I. Détourner
Discours sur les Duels. 2;
« prendre si hautes choses que puis amprès a ils succombent soubs le faix. Pour ce, pen- « sez y, et aue vous estes un peu trop jeune « pour comoattre un tel chevallier comme « Contran. D'autre part, vous commencez Vos « premières artnes par un champ de bataille « mortelle. Et, pourtant, mon fils, pensez « mieux à vos affaires. » Nonobstant ceste belle remonstrance, le petit comte tout courageux persista en son dire et sa resolution, dont toute la cour avoit pitié de luy, disant que c'estoit grand dommage d'envoyer un tel et si bel enfant à la boucherie et à la mort. Qui fust bien ayse d'autre part? ce fust la comtesse sa marrine, qui ien remercia et festoya grandement, luy remonstrant le tort de son accusation, et de combattre hardiment, car c'estoit sur une vraye vérité et bon subject. L'endemain au matin, à heure de dix heures, la bataille fust assignée. Le comte ayant salué et pris congé de sa marrine, et ayant ouy sa messe, se recommandant à Dieu, et ses aumosnes et offertes distribuées, et s'estant garny du victorieux signe de la croix, monta à cheval, et entra dans le champ de bataille, où il trouva son ennemy Contran tout prest de l'assaillir. La dame comtesse de Gastinois fust mandée, et furent les sermens accoustumez pris d'un costé et d'autre; puis les deux champions s'entrecoururent fort rudement. Contran atteignit le jeune comte sur son escu, si qu'il le fauça tout outre, et le comte le frappa si impétueusement, que ni escu ni harnois ne le purent empescher qu'il
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ne iuy passast sa lance tout au travers du corps, et l'abbattit de son cheval par terre. Lors le comte descendit et Iuy coupa la teste, laquelle il présenta au roy, qui 1 accepta de bon cœur, et en fust très joyeux, comme s'il Iuy eust faict présent d'une cité. La comtesse fust soudain mise en pleine délivrance, laquelle humblement remercia le roy; et puis vint devant tout le monde baiser et accoler de bon cœur son filleul, auquel le lendemain, en recompense du très agréable service qu'il Iuy avoit taict, Iuy donna, par la volonté du roy, la seigneurie de Chasteau Landon, et plusieurs beaux fiefs et chastellenies en Gastinois, desquelles ledict comte dès lors en fist au roy hommage; et elle vesquit religieusement en jeusnes, prières, aumosnes et œuvres vertueuses le reste de ses jours.
C'est à sçavoir si, premièrement ou amprès, elle ne Iuy fit quelque petite courtoisie de son corps, pour telle ooligation de vie et d'honneur, qui ne se pouvoit recompenser si bien par ceste donnation de son bien, comme par un honneste amour et belle charité de sa chair; et quel mal pour cela.? Le refus en fust esté par trop ingrat.
De ceste histoire, bien que Paye abrégée le plus que j'ay pu, se peut recueillir et noter r usance antique qu'il y avoit en France de ces combats et jettemens ae gages, et comment les chevalliers y estoient receus auand ils vouloient accuser ou deffendre par oattaille de leur corps, et mesmes pour la deffence de l'honneur et de la vie des dames ; et croy (comme j'ay ouy
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dire à de gallans hommes , et que j'en ay veu l'institution qui le porte ainsin) ceste coustume avoir estée venue et introduicte par le roy Artus de la Grande Bretagne, lequel lorsqu'il fonda l'ord re des chevalliers de la Table Ronde, par my leurs plus belles institutions et ordonnances, ils estoient tenus et estroictement liez de combattre pour les dames, et soustenir leurs vies, biens et nonneurs, ainsin que nous en voyons une infinité d'exemples dans nos vieux romans, entre lesquels le plus beau, si me semble, c'est de ce brave Renaud de Montauban, lorsqu'arrivant en Escosse, à Sainct André (j'ay veu la place), y envoyé par l'empereur Charlemaigne pour quérir secours, il délivra de mort et de feu la belle Genièvre , qui s'en alloit du tout perdue, et fit porter à son meschant accusateur la peine qu'il vouloit faire sentir à ceste belle créature; car de miséricorde il n'en falloit point parler : il falloit ou mourir sur le coup, ou se rendre; et estant rendu, la condition en estoit encore jwre que la mort; car l'ignominie en estoit plus grande; et outre, le vainqueur en pouvoît disposer comme il luy plaisoit, ou le tuer, ou le tenir prisonnier, ou s'en servir d'esclave, ou le louer, ou le vendre, engager, ou donner, ainsin que j'en ay discouru dans le chapitre de la royne Jehanne de Naples, et que le vénérable dfocteur Paris de Puteo^, qui a gentiment escrit des duels*, traitteque ceste belle et généreuse royne, tenant un jour, entre ses plus grandes