‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 58 sur 179 · No puede ser; porque los Moros no comen came de liebre · texte numérisé non relu

No puede ser; porque los Moros no comen came de liebre

Rodomontades espaignolles. iii

attaque pourtant pour le taxer de couardise comme le lièvre, qui fiiit tousjours et ne combat jamais; ou possible pour la lèpre, car les Mores n'en mangent point pour ce subject, non plus que du pourceau et autres animaux deffendus en leur loy.

Pour parler de la cruauté de ce Caravajal, il se dict qu'il tua plus de cent hommes de sa main propre en une bataille qu'il donna. Il estoit aagé de plus de quatre-vingt et quatre ans lorsau'il mourut. Quel brave et vaillant vieillard ! Il fiit fort dur à se confesser. Il avoit porté une enseigne en la battaille de Ravenne, et paravant avoit esté soldat du grand capitaine Gonsalve au royaume de Naples. De bon maistre bon apprentif, car c'a esté un des meilleurs hommes de guerre qui ait jamais passé aux Indes^ ce disoit-on lors.

Les maisons de Pizarre et de Caravajal furent du tout rasées, et dedans toutes semées de sel', avec tels escriteaux : Icy sont les maisons des traîtres Pizarre et Caravajal, De mon temps, que j'estois en Espaigne, leurs noms et valeurs raisonnoient encor par la bouche d'une infinité de gens, et en racontoient de b^ux et esmerveilTables actes, et ne se pouvoient saouUer d'assez les louer. Que c'est que de vaillance! car, qu'elle soit oien ou mal employée, elle est tousjours estimée,

I . Rasées au niveau du sol, avec sel jeté sur leur emplacement. — Le sel contrariant toute végétation, cela voulait dire que le sol lui-même était condamné à témoigner plus tard ocs crimes de ses^mciens possesseurs.

ainsy que dict le refrain en latin : Fama, sive bonay sive mala, fama est.

Et autres disent : Sive bonum, sive malum, fama est

C'est-à-dire, a toute renommée, soit bien « ou mal, est renommée; » ou bien, « soit « bonne ou mauvaise, c'est renommée, » et mesme quand elle part d'un cœur vaillant et généreux, et non pas poltron; car enfin tout cœur généreux, qui entreprend quelque chose de grand selon soy, ne sçauroit estre autrement que fort estimé et loué, comme Machiavel en est de cet advis. Mais pourtant il est bien tousjours plus louable et plus sainct faire bien que mal * ; car enfin le bien est tousjours recompensé pour le bien, et le mal pour le mal.

Il faut conter ceste rodomontade en faict, qui est très-belle, et pourtant incroyable.

c( Les Espaignols ont exécuté de grandes choses en diverses parties du monde, depuis qu'ils ont porté leurs armes et qu'ils ont déployé leurs étendards presque par toute la terre, pour lesquelles choses ils ont mérité entre toutes les nations le renom d'une gloire immortelle. En laissant donc beaucoup dont on parle dans différentes histoires, la seule action d'un soldat qu'on a indignement mise en oubli, force à croire quel est le courage et la valeur des Espagnols. Du temps que le marquis de Pescaire s'en alloit aux guerres

I. Restriction qui semble foite pour ne pas choquer l'opinion reçue. On sent que Branthôme admire Pizarre, cet ancien boucher qui égorgea ou fit égorger des miUioos d'Indiens comme s'il n'avait pas voulu renoncer à ion ancien métier.

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opiniâtres de Lorabardie, une meslée s' estant liée entre les François et les Espagnols, Louis de La Sena, soldat espagnol, posé en file dans son bataillon, fut blessé d'une balle; et sa cuirasse n'étant pas suffisante, la balle entra dans son corps. Le courageux soldat, sentant que cette balle descendoit dans la concavité du bas ventre, se retira un peu de son rang, et, avec un effort et courage incomparables, il tira un couteau, se fit une petite ouverture au basventre, par où (chose qui paroîtra une fable) il fit sortir la balle ; et repoussant dedans ses boiaux avec ses doigts, il fit, avec un courage

au'on n'a jamais vu, d'un côté et de l'autre e sa blessure, divers petits trous dans les chairs mesmes, et y passant une aiguillette, il recousut avec une grande constance l'ouverture qu'il avoit faite. S'en estant retourné à son rang, on ne s'aperçut point à sa mine du martyre qu'il s'etoit procuré de ses propres mains; au contraire, il tenoit bonne contenance entre les plus sains, quoiqu'il se trou-^ vast en si mauvais état, jusqu'à ce que de là à peu d'espace de temps on lui tira une arquebuzade dans le sourcil, laquelle lui creva un œil : c'est pourquoi on fut obligé de le tirer de son bataillon : et ayant esté pansé avec non moins de diligence que d'admiration, il vint à Valladolid, ou estoit l'empereur Charles, et lui montrant le témoignage de sa valeur, Sa Majesté lui donna pour sa recompense cent ducats de rente perpétuelle ^ »

