I . La comparaison
Rodomontades espaignolles. 89
soit, vous n'entendez estre inférieur à luy en la conservation des armes et réputation d'honneur. Vrayment, beau sire, je i'aymerois de vous, et seroit bon ' que le preneur fiist pris et le victorieux fust vaincu ; et que celuy qui fait trembler la terre et mers, cedast en réputation des armes à un tel oyseau que vous.
Or, sçavez-vous qu'il y a? La grâce que l'on peut faire aux malheureux, c'est de leur desclarer promptement leur malheur. Parquoy la meilleure nouvelle que je vous puisse taire sçavoir, est que si vous n'acceptez sur le champ la composition que je vous ay proposée, vous vous retiriez soudain, car, avant Qu'il soit quatre heures, je vous auray pris d'assaut, et ne vous donneray loysir de changer d'advis : et vous asseurez* que, si vous eschappez de l'espée, la corde ne vous faudra, pour vous apprendre à vouloir capituler avec celuy qui tient vostre vie et vostre mort en ses mains. »
Voylà la response de M. le connestable, et digne d'un tel capitaine, et qui se peut dire à beau jeu beau retour*; dont le capitaine espaignol demeura si estonné, que, rongeant le train de son cœur, demanda encore, par une importunité, au moins que luy douziesme sortistavecques ses armes. Cependant M. le connestable, par une grande ruse de guerre,
1 . Il serait plaisant. — Bon a conservé ce sens railleur. Nous disons encore d'un personnage amusant, d'une bonne plaisanterie : il est bon, elle est bien bonne,