‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 59 sur 179 · Dyrrachium (Durazzo · texte numérisé non relu

Dyrrachium (Durazzo

2. Sscalabroux se dit toujours pour rude en langue d'oc. 3 Ce serait deux, en voyant le détail qui suit. La de-

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d'un coup de pistollet dans le bras gauche, et l'autre d^espée dans le corps au deffaut de l'harnois, et se sentant foible du sang qu'il rendoit, s'en vint trouver (tout sanglant qu'il estoit, tant du sang de l'ennemy que du sien) M. de Guyse, et lui dict en luy monstrant ses blessures : « Monsieur, Je vous supplie me dire et juger si je suis encor en estât de combattre, ou de me retirer pour me faire panser. Que si vous me jugez encor bon pour retour- • ner à la charge, et qu'ainsy le voulez, je m'y en vays pour m achever : si non, et qu'il vous plaise me commander de m'aller faire panser, je m'y en vays; mais autrement n'yrai-je point si vous ne me le commandez. — Ouy, respondit M. de Guyse, ouy, monsieur de Mareuil, je veux que vous alliez faire panser, et le vous commande quand vous ne le voudriez pas :

vous en avez assez faict pour vostre part. »

Je vis le soir que M. de Guyse en fit le conte; et ledict sieur de Mareuil nit si bien secouru et pansé, qu'il eschappa, et vesquit encor plus de quinze ans après, tousjours aussy br^ive et vaillant que jamais, et tousjours escalabreux et querelleux, et avoit tousjours quelque querelle. Encore un an avant que mourir, en eut-il une contre Saincte-Colombe le bègue, très brave et haut à la main, et vaillant; et les trouva-t-on à Bloys qui s'alloient battre, sans qu'ils furent empescnés, et puis accordés. Ce M. de Mareuil fut pour ses mérites recommande de Mareuil ne pouvait toutefois être prise au pied de la lettre; ce qu'il voulait par le fait, c'était faire constater publiquement son état, et il en avait le droit.

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pensé de l'ordre de Sainct-Michel, qui estoit peu de chose, car il estoit par trop commun : il meritoit de plus grands biens et grades.

"Les soldats espaignols qui vinrent au premier voyage en France avec le prince de Parme, disoient : « qu'ils estoient tous d'une volonté, à sçavoir de mourir ou de vaincre, et prêts à suivre les ordres de leur gênerai; et que, dans leur armée, le soleil rendoit ses rayons plus brillans de la clarté de leurs armes. De manière qu'avec ces armes luisantes, et richement couverts de leurs habits et de leurs panaches, ils paroissoient un jardin bien fleuri, où l'on voyoit peinte la fierté de leur cœur; et se pouvoit voir par leurs visages enflammés, que leur seule vue suffisoit pour causer l'épouvante, et pronostiquoit aux ennemis leur perte aussi certaine que l'estoit leur présence ^ » Voylà de beaux mots certes, et surtout les deux derniers.

Un soldat espaignol, me louant une fois le roy d'Espaigne, me dict : a II n'y a personne de notre temps, entre les princes, soit chrétiens, soil maures, à qui l'on doive r^pect et obéissance comme au roy catholique d'Es-

I. Que eran todos de una voluntad, es à saber, à morir. ô vencer, y prontos al mando de su gênerai ; y en su armada, el resplandor de las armas de los soldados, hacia mas ludentes los rayos del sol : de manera que con aquellas lucidas armas, y con las ricas cubiertas y panachos engalanados, parecian una muestra de una muy florida huerta, que presentaba allt la orgulléza del corazon, y daba senal en lo^ colorados ros* tros, tanto que, solo con el aspecto, ponian pavor, y manifestaban à los enemigos el peligro tan derto como sus pretendas.

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pagne mon maître, dont les belles actions, montées jusqu'aux estoileS, obscurcissent celles des empereurs. Et il n'est pas besoin que je le dise; que les royaumes et les roys qu'il a vaincus le disent; que tout le monde entier le répète ^ »

Le duc d'Albe, celuy qui conquesta le royaume de Navarre pour Ferdinand, estant prest d'estre assiégé dans Pampelune par le roi Jehan de Navarre, assisté des forces françoises que le roy Louis XII luy avoit envoyées, conduictes par M. d'Angoulesme, jeune prince, despuis le roy François, et par M. de La Pallice, les habitans dudict Pampelune luy ayant remonstré le peu de forces qu ils avoientleans pour faire teste à une si grande armée, il leur respondit : « Qu'il ne souhaitoit pas non plus qu'ils fussent en plus grand nombre, parce que moins on estoit et plus on en avoit d^honneur. » Les Pampelunois, se souciant peu de cette gloire, dirent : « Mais cet honneur ne « sauroit se gagner sans monde •. » Respondu bien, certes, pour ceux qui veulent jouer leur jeu au plus seur, et au proffit du mesnage de

1 . Ninguno, hay en nuestros tiempos entre los principes cristianos y moros, à quien se deba acatamiento y obediencia como al catolico rey de Espaha, mi sehor, cuyos notables hechos, subidos hasta las estreiias, obscurecen los de los emperadores. Y no es menester que lo diga : diganlo los reynos y reyes de el venddos : digalo todo el mundo.

2. Mas gente el no deseaba que fuesen, porque mas honra â los pocos quedaba. Los Pampeloneses, haciendo poco caso de esta honra, dixeron : < Con poca gente, mal se gana. > — La traduction de cette dernière phrase devait être : t avec peu de gens on a du mal à gagner de Thonneur. »

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l'honneur. Pelopidas dict bien autrement, lorsqu^l voulut aller contre Alexandre le tyran : on luy vint dire comme l'on avoit recongneu ses forces, et qu'il y avoit grand nombre de gens montant "bien plus que les siens. Il respondit seulement : « Tant plus ils seront, tant plus nous en tuerons. » Celuy avoit l'esprit tendu plus au carnage qu'à l'honneur. Non pas comme un capitaine espaignol (qui) disoit : « Qu'où il a plus de péril, plus on y acquiert d'honneur'. »

Un capitaine espaignol, petit, fort de stature, luy estant faict la guerre de sa petitesse, il respondit : « Dans les petits corps sont renfermés des cœurs grands et courageux, parce que ce que la nature laisse manquer au corps, elle l'employé à augmenter le courage •. »

Un autre disoit pourquoy il bravoit tant, estant si petit, et n'avoit tant de quoy à braver. Il respondit : « Si un petit homme n'est point fanfaron il n'est propre à rien ». » Comme de vray j'en ay veu une infinité de petits hommes, n'ayant pas bien de quoy à payer leur homme : autrement, vous les voyez estendre sur la poincte des pieds, ayant leurs gentes muUes, ou, pour mieux dire, leurs eschasses de liège, ainsy que j'en ay veu plusieurs se hausser le plus qu'ils peuvent, et se

1. Que adonde hay mas afrenta alli mas honra se gana. * — On ne voit pas où est la contradiction.

2. En los cuerpos pequenos se encierra un grande y fiierte corazon; por que la natura aquello que falta en el cuerpo, pusô en la virtud del anime.

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