En chemise, c'est-à-dire sans pourpoint
2. Cavillations. Branthôme emploie ce mot dans l'acception qu'on lui donne en espagnol, c'est-à-dire de chicane, mauvaises excuses pour refuser de faire quelque chose.
2o8 Livre II, Chapitre IL
France, nous en avons veu force exemples, jusques à aucuns se vojiloir proposer une coupe pleine de poison, et que toutes les deux parties adverses en beussent chacune la moitié; d'autres s'offrir marcher tous deux en une chambre pavée de rasoirs, pour se deffarre par ces deux moyens (pas beaux pourtant) aussitost l'un de l'autre. Tant d'autres inventions bizarres et sottes a t on voulu trouver pour se deifaire les uns des autres par des eschapatoires ou autrement, dont je me passeray bien les contes.
Mais bien ay je veu tenir en nostre cour à des plus braves et vaillans gentilshommes qui y fussent, et qui avoient acquis en leur temps grande gloire d'armes, que si quelque mignon nouvellement venu d'Italie et fraischement esmoUu à l'espée par le Patenostrier, ou Hieronime, ou Francisque, ou Le Tappe, ou Le Flaman, ou le- sieur d'Aymard, enfant de Bourdeaux, gallant homme certes, quand ils vivoient, et que venant à la cour affamé de gloire et d'honneur, et pour en avoir on les vinst à quereller et apeller avec l'espée seule, ou l'espée et la dague, qu'ils ne s'y battroient point, et le combattroient plustost par autres armes qu'ils trouveroient advantageuses pour eux, et luy donneroient à songer, et ou monteroient sur un bon cheval et une bonne pistole et une espée ou lance, ou autrement, pour faire passer leur escrime K D'autres ay je veu
I . Il me semble que le sens de la phrase est qu'ils prendraient des armes telles que leur adversaire ne pût profiter de sa supériorité dans l'escrime. A mon avis, il faudrait son escrime au lieu de leur.
Discours sur les Duels. 209
aussy tenir ce poinct que quand on est ofFancé par supercherie, on peut combattre son ennemy comme Ton veut, mesmes de le tuer d'un canon, si Ton peut. Mais pourtant, s'il veut estre si gallant que n'user de telle revanche, mais, en cavallier tout gentil et tout noble que d'appeller l'offançant avec armes nobles, communes et esgales, il ne faut que l'offançant en reffuse le combat, autrement, il luy iroit grandement et doublement de son honneur pour avoir offancé à l'advantage et en supercherie, et refuser un honneste et fort chevalleresque combat que l'autre presante en brave et généreux cœur. Il s'en est veu beaucoup d'exemples de ceux qui en ont usé de semblables traicts.
Un autre exemple ay je veu n'y a pas longtemps d'un gentilhomme qui, ayant une parolle à demander à un autre, le vint rencontrer et accoster en un chemin et luy demander quelque parolle, et le brava fort de
f)arolles bravasches et outrageuses, si bien que 'autre s'en alla avec cela, pliant les esparules sans revanche, et dict pour ses raisons, que l'autre estoit monté à son advantage sur un bon cheval adroict et bien maniant, et luy estoit sur un jeune poulain qui ne sçavoit tourner seulement à pas une main. Au bout de quelque temps il songe à en avoir raison, et le faict appeller pour se battre contre luy avec une espée et une dague, et en chemise.
L'autre fit dire par son second qu'il l'attendoit avec un bon cheval et une bonne espée, disant par ses raisons, que puisqu'il se plaignoit tant auparadvant de quoy il avoit esté bravé de son
Branthôme, VIII, 14
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ennemy monté sur un bon cheval, et luy sur un meschant, qu'il estoit à présumer que, monté de mesmes sur un bon cheval, qu'il fairoit rage, et qu'il ne luy faisoit point de tort de luy présenter le combat à cheval, et qu'aussy en tel poinct ils s'estoient entrequerellez. Celuy qui estoit offancé refusa ce combat à cheval, ce qu'il ne debvoit faire selon l'advis de plusieurs ; car qui est offancé, il faut qu'en toutes foripes et toutes armes raisonnables, il tasche à avoir raison de son offancé. Toutesfois luy et son second, amprès s'estre advisez un peu, dirent qu'ils se battroient à cheval, mais qu'il n'en avoit pas sur l'heure, et pour ainsin le second requiert ou'il luy en fournisse et en fasse venir deux Dons, et en choisira celluy qu'il luy plaira. A quoy respondit l'autre, qu'il n'est vraysemblable que son combattant prétendu n'aye un bon cheval, puisqu'il est riche seigneur et que ordinairement il en a chez luy de fort bons, et en mené avec luy quelqu'un tousjours, et aussy que son second en avoit sur le lieu trois ou quatre, qui estant requis de luy en prester un, le refusa disant qu'il n'en fairoit rien. Pour quant à luy fournir chevaux et en mettre sur les rangs un couple, et l'autre second les venir visiter et en choisir l'un, c'est un abus ; cela ne s'est jamais veu, sinon en combats solemnels, ainsin que j'ay dict par cy devant, et l'appelle ou l'appellant ne sont nullement tenus de produire ny chevaux, ny armes, si ce n'estoit quelques armes extraordinaires aue l'un et l'autre proposassent et qu'ils ne les eussent sur le lieu,
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et pour ce les demandassent, ou accordassent terme d'en pouvoir recouvrer, monstrans en cela leurs braves courages pour ne refuser le combat. Voylà comment il faut qu'ils s'entredonnent chevaux et armes par concert faict entre eux mesmes ou leurs seconds en camps solemnels ; il faut passer autrement selon leurs loix ; je l'ay ouy ainsin tenir aux grands duellistes.
Un autre example ay je veu d'un, qui appella l'autre en chemise avec une espée et un poignard ; l'autre fit responce qu'il ne veut point combattre en chemise ainsin nud, car c'estoit en hyver, et qu'il mourroit de froid, et qu'il se morfondroit, et engendreroit un bon rume, un catherre, ou un bon purigi * qui lui causeroit la mort; et quant à luy, qu'il n'alloit point là pour y mourir, mais pour y vivre par amprès, craignant cela plus que son espée. A tout cela il est très bien receu, et peut fort bien garder son pourpoinct pour son combat ; aussy est ce un abus que de se battre en chemise blanche, mais il faut aussy visiter les pourpoincts, s'ils ne sont point plus advantageux les uns que les autres, et s'il n'y a point de fer. ou maille, ou papier collé, et cela peuvent faire les seconds, dont pourtant en est arrivé des inconveniens par telles visites. Autrement se faict il en camps solemnels, car si celluy qui a les armes * propose à l'autre de se battre en chemise, il faut que cela soit et qu'il passe par là.