En 1438. Lorsqu'il s'empara du royaume de Naples
Discours sur les Duels. 217
devant Alphonce d'Aragon, se disant roy de Naples, et luy porta un gantellet tout ensanglanté, ainsin qu'estoit la coustume d'aucuns deffis de ce temps, comme j'ay dict cy dessus, Tappellant au combat de la part de son maistre. Alphonce accepta le gant, et puis demanda si René vouloit combattre corps à corps, ou bien avec toute l'armée. L'autre respondict en armée; il fust esté plus beau de dire corps à corps. Alphonce luy répliqua qu'il acceptoit la bataille, et qu'à luy appartenant, par le droict des armes, comme à provoqué et appelle d'eslire le jour et lieu de la bataille, il eslisoit ceste plaine qui estoit entre Nola et Lucera, et que dans huict jours de là, il l'iroit attendre avec son armée : ce qu'il fist au jour terminé; mais René n'y alla pas et ne chercha point la battaille; toutesfois, il se vint bien camper au camp d'où Alphonce s'estoit party, puis adjouste le conte que quelque jurisconsulte de ce temps là avoit escrit, qu'Alphonce comparut dans le champ de battaille; mais non pas René, d'autant que ses barons l'en empescharent , luy allegant qu'il n'avoit peu en ceste sorte deffier Alphonce, se voulant mettre sa personne et son royaume en danger sans le conseil et consentement d'eux et des principaux du royaume, du péril et interest desquels il estoit question. De l'autre costé, Alphonce, lorsqu'il fut appelle au combat, demeura quelque temps songeant là des-
comme héritier de Louis III et de la reine Jeanne. On sait qu'après quelques succès brillants il fut- forcé d'abandonner Naples au roi Alphonse, son rival.
2i8 Livre II, Chapitre ïL
sus, d'autant qu'aucuns luy dtsoient que René, qui n'estoit que duc, ne pouvoit pour raison appeller Âlphonce qui estoit rov. Mais enfin luy semblant telle excuse d'Domme lasche et couard, il retint et accepta le combat comme de vray il n'avoit garde de le refuser, estant si brave et vaillant roy, comme l'on l'a descrit, et ses actes l'ont monstre.
Le roy d'Angleterre * ayant esté deffié par le duc d'Orléans* de tirer quelques coups de lance avec luy seul, ou dix à dix, ou en fouUe de cent à cent chevalliers, pour l'amour des dames, ou autrement, le roy luy fist lesponce qu'il n'y avoit nulle raison qu il egallast sa royale majesté avec son excellence et seigneurie. Toutesfois, pour l'honneur et gentillesse, vouluntiers, de gayetté de cœur, abaisseroit sa majesté jusques là que de venir aux mains avec luy. Un fils descendu de la noble maison de France luy faisoit pourtant beaucoup d'honneur de se battre à luy, comme luy tout roy à ce fils de France.
Un autre exemple de nostre temps, lorsque la première fois M. d'Alançon, frère à nostre roy, alla en Flandres', il y eut un gentilhomme provençal, nommé le chevallier d'Oraison, qui avoit une querelle contre M. de Bussy.
Parquoy pour la desmesler, et pour plus grande obstentation et bravade, part de la cour et de Paris, et emmeine avec luy le seigneur de Goville, pour lors le plus renommé