‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 95 sur 179 · Le palais du Louvre · texte numérisé non relu

Le palais du Louvre

capitaine espaignol, à oui je demanday s'il l'avoit veue de par de là; il me dit que si, « et que, pour la grandeur de sa beauté et de sa bonne grâce, il y avoit plus de presse pour l'admirer quand elle sortoit, que non pas pour boire les eaux des bains ; et que, pour l'ornement de sa beauté, elle captivoit les hommes par sa réputation, et encor mieux par sa présence, parce que sa beauté la faisoit paroître entre les autres dames comme le soleil ^tre les étoiles. Je ne parle point de ses autres vertus illustres, parce qu'elle étoit si belle que rien ne lui manquoit*. »

Je rencontray une autre fois, dans le Louvre, un autre capitaine espaignol venant d'Espaigne vers Flandres, qui m'ayant choisi par dessus mes compaiçnons, comme connoissant en moy quelque façon espaignolle, ainsy qu'il me dit après, me pria de le faire entrer dans la grande salle du bal, qui estoit un jour d'une grande magnificence^ pour voir seulement ceste belle reyne def^avarre, de qui « la renommée voloit par tout le monde*, me dit-il. Je le fis entrer avec moy, lequel, durant tout le bal, ne dit jamais mot, ny fit autre geste, si non regarder fixement ceste belle reyne, sans jetter ses

1 . Y que por ser extremada de bddad y buenas gracias, habia mas priesa, quando salia fuera, por mirarla, que no a beber agua de los bahos ; y que por el arte de su hermosura captivaba las personas con la fama, y aun muy mejor con su presencia : porque mostraba su hermosura entre las otras damas, como el sol entre las estrellas. De sus otras ilustres y claras virtudes no hablo yo, porque, por ser tan hermosa, ninguna cosa le falta.

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