Le choix des armes
212 Livre II, Chapitré IL
Deux autres exemples ay je veu de deux dont l'unestoit malade d'une nebvre et l'autre qui s'estoit desnoué un pied. Ils furent appeliez par leurs ennemis, avec une espée et une dague, et à pied. Eux courageux, se faischans de s'excuser à faute de se battre, mandent qu'ils se veulent battre à cheval et une bonne espée. Us y doivent estre receus, ny rebuttez de leurs excuses. Autrement est il au^ camps solemnels, tesmoing celuy de M. de Bayard au conte que j'ay dict cy devant de luy. Tant d'autres exemples alleguerois je sur ceste eslection d'armes en ces appels que aucuns veulent faire ressembler aux camps solemnels, qui est un abus; car il n'y a nulle conjonction ny ressemblance en cela. Et voylà pourquoy ces camps solemnels sont plus à estimer que les autres d'appel, comme ont dict les grands docteurs duellistes, d'autant qu'ils se font par loix, statuts, ordonnances, reiglemens, anciennes coustumes, tant par les juges, mareschaux de camp, parrains et confidans, et autres grands
[)ersonnages de guerre et anciens docteurs, qui es ont ordonnez, reformez et policez. Encore que je ne me veuille destourner de mon dire, qu'il y a abus aussy bien aux unsqu'aux autres, mais en l'un plus qu'en l'autre, pourtant il faut tout remettre à la raison, selon laquelle on se doit régler, et par ce on ne faillira point. J'eusse faict ce discours bien plus long sur ceste dispute d'eslection d'armes, et en eusse allégué force autres raisons et exemples; mais je n'aurois jamais faict. Il faut donner la plume à ceux qui peuvent mieux escrire que moy
Discours sur les Duels. 21;
et tout ainsin que je parle de l'eslection des armes, il faut aussy entendre de mesmes de l'eslection des lieux pour se battre, car il y en a de suspects ausquels faut bien adviser pour les eslire.
Or faisons fin, encore que j'aye un champ très ample pour le semer de plusieurs belles disputes, raisons, questions, exemples, contes, histoires, mais c'est pour ceux qui sont en cela mieux entendus que moy. Je fais doncques fin, priant tous cavalliers, capitaines, soldats, de m'excuser si je n'ay mieux dict, protestant pourtant que mon advis ne procède point tant de mon débile cerveau, comme de plus grands et plus experts en cela que moy, desquels j'ay appris, et suis prest d'en apprendre d'autres fort librement, et de ceux qui me voudront enseigner.
Je croy bien que si un feu M. l'admirai, un M. d'Andellot, un M. de Guyse le grand, qui s'entendoit en cela mieux qu'homme du monde, et qui en discouroit des mieux, comme je l'ay veu; un M. de Montluc, un mareschal de Bellegarde, un mareschal de Biron, un M. de Biron son fils, qui est aujourd'huy un des grands capitaines de France, et tant d'autres capitaines, tant de gens d'armes que d'infanterie, qui ont veu tant de combats, eussent entrepris c'e discours, je croy que ce fust esté la plus belle chose qu'on vit jamais.
Je ne me desparts pourtant encore de mes discours, pour y ennller un autre, sur une dispute que j'ay veu faire souvant parmy les grands capitaines et gens de guerre, à sçavoir
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si un gênerai d'armée ou autre, ayant un grand commandement, estant en sa charge, doibt reffuser le combat qu'un autre son pareil luy présente, et auquel il le deffie. Sur laquelle dispute j'allegueray cest exemple qui est fort beau, de M. le marquis de Pescayre, ce grand capitaine, lequel, lorsque les François furent chassez de Testât de Milan (dont il en fat le principal chasseur)*, il vint assiéger dans la ville de Come M. de Vandenesse, frère puisné de M. de La Palisse, lequel, encore qu il ftist fort petit d'estature et de taille, et n'eust l'apparence ny la grâce de son frère M. de La Palisse, si ne lui cedoit il en rien de valeur et d'audace ; car parmy les siens, il estoit appelle le petit lion des François, mesmes les Espaignols luy donnarent ce nom ; j'en parle ailleurs. Estant donc assiégé dans ceste place, elle luy fut tellement battue et assaillie, qu'il fust contrainct la randre par composition de vies et bagues sauves, laquelle, luy voulant sortir, ne luy fut nullement observée, car elle fut du tout pillée et sacagée par les Espaignols et lansquenets à la veue dudict M. de Vandenesse, qui rongeant son despit, au partir de là ne faillist d'envoyer tout aussitost un trompette audict marquis et luy envoyer un cartel de deffy, Tappellant en duel. Mais les Espaignols, desquels il* estoit le père et le plus aymé gênerai qu'ils avoient jamais eu, ny eurent onc, ne voulurent jamais qu'il respondist à ce cartel, ne qu'il entendist au combat, encore