En
Discours sur les Duels. 219
tireur d'armes qui fust en la France, pour se battre avec M. de Fervaques *, brave et vaillant gentilhomme, contre qui pareillement avoit Querelle, et s'en vont randre dans le camp de aom Joan d' Austrie , estant lors la saison et permission telle aux François d'aller pour les Espaignols aùssy bien que contre eux*. Y estant donc, allèrent faire la révérence à Son Altesse et luy faire entendre qu'ils estoient venus là pour le servir, et aussy pour appel - 1er en estaquade deux gentilhommes françois, qui estoient au camp de Monsieur, party contraire : qu'estoient messieurs de Bussy et Fervaques; supliant Son Altesse leur permettre le camp, et leur donner licence d'y envoyer un trompette pour les y appeller. Dom Joan leur permit librement, et avec grand ayse, pour avoir par là quelque petit subject de quelque affront à M. d'Alançon, ou à ses gentilshommes, et mesmes estant fort ses favoris. Estant venu le trompette, et ayant faict sa charge, soudain il fut pris au mot, ce qu'estant venu à la cognoissance de Monsieur, aespesche le trompette, et mande par luy à dom Joan que la partie estoit par trop belle, pour permettre qu'elle se fist sans luy, et qu'il en vouloit estre, et que si dom Joan y vouloit venir, qu'il feroit le tiers, et qu'ils
1 . Guillaume de Hautemer, seigneur de Fervaques, plus tard maréchal de France.
2, Le duc d'Alençon allait porter secours aux Flamands révoltés. Beaucoup de protestants s*étaient joints à son armée, et par contre quelques catholiques s'enrôlèrent sous les drapeaux espagnols. Les uns et les autres étaient désavoués par le Roi.
advisassent le lieu, le jour et l'heure, et qu'il seroit toujours prest, si que possible, par là pourroient desmesier et déterminer, non pas une simple querelle ny petits differens, mais oster toute occasion d'estaindre une grand'guerre qui s'alloit enflammer. Dom Joan, qui ne s'estoit attendu nullement, ny proposé, ny advisé qu'on en vinst là, fust un peu esbahy pour le commancement, voyant une telle conséquence advenir. Toutesfois comme brave, vaillant et généreux, et comme fils de père, accepte le oeffy, et se resoult de se trouver à l'assignation. Mais ces grands capitaines qui estoient près de luy, compassans très bien toutes choses, comme ils en sont maistres, mesmes les soldats espaignols qui en commençoient faire rumeur et à se mutiner, ne voulurent jamais permettre que leur gênerai, pour un certain petit et léger poinct d'honneur, s'allast ainsin perdre, et tout un estât; car, si cela avoit lieu, il n'y a gênerai qui ne fust ainsin souvent deffié, et auroit plus de
Î)eine à respondre à ces cartels de gens que 'on supposeroit exprès, que non pas à faire le deub de leur charge. Parquoy il fut arresté et retenu par les siens, quelque instance qu'il fist de sortir. Par ainsin telle entreprise fut rompue. En quoy les Espaignols furent fort mal contens de ces deux gentilshommes deffians qui estoient là venus dans leur camp par leurs deffis brouiller leur belles ordonnances et pollices de guerre.
Nous avons un frais example, en ces dernières guerres, de M. d'Espernon et du sieur
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d'Aubeterre * reprenant les erres du capitaine Maumon ' qui, simple capitaine qu'il estoit^ avoit deffié mondict sieur d'Espernon, ce qui estoit une grande desrision, mais aussy la paya il bien comm' il la meritoit, et bien employé. Un simple capitaine piéton, aller deffier un couronnel, tout le monde luy debvoit courir assus. M. d'Espernon estant au service du roy son maistre en France, lors*qu'il '.mourut à Sainct Clou, le sieur d'Aubeterre, ayant quitté le party du roy, qui luy avoit faict tant de biens, et pris celluy de la Ligue, ne pouvant prendre le gros gibier des villes d'Angoullesme, Cognac et Xainctes, y ayant faict souvant entreprises, s'alla jetter sur le menu, et fist surprendre par son frère le baron * le chasteau de Villebois, qui estoit à madame la marquise de Mezieres sa tante, qui l'avoit veu trois jours auparadvant avec
Ï)lusieurs offres de services, et faict son frère e baron gardien de ceste place; par le moyen de laquelle il faict la guerre au gouvernement de M. d'Espernon, d'Angoulmois et Xaintonge, et les ravage fort. M. d'Espernon absent, tourné amprès la mort du roy, il voulut net-
1 . David Bouchard, vicomte d'Aubeterre, marié à la nièce de Branthôme, Renée de Bourdeilles.
2. Le capitaine Maumont fut assassiné après avoir été attiré hors du château de Villebois par les gens du duc d'Épernon. Selon d'Aubigné, il aurait été un de ceux qui faillirent surprendre le duc d'Épernon à Angouléme en 1588. (V. article du duc d'Épemon.) Sur le défi que Maumont aurait envoyé au duc, je n'ai pu trouver de renseignements.
}. Le roi Henri m.