I . Muchas cosas han acaecido à los Espaholes en diversas partes, despues que, con invencibles animos, andan desple-

Branthôme, ix, 8

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Je croy qu'après ce conte il ne me faut — mesler aen faire un autre de plus grande générosité espaignolle que ceiuy-Ià. Geste rodomontade en vaut bien cent autres de parolles. Je pense qu'on ne sçauroit quel plus

gando sus banderas quasi por todo el mundo; por las quales han merecido entre todas las naciones renombre de inunortal memoria. Y dexadas muchas que por varias historias andan celebradas, el hecho solo de un soldado, el quai indignamente esta puesto en olvido, fuerza â créer quanto sea el animo y valor de la gente espahola. Al tiempo que el marques de Pescara andaba envuelto en las porfiadas guerras de Lombardia, habiendose travada entre Franceses y Espaftoles una pelea, vin6 à herir une bala â Luys de la Seha, soldado, que estaba puesto en fila en su batallon de infanteria; y no valiendo la defensa del corselete, le entrô la bala en el cuerpo. El animoso soldado, sentiendo que la bala baxaba por los vazios (a) à las tripas, apartandose un poco de su ordenanza, con incomparable esfuerzo y osadia, sacando un cuchillo, se hizo una pequeha abertura en la barriga, por donde (cosa

3ue parece fabula) hizo salir la bala : y volviendo con los edos las tripas para dentro, con animo nunca visto, hizo con la punta del cuchillo, de una y otra parte, aigunos agojeritos en sus mismas cames, y pasando por eUos la agujeta, cosiô con grande constancia la abertura que habia hecho ; y vuelto à su fila, no se conodô en su semblante el martirio que de si, con sus manos, habia antes hecho ; y parecia de los muy sanos, aauel que ténia el cuerpo tan mal dbpuesto ; hasta que de ahi à poco rato le hirieron de un arquebuzazo en la ceja, y le queDràron un ojo, por lo quai fiié necesario que le sacasen del batallon. Y no con menos diligenda que admiracion curado, vinô à Valladolid donde estaba el emperador don Carlos, y mostrando el testimonio de su valentia, Su Magestad le hizo merced de cien ducados de renta para siempre.

(a) Une autre traduction porte la balle luy baissoit par le vague dans les tripes. Le vague est ici pour los vazios (jue le vazier (ventre) de la langue d'oc parait mieux traduire. Mab il est très probable que la balle n'avait point pénétré si avant; la lésion devait être superficielle.

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louer, ou ce soldat espaignol, ou M. Sceva, l'un des esleus et favoris soldats de Jules Caesar, lequel, après s'estre trouvé luy faisant service, en plusieurs battailles, rencontres et combats en la Gaule, et s'estre faict signaler pour un des vaillans et déterminés soldats qui fussent à son armée, et venant la guerre entre luy et Pompée, en ce grand combat qui se fit entre eux à Durachie \ ce soldat, après avoir eu un œil crevé, et son corps percé en six divers endroicts ae part en part, et son bouclier troué, auquel estoient encore fichées et plantées six vingt flesches qui l'avoient percé à. jour, se jette (ce neantmoins) hardiment dans la mer ; et fit tant qu'il se saulva à la nage, et vint trouver son gênerai. Encor, après avoir si bien faict, se présentant à luy desnué de ses armes (chose illicite en la milice romaine), se mit à luy crier : « Ah ! mon empereur, pardonnez-moy si j'ay perdu mes armes. » A quoy Caesar ne fit autre esgard ny réprimande; mais, le louant par-dessus tous, le mit en honneur et estât de centenier.

J'ay cogneu un brave, escalabreux • et vaillant gentil homme de Bretaigne, qui s'appelloit M. de Mareuil, de fort bonne maison, nourri autresfois page d'honneur du roy François premier : lequel, aagé de soixante ans, en la battaille de Dreux, ayant faict ce qu'un homme de guerre peut faire vaillamment, et y ayant esté blessé en trois' endroicts, l'un

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