dict. Nonobstant cela, si faillit-il à courir fortune de la vie; car M. le connestable estoit severe en ces choses- là.

Ce combat fut le commancement de réputation dudict seigneur Julian, encor que ce ne fust rien qui vaille, à ce que j'ay ouy raconter à force gentilshommes et autres qui vivent encor. Il servit plus de risée et mocquerie que d'autres choses; si bien que de despit le roy en jetta de bonne heure le baston*. Car, en lieu de combattre vaillamment à outrance, la partie de Julian, encor que la fortune luy fust au commancement assez bonne, et meilleure que de Julian, commança à crier par trois fois : « Je ne vous en veux point, seigneur Juliano*. » Et de là vient le proverbe qui a longtemps couru à la cour et en France : Nà te quiero mal, senor Juliano, qui se disoit quand quelqu'un fuyoit la lutte. Toutes fois il y alla un petit plus de l'honneur dudict Juliano que de l'autre, et en a faict despuis toute sa vie grand triomphe, qui luy a aydé, avecques

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