‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 113 sur 157 · I. Voy. Vallès · texte numérisé non relu

I. Voy. Vallès

2i6 Livre II, Chapitre IL

la fortune et le ciel avoient faict grand tort de luy avoir osté cest homme, lequel estant son particulier ennemy, avoit esté destiné pour son triomphe et sa gloire espérée, d'autant que paradvant ayant esté deffié de luy, il desiroit fort entrer en camp avec luy pour terminer sa querelle avec son honneur. » Pesez tous ces mots, et voyez quelle superbeté et rodomontade espaignolle.

Il me semble que j'oys encor Octave Caesar sur la mort de Cleopatre * pour ne pas l'avoir sceu mener en triumphe à Rome, ou bien (pour venir du plus grand au plus petit) d'un soldat espaignol, lequel ayant eu une querelle contre un autre, pensant le combattre, sur ces entrefaictes' vint à estre blessé bien fort en une escarmouche de siège, il ne fit que prier Dieu, et faire dire force messes pour luy et pour sa guerison, et quand on luy demandoit pourquoy il le faisoit, veu que c'estoit son ennemy, et autant de desfaicte pour luy s'il mouroit, il respondict : « Parce qu'il me fas- « cheroit fort qu'il mourust autrement que de « ma main, et taut qu'il en meure, ou plustost « je me tuerois moy mesme de despit. » Voilà une plaisante gloire !

Mais pour tourner encore à nostre première histoire du marquis, j'en allègue une autre semblable de René d'Anjou*. Lorsqu'il vint au royaume de Naples*, il envoya un héraut

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