Es verdad; Dios es mas poderoso que nosotros {b
(a) Dans ses Couronnels, Branthôme en fait dire autant aux soldats de Pierre de Navarre sur le champ de bataille de Ravenne.
{b) Que nous autres. Façon de parler encore en usage dans le midi de la France.
Rodomontades espaignolles. 2}
à bien faire bien dire^. Et si j'ay veu remarquer à des grands personnages et capitaines que peu souvent eux, estans en troupes, ont failly de leur devoir et valleur, sinon dernièrement à la prise de la Collette, faicte par l'Ouchaly ', qu'il prist en trente et un jours, comme l'Espaignol l'avoit gardée trente et un ans; en quoy l'Ouchaly avant qu'y aller le dict au grand seigneur : qu'il la prendroiten autant de jours comme on l'avoit gardée d'années, qui estoient trente et une (j'en fais le discours ailleurs); à quoy il ne faillit. Mais certes les Espaignols pour le coup y eurent un grand blasme, et offensèrent grandement leur belle et antique valeur et réputation; car tout à coup sortirent de la garnison quatre cens Espaignols (c'estoit trop), qui s allèrent jetter dans le camp de l'Ouchaly, et se renièrent.
Et ne tiens ce conte de moy, mais de feu M. de Savoye (et qu'il est assez commun aussy) ; car, luy estant à Lyon, ayant accompaigné le roy à son retour de Pouloigne, nous l'estant allé voir un jour, M. de Strozze et moy, et luy ayant demandé des nouvelles de la Collette, car en ceste saison elle estoit assiégée, il nous dict : « Venez vous-en demain au matin disner avec moy vous deux, et disnerons à part tous seuls ensemble. J'attends mon courrier, qui sans faillir viendra à ce soir ou ceste nuict, et je vous en diray. »
1 . Proverbe populaire au seizième siècle, mais non avec le sens de forfanterie que lui donne l'auteur.
2. Le Kodjah Siman-pacha, renégat italien, devenu grand visir, qui reprit la Goulette et Tunis.
24 Rodomontades espaignolles.
Lendemain nous n'y fallismes, qui nous conta > la prise, et la faute fi;rande de ces Espaignols ainsy retirés de leur devoir et réputation, dont il estoit très en despit : et dict aue les soldats espaignols en une si grande multitude n'avoient erré jamais, ny faict telle veillaquerie* que celle-là, et qu'ils faisoient grand tort à leurs compaignons; et pour une telle si énorme faute, il ne falloit blasmer le reste, car ils avoient tousjours si bien faict en toutes parts qu'ils avoient esté, qu'à jamais ils méritoient une éternelle gloire ; et que, de ce que de ses yeux il avoit veu, il ne pouvoit dire autrement : que c'estoient les meilleurs soldats du monde, et plus dignes pour la guerre et pour en porter mieux toutes les fatigues. Et allégua qu'à la guerre d'Allemaigne il veit huict cens soldats espaignoU desfaire douze cens chevaux en campaigne et pl^m rase ; cela se lit aussi*.
Je n'aurois jamais faict si je voulois par trop m'arrester sur les vertus et louanges de ces gens-là. Je retourne à mon prix* faict de leurs rodomontades.
Lorsque nous autres François fusmes à Malte
Eour le secourir, le roy d'Espaigne, comme on catholique, brave prince certes, y envoya neuf à dix mille hommes de guerre pour le secours, soubs la conduicte du marquis de Pes-