‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 96 sur 179 · La £ama volaba por todo el mundo · texte numérisé non relu

La £ama volaba por todo el mundo

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yeux ailleurs, comme j'y pris garde; et luy laissay faire, sans le desbaucher de sa contemplation. Après le bal finy, je lui dis:

« En bi^ , monsieur, que vous semble de notre reine de Navarre? — Que m'en semble, monsieur? je vous jure qu'elle me paroît telle, que si elle étoit à notre cour de Madrid , comme elle est en celle-ci. Te chemin seroit si fréquenté pour la voir et admirer, qu'il paroîtroit un chemin de pèlerinage où l'on gagne bien de pardons; même s'il n'y avoit point de chemin tracé, il suffiroit de suivre la file du monde pour l'admirer et adorer comme reine de la terre, et la première de toutes les autres reines et dames les plus signalées de l'Europe, et la proclamer telle par un juste et honorable titre, à cause de sa divine i)eauté, de sa royale majesté, et de ses bonnes grâces*. »

Certes, cest honneste homme avoit raison de tenir de tels propos; car je pense qu'au monde ne s'est jamais veu princesse plus belle. J'en puis parler au vray; car j'en ay veu force, et en France, et aux pays estrangers, où la beauté se loge. Il ne luy manque qu'une chose : qu'elle n'est autant heureuse

I . Y pues, senor, que os parece de nuestra reyna de Navarra? -— Que me parece, senor? me respondit-il. Juro i Dios, me parece tai, que si estuviese en nuestra corte de Madrid, como esta en esta, el camino séria tan poblado, para Tisitar y mirarla, que pareceria un camino de romeria, donde muchos perdones se ganan : que aunque senalado camino no hubiera, solamente bastaria de seguir el hilo de la gente, para mirar y adorarla, como reyna de la tierra, y la generala de todas las otras reynas y damas las mas sehaladas de la Europa, y pregonarla ta^ con justo y honrado titulo, por su divina beldad, real magestad, y buenas gracias.

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en ce monde comme ses mérites le requièrent, et que ses plus affectionnés serviteurs souhaitent et disent. Je n'en puis conjecturer autre raison, si non que le ciel qui l'a faicte ne veut, comme jaloux, qu'elle dépende d'autre que de luy, bien qu'elle ne se soucie point de ceste grandeur du monde, que tous et toutes recherchent tant : se fondant sur une raison qui est belle certes, qu'elle me fit cest honneur de me dire il n y a pas longtemps, qu'elle n'avoit affaire d'ambition ny de grandeur plus haute que celle qui luy estoit née et venue d'une si grande race de roys ses ayeulx et ancestres : si qu'elle se peut dire estre aujourd'huy la seule restée de la plus grande maison au monde, et qu'il n'y a royaume, empire, ny monarchie, qui la peust rendre plus grande qu'elle est. L ambition est bonne pour les princesses basses, et luy sont nullement égales; mais, pour quant à elle, à part l'aml)ition*. Elle se contente de ce qu'elle est, ny ne sçauroit voiler plus haut. Ses belles et amples aisles de sa noble maison, de ses vertus et de ses qualités, luy peuvent donner le vol, voire jusqu'au ciel, quand elle se voudra laisser porter à elles.

Finissons donc ici par ceste belle fin; car j'en ay faict un fort long et grand discours à part*.

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